1 Heure avec… Jessica Alba : “Je suis une survivante !"

Son image d’objet de fantasme ? Elle l’a dépassée depuis longtemps ! Comédienne, businesswoman et maman, la star, qui ne cesse de se réinventer, nous livre ses secrets.

Public : Dans la série Los Angeles : Bad Girls, vous formez un tandem de choc avec Gabrielle Union. En quoi cette série policière est différente des autres ?

Jessica Alba : Bad Boys, le film dont elle est inspirée, avait deux Noirs en tête d’affiche : Will Smith et Martin Lawrence. Los Angeles : Bad Girls va plus loin en montrant deux femmes représentantes des minorités ethniques, les Noirs et les Latinos. La majorité des scénaristes est d’ailleurs issue de ces communautés. J’en suis très heureuse. En plus, j’adore ma complicité avec Gabrielle : nous venions toutes les deux d’accoucher quand le tournage a démarré et nous donnions le biberon entre deux scènes d’action !

L’année 2020 est enfin terminée. Comment avez-vous géré la pandémie ?

J’ai le sentiment d’avoir joué les équilibristes. Mes journées ressemblent au film Un jour sans fin. Quand les enfants vont à l’école, j’arrive à compartimenter, mais en étant dans le même espace qu’eux, j’ai l’impression de ne pas avoir fait de pause pendant sept mois. (Rires.) Je suis épuisée !

Vous vous êtes mise à l’école à la maison avec vos enfants ?

Oui et c’est dur parce que je les tanne jusqu’à ce qu’ils comprennent tel ou tel exercice. Une fois arrivée à mes fins, je dois me battre pour qu’ils débarrassent la table et se brossent les dents. Résultat, ils ne sont pas au lit avant 21 heures, mais je tiens bon !

Qui sont vos héroïnes ?

En ce moment, Michelle Obama. Après avoir lu son livre, j’ai compris quelles injustices elle avait vécues. C’est un exemple pour moi. Je suis convaincue que Kamala Harris va, elle aussi, faire de grandes choses. J’admire également les actrices latino-américaines qui ont percé à Hollywood bien avant moi car elles ont ouvert la voie. Quant à mes grands-parents, Mexicains, ils ont souffert du racisme quand ils se sont installés en Californie. Ils ont été traités comme des moins-que-rien. Mon grand-père a commencé à cueillir des fruits à l’âge de 12 ans. À cette époque, la Californie était régie par la ségrégation : mes grands-parents devaient boire à des fontaines à part, et ils n’avaient le droit de se baigner à la piscine publique qu’après les enfants blancs, juste avant qu’on vide l’eau !

“À l’école, on m’agressait”

Cette histoire familiale a accentué votre envie de réussite ?

Oui. Non pas par esprit de revanche, mais pour démontrer que ce sont l’intelligence et la pugnacité qui font avancer. J’inculque ces valeurs à mes deux filles et mon fils. Ce qui m’affecte en ce moment, c’est que je dois aussi leur parler de choses qui n’ont rien de léger : ils me posent beaucoup de questions sur la pandémie. Je pourrais minimiser la gravité de la situation, mais je ne suis pas assez bonne comédienne pour ça ! Et il est important de ne pas occulter la réalité.

Vous parlez comme une battante, presque une survivante…

Survivante, je le suis ! Gamine, j’ai été touchée par de nombreuses maladies. Entre les atélectasies (affaissement des alvéoles pulmonaires, ndlr) et les pneumonies à répétition, je me demande comment je m’en suis sortie ! Ces maladies n’ont pas affecté seulement mon corps, elles ont aussi bouleversé mes relations avec les autres. Comme je passais mon temps à l’hôpital, je ne pouvais pas sympathiser avec mes camarades de classe. Et lorsque je pouvais aller à l’école, je n’étais de toute façon pas la bienvenue ! Mes parents s’étaient saignés pour m’inscrire dans une bonne école, mais les gosses de riches n’y voyaient pas les Latinos d’un bon œil. Dans le bus scolaire, on m’agressait ! Mais le racisme, je l’ai également vécu au sein de ma propre famille : ma mère est américaine avec des origines danoises et québécoises, et mon père, mexicain. Quand ils ont voulu se marier, très jeunes, la famille de ma mère s’y est opposée. Ses parents estimaient qu’elle valait mieux !

“Gwyneth Paltrow et moi combattons la domination masculine”

À Hollywood, à vos débuts, vous avez dû vous battre contre les clichés ?

Oui. D’autant que les casteurs n’arrivaient pas à me mettre dans une case : je n’étais ni assez blanche ni assez typée. Du coup, ils ont trouvé une étiquette : “actrice exotique”. Comprenez inclassable…

Vous gardez de bons souvenirs de Dark Angel, la série qui vous a fait connaître ?

Oui, car j’incarnais un personnage indépendant, et je n’étais pas stigmatisée comme actrice latino. Je n’ai jamais voulu jouer de trafiquante de drogue, de fille facile ou stéréotype du genre. Plus tard, j’ai lutté contre les discriminations en devenant une femme d’affaires qui, à la tête d’une compagnie de produits de beauté naturels, Honest, a su démontrer que l’on peut aller au bout de ses ambitions. Même si l’on est une femme avec des origines modestes.

Vous êtes un peu sur le créneau de Gwyneth Paltrow et sa compagnie Goop. Vous vous reconnaissez dans son parcours ?

Oui. Nous avons toutes les deux bataillé, en étant confrontées à la domination des hommes, à leurs moqueries, à leur scepticisme. Pour autant, Gwyneth et moi ne venons pas du même milieu social. ¦

1. 28 avril 1981

Jessica voit le jour à Pomona (Californie). Ses parents, Mark et Catherine, lui ont donné l’année suivante un frère, Joshua, lui aussi devenu acteur.

2. 2007

Le magazine FHM la sacre femme la plus sexy du monde. Les rôles décrochés quand elle était ado, dans Les Nouvelles Aventures de Flipper le dauphin notamment, semblent loin.

3. 19 mai 2008

Elle épouse le producteur Cash Warren, rencontré sur le tournage des 4 Fantastiques. Ils ont trois enfants, Honor, Haven et Hayes.

4. Depuis 2019

Elle est revenue sur nos écrans dans la série Los Angeles : Bad Girls. Elle y incarne Nancy, une enquêtrice avec de lourds secrets.

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Propos recueillis par Frank Rousseau, notre correspondant aux États-Unis.

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