Pourquoi il était nécessaire que L’Oréal retire le mot "blanchissant" de ses produits

Tandis que les manifestations antiracistes se multiplient un peu partout dans le monde depuis la mort de George Floyd aux États-Unis, les industries, notamment celles la mode et de la beauté, se remettent elles aussi en question quant aux préjugés et stéréotypes racistes intégrés dans leur storytelling, voire leurs produits. 

Ainsi, le groupe de cosmétiques L’Oréal a annoncé, via un communiqué publié ce samedi 27 juin, le retrait des termes “blanc”, “blanchissant”, “clair” ou encore “éclaircissant” sur les packagings de ses produits destinés à uniformiser le teint. On vous explique pourquoi l’initiative, largement commentée sur les réseaux sociaux tout le week-end jusqu’aux raccourcis les plus grotesques, mérite d’être soulignée.

En finir avec le culte de la blancheur 

Depuis le Moyen-Âge, la peau plus blanche que blanche est perçue comme un indicateur de réussite sociale. Une croyance qui perdure car notamment entretenue par les marques, qui l’ont elles-mêmes intégrées à leur marketing dont les messages ont longtemps laissé croire qu’avoir le teint, les cheveux et les yeux clairs était le seule et unique idéal de beauté à atteindre. La majorité de leurs égéries combinent par exemple tous ces critères. 

Premières victimes de cette vision fantasmée de la beauté : les femmes noires et asiatiques. Peu voire pas du tout représentées, les femmes à la peau plus foncée sont alors prêtes à user (et abuser) de tous les stratagèmes pour atteindre cette norme biaisée, et ce, quel qu’en soit le prix, jusqu’à mettre en danger leur propre santé.

La dépigmentation, un enjeu de santé publique mondial

Car pour certaines d’entre elles, se “blanchir” la peau va au-delà de l’utilisation de produits dits de whitening (éclaircissants légers ou soins dépigmentants anti taches) vendus en parfumeries ou supermarchés par les géants de l’industrie, à l’instar de L’Oréal.

Pour éclaircir plus vite et plus fortement leur peau, ces dernières vont notamment jusqu’à utiliser des produits écoulés via un marché parallèle florissant et totalement illégal qui leur propose des crèmes contenant des ingrédients dépigmentants puissants comme l’hydroquinone (interdit en France depuis 2011, ndlr) ou des stéroïdes. D’autres encore s’injectent du glutathion, un antioxydant naturel produit naturellement par le foie et au pouvoir blanchissant pour la peau.

Des pratiques dangereuses, qui peuvent entraîner de graves lésions cutanées (parmi lesquelles des cancers de la peau), hépatiques et rénales, une cécité, de l’hypertension, un diabète ou encore une infertilité. Des conséquences largement ignorées ou sous-estimées dans nos sociétés, en témoignent les raccourcis et amalgames qui ont fait suite à l’annonce de L’Oréal ce week-end sur les réseaux sociaux.

“Faut-il que Claire Chazal change de prénom?”, “On supprime le mot blanc pour plaire aux antiracistes”, “Pourra-t-on encore commander un café noir?”, relève parmi les milliers de messages, certains appelant carrément au boycott aveugle de la marque, Mame-Fatou Niang. Dans un thread pédagogique et contextualisé, cette maîtresse de conférence, enseignante en littérature française et francophone à l’Université Carnegie-Mellon à Pittsburgh, revient précisément sur le diktat de la peau blanche érigée en canon de beauté depuis des centaines d’années, et ses conséquences parfois dramatiques sur les femmes racisées. 

Au-delà de la suppression de ces quelques mots par le géant mondial de la beauté, c’est bel et bien d’un enjeu de santé publique dont il est question nous rappelle-t-elle.

Aussi, gageons que cette décision, aux conséquences pour l’heure marketing -le groupe n’a pas indiqué une éventuelle fin de commercialisation des produits concernés, ndlr- ouvrira la voie à un éveil de conscience global de l’industrie, qui a définitivement une responsabilité dans l’encouragement de telles pratiques.

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