Affaire Daval : cette phrase de Jonathann qui hante les parents d’Alexia

Le procès de Jonathann Daval, accusé du meurtre de sa femme Alexia en octobre 2017, débutera lundi 16 novembre à Vesoul. Dans son livre L’Affaire Daval (ed. du Rocher) et auprès de Femme Actuelle, Aude Bariéty, journaliste du Figaro, revient en détail sur ce drame qui a marqué la France et évoque notamment le deuil impossible des parents d’Alexia.

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Une maison, une famille unie et aimante, un mari rencontré à l’adolescence avec qui elle essayait d’avoir un bébé : à première vue, Alexia Daval avait tout pour être heureuse avant de trouver la mort, en octobre 2017, à l’âge de 29 ans. Le principal suspect ? Son époux, aujourd’hui accusé de meurtre. Pourquoi Jonathann aurait-il tué sa femme, Alexia ? Quels étaient les secrets de leur couple ? Pourquoi aurait-il menti à toute sa famille et, devant les caméras, à la France entière… avant d’avouer l’avoir frappée, étranglée et brûlée ? C’est à ces questions que tente de répondre Aude Bariéty, autrice de L’Affaire Daval, récit glaçant et détaillé de cette affaire qui a marqué l’Hexagone. Mensonges, aveux, revirements : dans son premier livre publié le 4 novembre 2020 aux éditions du Rocher, la journaliste du Figaro, habituée des faits divers et des affaires judiciaires, décortique méthodiquement le drame des Daval, presque heure par heure, depuis la rencontre du couple jusqu’aux semaines précédant le procès, qui s’ouvrira le 16 novembre à Vesoul.

Si l’histoire des Daval est aussi glaçante, c’est peut-être parce qu’elle commence de la meilleure des manières. Alexia Fouillot et Jonathann Daval se rencontrent en 2005 grâce à un ami commun. Elle est encore au lycée, lui est en BTS informatique. Selon l’entourage du couple, Alexia n’a connu que Jonathann dans sa vie et Jonathann n’a connu qu’Alexia. Pendant de longues années, “ils sont fous amoureux et ne s’en cachent pas”, au point de former, selon leurs proches, un “couple parfait.” La cerise sur le gâteau ? Les parents d’Alexia considèrent leur gendre comme un fils. Le 18 juillet 2015, Alexia et Jonathann se marient. Tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes. Ou presque. Au fil des années, les problèmes remontent à la surface.

Les relations entre les familles Fouillot et Daval sont “assez fraîches.” Mais le principal sujet de tensions du couple concerne la famille qu’ils souhaitent fonder. Alexia et Jonathann sont ensemble depuis dix ans lorsqu’ils décident d’avoir un enfant. Au printemps 2017, Alexia tombe enceinte, annonce la bonne nouvelle à sa famille… et fait une fausse-couche. Elle perd du poids, inquiète sa mère. Les mois passent et Alexia n’arrive pas à retomber enceinte. La crise devient profonde. Le pire survient dans la nuit du 27 au 28 octobre 2020, lors de laquelle elle est tuée. La suite, on la connaît : Jonathann Daval annonce la disparition de sa femme à la police. Elle ne serait jamais revenue à leur domicile de Gray-la-Ville après un footing. Très vite, d’énormes moyens sont déployés, des centaines de personnes participent aux recherches. Le 30 octobre, un cadavre est retrouvé calciné dans un bois. Le jour suivant, Isabelle et Jean-Pierre Fouillot, les parents d’Alexia, apprennent qu’il s’agit du corps de leur fille.

Le calvaire d’Alexia Daval dévoilé par l’autopsie

Comme le rapporte Aude Bariéty dans son livre, l’autopsie témoigne “du calvaire subi par Alexia Daval lors des derniers instants de sa vie.” La jeune femme est morte d’une “strangulation manuelle” qui aura duré près de quatre minutes. “Il apparaît d’abord clairement que la jeune femme a reçu des coups ‘multiples et violents’ au visage et au crâne’ [son visage aurait été frappé contre le mur en béton, puis Alexia aurait reçu entre 5 et 10 coups de poing, selon les aveux de Jonathann Daval lors des reconstitutions, ndlr.]. La partie la plus terrible concerne les événements postérieurs à la mort. Le cadavre a été traîné au sol, puis a subi une ‘mise à feu en plusieurs foyers distincts’ […] Détail sordide : le pied gauche de la jeune femme est détaché du reste du corps. Cette ‘amputation thermique’ s’explique par une ‘carbonisation extrêmement profonde’, expliquent les experts.”

A ce moment, Jonathann Daval se fait passer pour un mari éploré. Il est soutenu par ses beaux-parents, qu’il continue à voir. Jonathann pleure souvent, devant les parents d’Alexia comme devant les médias. Avec le recul, les proches de la jeune femme pensent qu’il “pleurait sur son sort.” Car si les parents n’imaginent pas une seconde que leur gendre pourrait être le meurtrier de leur fille, les preuves s’accumulent et les déclarations de Jonathann sont de plus en plus incohérentes. Le 29 janvier 2018, il est interpellé par les forces de l’ordre, “quasiment fataliste.” Jonathann continue de nier, mais sa défense n’est pas convaincante et les preuves deviennent accablantes. Il finit par avouer. Après de nombreux mois, un rebondissement (Jonathann se dédouane un temps en évoquant un “complot familial” avant de revenir sur ses propos), des polémiques et une confrontation capitale avec la famille, le mari d’Alexia confirme ses aveux et donne des détails.

Le deuil impossible des parents d’Alexia

Au retour d’une soirée raclette en famille, Jonathann Daval aurait voulu quitter le domicile conjugal pendant une dispute. Alexia l’aurait empêché de sortir, ils se seraient “agrippés.” Jonathann aurait repoussé à plusieurs reprises sa femme contre la rambarde, elle lui aurait “porté des coups, l’aurait mordu et insulté.” Il se justifie : “C’est là que ça m’a mis hors de moi. Tout ce qui s’est accumulé, qui est remonté en même temps. J’ai pété un câble.” Y’a-t-il eu préméditation ? Quoi qu’il en soit, les parents d’Alexia “ne veulent pas entendre parler de ‘pétage de câble.’” Isabelle Fouillot rappelle : “Quand il commence à l’étrangler, au bout d’une minute, il aurait pu arrêter, elle était encore vivante. Il a tenu quatre minutes.” Et Jean-Pierre Fouillot de préciser : “Un gars avec un flingue ou un couteau, une fois que c’est fait, il ne peut plus revenir en arrière. Là, il avait le temps de s’arrêter. Il a eu la volonté de tuer, d’aller jusqu’au bout.”

En attendant le procès, les parents d’Alexia veulent croire en la justice. Ils disent “ne pas se préoccuper de la peine dont pourrait écoper leur gendre” : cela ne leur ramènera pas leur fille. “Pour l’instant, c’est nous qui avons pris perpétuité”, martèle la mère d’Alexia dans les médias. Aujourd’hui, une phrase prononcée par le mari d’Alexia lors de la marche blanche organisée le 5 novembre 2017, où Jonathann joue le rôle du mari éploré, hante encore les parents de la jeune femme. Ce jour-là, alors que personne ne connaît l’identité du meurtrier, le mari de la disparue, encore soutenu par ses beaux-parents, déclare en larmes, devant la foule venue les soutenir : “Alexia était ma première supportrice, mon oxygène.” Une expression qui choque au regard des circonstances de la mort d’Alexia, privée d’oxygène pendant quatre longues minutes jusqu’à en perdre la vie. Isabelle Fouillot s’indigne auprès d’Aude Bariéty : C’est odieux. Pourquoi a-t-il utilisé ce mot-là en particulier ? L’a-t-il fait exprès pour nous faire plus de mal ? Voulait-il jouer avec ça devant les médias ?”

Une “deuxième mort” pour Isabelle et Jean-Pierre Fouillot

“C’est une période très difficile pour les parents d’Alexia, à double titre”, confie Aude Bariéty à Femme Actuelle. “Déjà, parce que le procès va enfin s’ouvrir, trois ans après la mort de leur fille. Ensuite parce qu’à cause de la date, Isabelle et Jean-Pierre Fouillot sont dans une sorte de tunnel, puisque la fin du mois d’octobre marque l’anniversaire de la mort d’Alexia.” Au sujet de la phrase de Jonathann Daval qui, rétrospectivement, a beaucoup choqué, l’autrice ajoute : “Je ne peux pas dire si c’était fait exprès ou si c’était son inconscient. Mais c’était une des phrases les plus reprises par la presse, car c’était l’une des plus fortes. Lorsque Jonathann a avoué avoir étranglé leur fille, les parents d’Alexia ont vécu cela comme une deuxième mort, une trahison. Ils se demandent comment il a pu dire ça. D’autant plus que son discours était préparé puisqu’il lit un papier, et qu’il s’agissait par ailleurs de la seule prise de parole publique de Jonathann. On l’a beaucoup vu pleurer, mais la seule fois où il s’exprime, c’est pour dire ça.”

Toutes les réponses seront-elles apportées au procès ? “J’attends de voir ce qu’il va dire… S’il parle”, glisse Aude Bariéty. “La grande inconnue du procès, c’est lui. Sa famille n’a pas voulu s’exprimer, c’est d’ailleurs mon plus grand regret. L’enjeu est désormais de savoir comment fonctionnait ce couple : cela n’excuserait rien, mais c’est important de comprendre. L’autre question qui va se poser concerne la psychologie profonde de Jonathann. Qui est-il vraiment ? Cela va être un moment compliqué pour les parents d’Alexia. Il faut que Jonathann parle, ce qui n’est pas sûr, car il est souvent resté muet et le contexte d’une cour d’assise est impressionnant. Tout le monde espère que la présence des parents d’Alexia et notamment de sa mère permettra de le faire réagir, comme cela a déjà pu être le cas. S’il parle, nous ne sommes pas au bout de nos surprises : il y a encore pas mal de zones d’ombre.”

Une question reste pour l’heure en suspens : s’agit-il d’un féminicide ? Dans son livre, la journaliste reste prudente et n’emploie que peu ce terme, à dessein. “J’ai beaucoup réfléchi à ce sujet” , nous avoue-t-elle. “On ne peut évidemment pas nier le contexte des violences faites aux femmes mais si l’on observe l’affaire par le prisme de la justice, on sait que le féminicide n’est pas dans le code pénal. On peut le regretter ou pas. Pour l’instant, Jonathann est accusé de ‘meurtre sur conjoint’ sans préméditation, même si les parents d’Alexia sont persuadés qu’il s’agit d’un assassinat et que Jonathann Daval a tenté d’empoisonner sa femme à petit feu, car la présence de certains médicaments dans le corps d’Alexia intrigue. Toutefois, il n’a pas encore été jugé ni reconnu coupable. Si le thème des violences conjugales est extrêmement important, c’est difficile d’utiliser le mot ‘féminicide’ tant que le procès n’est pas passé. Et même s’il y a les aveux de Jonathann Daval, même si beaucoup d’indices graves et concordants vont dans ce sens, il faut respecter la présomption d’innocence.” Jonathann Daval risque la réclusion criminelle à perpétuité.

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