Affaire DSK : Nafissatou Diallo révèle avoir eu "envie de se suicider"

Pour la première fois depuis l’affaire du Sofitel de New York, Nafissatou Diallo a accepté d’accorder une interview exclusive à Paris Match. Dans le magazine, en kiosque le 10 septembre 2020, l’ancienne femme de chambre évoque l’enfer qu’elle vit depuis le procès ultra médiatisé de Dominique Strauss-Kahn.

  • Dominique Strauss-Kahn

Neuf ans après avoir été blanchi, Dominique Strauss-Kahn se retrouve de nouveau au cœur de l’actualité. Dans les colonnes de Paris Match, en kiosque jeudi 10 septembre 2020, Nafissatou Diallo a accepté de se confier pour la première fois et de faire de nouvelles révélations sur l’affaire DSK. En 2011, celle qui était alors femme de chambre au Sofitel de New York accuse le patron du Fonds monétaire international de l’avoir violée. Dominique Strauss-Kahn a toujours nié les faits, mais les images de l’homme politique menotté ont fait le tour du monde et mis un terme à ses espoirs pour les élections présidentielles de 2012. À l’issue de l’un des procès les plus médiatisés du XXIe siècle, les charges ont été abandonnées contre le mis en cause. Les deux parties ont conclu des accords de confidentialité et financier, dont le montant a fait l’objet de nombreuses rumeurs. Il est estimé à environ un million de dollars.

“Je ne serais jamais heureuse”

Neuf ans après le procès, Nafissatou Diallo sort enfin du silence et revient sur cette affaire qui a véritablement “gâché sa vie”. “Cette histoire va me suivre jusqu’à la fin de mes jours. J’ai énormément souffert et entendu, lu, beaucoup d’horreurs sur moi”, raconte l’ex-employée du Sofitel à nos confrères de Paris Match. À l’époque, Nafissatou Diallo assure que les procureurs ont “jeté le doute sur [sa] crédibilité […] parce que cet homme avait de l’argent et du pouvoir”. Traverser ce procès fut donc une épreuve des plus traumatisantes, dont elle ne s’est toujours pas complètement remise aujourd’hui : “Honnêtement, je pense que je ne serais jamais heureuse. J’ai dit la vérité. J’ai été piégée et trahie. Je ne me remettrai jamais de la façon dont les procureurs de New York m’ont traitée. À cause ce qu’ils m’ont fait subir, j’ai eu envie de me suicider. J’ai été traitée de prostituée !”, se souvient-elle. Le New York Post – qui avait écrit ses mots – avait été par la suite condamné pour diffamation.

Mais au-delà de l’attitude des procureurs lors du procès, c’est toute la médiatisation de l’affaire qui a fait de la vie de Nafissatou Diallo un enfer. L’ancienne femme de chambre a “dû quitter [son] appartement pour emménager dans un immeuble sécurisé en dehors de New York”, à cause du harcèlement dont elle était victime. Avec l’argent gagné lors du procès, elle avait investi dans un restaurant dans le quartier du Bronx. Un établissement qu’elle a également dû fermer à cause de trop nombreux harceleurs. “Les curieux arrivaient pour me rencontrer. Pas pour déjeuner mais pour me voir et poser un tas de questions”, explique-t-elle, avant de préciser que certains allaient bien plus loin que des questions… “J’ai reçu des menaces de mort. Après le règlement en civil, j’ai été submergée de lettres d’inconnus, qui me parlaient comme si j’avais touché le jackpot et me demandaient de l’argent. Certains m’accusaient d’avoir piégé DSK, de l’avoir fait chanter. Il y a eu tout un tas de théories du complot…”, déplore-t-elle.

Nafissatou Diallo va créer une fondation pour les femmes immigrées

Aujourd’hui, Nafissatou Diallo refuse de révéler le lieu dans lequel elle travaille : “J’ai besoin de me protéger”, indique-t-elle à Paris Match. Elle raconte notamment qu’il arrive qu’on la reconnaisse dans la rue. Elle explique surtout que même les personnes qui lui “disent des choses gentilles” la “replongent dans ce cauchemar” à chaque fois. Désormais, Nafissatou Diallo a un projet : “Je veux créer une fondation pour aider les femmes, qui, comme moi, sont arrivées en Amérique sans éducation, sans même parler la langue et qui ont vécu des situations horribles. J’ai moi-même été victime de charlatans et j’aimerais créer une structure qui permette aux immigrées d’être soutenues sur tous les plans, linguistique, psychologique, financier et juridique.” Dans cette interview, Nafissatou Diallo revient également sur le viol collectif dont elle a été victime en Guinée, sur son excision à l’âge de 7 ans, et sur son mariage forcé à 14 ans. Une terrible situation de laquelle elle a pu se sortir, “Je suis aujourd’hui citoyenne américaine, j’ai pris des cours d’anglais. Je ne m’étais jamais considérée comme une militante féministe, mais je veux que ce qui m’est arrivé serve aux autres, conclut-elle alors.

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