Diane Kruger : "Ça prend votre vie, un bébé ; je ne l’avais pas compris quand j’ai décidé d’avoir un enfant"

Espionne de choc dans… 355, le thriller féminin de Simon Kinberg, ou incarnation de Marlene Dietrich dans une série qu’elle coproduit, l’actrice poursuit sa quête de sens. Égérie Chaumet, elle se prête aussi pour nous au jeu du luxe et de la mode. Confidences.

«À Paris, à l’amour !», dit-elle en levant son verre. La vie, le cinéma, le clic de l’appareil photographique, le bonheur de partager : tout recommence depuis qu’elle peut tourner des films, voyager «comme avant», se réjouit Diane Kruger. Maman d’une petite fille de tout juste 3 ans – qu’elle a eue avec son compagnon, l’acteur Norman Reedus, rencontré en 2015 sur le tournage du film Sky -, l’actrice allemande partage sa vie entre New York et Atlanta.

Elle garde cette beauté parfaite qui lui a permis d’incarner le mythe de la plus belle femme du monde, Hélène de Troie, et d’accéder en un clin d’œil à l’Olympe des déesses de Hollywood dans les années 2000. Aspirante danseuse au Royal Ballet de Londres, mannequin dans sa prime jeunesse, valeur sûre du cinéma, Prix d’interprétation à Cannes, Diane Kruger n’est pourtant pas une diva gâtée : «Je travaille depuis l’âge de 15 ans ; j’en avais 25 quand j’ai eu mes premiers rôles au cinéma et je n’ai jamais arrêté un seul instant», souligne-t-elle d’un ton assuré. Elle est passée d’un continent à l’autre, du cinéma d’auteur aux blockbusters, de la comédie au drame, avec agilité, sans jamais se laisser emprisonner dans une image, de la Marie-Antoinette des Adieux à la reine, de Benoît Jacquot, à l’espionne Bridget Von Hammersmark d’Inglourious Basterds, de Quentin Tarantino.

En vidéo, « The 355 », la bande-annonce

À 45 ans, Diane Kruger enchaîne les films sans craindre le grand écart. En janvier, elle sera à l’affiche de 355*, de Simon Kinberg (X-Men : Dark Phoenix), sorte de James Bond au féminin avec cinq agents secrets, aux côtés de Jessica Chastain, Lupita Nyong’o, Penélope Cruz et Fan Bingbing. Elle va aussi bientôt tourner une série où elle incarnera Marlene Dietrich. Pas étonnant que le luxe s’intéresse à elle ! Elle est la nouvelle égérie de la maison Chaumet : «Les bijoux racontent souvent une histoire de famille et c’est ce qui les rend précieux», dit-elle. L’esprit de famille, voilà ce qui la séduit. Ses yeux s’embuent de larmes lorsqu’elle parle d’une montre que lui a laissée sa grand-mère, disparue il y a quelques années. C’est Diane Kruger : sous la blondeur, l’ardeur des sentiments.

Madame Figaro. – Quelle était l’atmosphère sur le plateau de 355 et quels liens avez-vous noué avec des actrices comme Jessica Chastain ou Penélope Cruz ?
Diane Kruger. –
Je n’avais jamais joué dans un casting principalement composé de femmes. Nous avons formé un clan. On dit souvent que les actrices sont jalouses, compétitives, mais il y avait là surtout un vrai sentiment d’amitié, de soutien, une intimité partagée. On le doit à Jessica Chastain qui est coproductrice du film. Jessica place sa passion pour le cinéma au service de ses combats. Elle a voulu que nous soyons toutes payées à égalité. Et puis on avait une garde pour les enfants sur le plateau, ce qui a rendu l’ambiance très familiale : j’arrivais tous les jours avec ma fille, qui avait huit mois à l’époque, et Jessica venait elle aussi avec son bébé. Je trouve génial qu’une femme puisse enfin tourner un film d’action et incarner un rôle d’héroïne imbattable avec son bébé près d’elle…

Diane Kruger porte un cardigan écossais, chemise en soie, jupe en cuir et collant, Saint Laurent par Anthony Vaccarello. Collier Torsade, en or blanc, diamants taille asscher et diamants taille brillant, Chaumet.

Les femmes se soutiennent de plus en plus dans le cinéma. Pensez-vous que les hommes perçoivent cette sororité comme une menace ?
On en parlait avec Penélope Cruz qui me disait : «Mais pourquoi les femmes doivent-elles justifier en permanence le fait d’exister, de réclamer des droits tout à fait normaux ?» Je suis d’accord avec elle. Je ne vois pas en quoi je représente une menace si je dis que je suis contre les inégalités salariales homme-femme par exemple. Il m’est arrivé d’entendre : «C’est trop féministe.» Mais c’est idiot ! Nous n’avons rien contre les hommes, bien au contraire. Il ne s’agit pas d’une guerre.

On vous verra dans la peau de Marlene Dietrich dans la série Femme en guerre, un projet très ambitieux dans lequel vous êtes à la fois actrice, coproductrice et coréalisatrice aux côtés du cinéaste Fatih Akin. Quelle facette de Dietrich avez-vous choisi de raconter ?
Le récit débute au moment de la sortie de L’Ange bleu : elle vient tout juste de partir à Hollywood et devient une star du jour au lendemain. Je n’avais pas envie d’un portrait glacé, mais d’aller plus en profondeur. Dietrich était l’une des rares vedettes de son époque à s’être inventée. Elle a su construire son image et en même temps elle avait une faille : la vanité. L’idée est de rappeler les raisons pour lesquelles elle est devenue célèbre car, malheureusement, aujourd’hui beaucoup de gens ne savent plus qui est Marlene Dietrich. Elle a été mal comprise par l’Allemagne et assimilée à une traîtresse. Pourtant elle aimait profondément son pays – elle a aidé des artistes juifs à fuir l’Allemagne durant la guerre et a même quitté son travail pour se rendre sur le front. J’ai envie de décrire la femme engagée, moderne et courageuse qu’elle était, s’érigeant en symbole contre le nazisme avec son interprétation de Lili Marlene, assumant pleinement sa bisexualité dans les années 1930. Je veux raconter aussi sa vie de mère, d’épouse, son histoire d’amour avec Jean Gabin, et tenter de percer son mystère. Le tournage commence bientôt : c’est une aventure qui me tient vraiment à cœur et un défi en tant qu’actrice, car je devrais également chanter.

Comme elle, vous êtes une actrice allemande qui a élu résidence aux États-Unis. Vous parlez souvent des valeurs qui vous viennent de votre famille. Qui sont les femmes qui ont le plus compté dans votre éducation ?
J’ai grandi dans une Allemagne profondément catholique. J’étais dans une école de bonnes sœurs, j’allais à l’église… Mais je viens d’une lignée de femmes très modernes qui ont contrebalancé ce côté rangé. Ma grand-mère maternelle, que j’ai perdue il y a cinq ans, était la personne que j’aimais le plus au monde : une femme polonaise, ronde, chaleureuse. J’adorais me blottir contre elle. Elle avait des yeux pétillants, très noirs, et prenait la vie avec beaucoup d’humour. Elle me faisait comprendre qu’il y avait toujours une façon de contourner la morale et les bigots. J’adorais le couple qu’elle formait avec mon grand-père : ils se sont rencontrés pendant la guerre et ont été mariés durant soixante-dix ans. Elle avait été sévère avec ma mère, mais très différente avec moi. Elle m’a appris à aimer, à être moi-même.

Ma relation avec ma mère a été plus conflictuelle, mais riche. C’était une rebelle, en avance sur son temps : elle a quitté jeune mes grands-parents pour s’émanciper et travailler. Elle a toujours insisté pour que je trouve un métier stable afin de ne pas dépendre d’un homme. J’aurais aimé parfois qu’elle me laisse exprimer plus mes sentiments. Elle n’aimait pas qu’on montre la colère, l’amour, les failles. Son rêve était que je devienne comptable, ça la rassurait. Mais je ne la juge pas. Maintenant que j’ai une fille, je comprends les peurs d’une mère. La mienne a toujours été guidée par l’amour et c’est aujourd’hui une grand-mère merveilleuse.

Robe en mousseline de soie, N°21, culotte Eres. Bracelet Bee My Love, en or blanc et diamants, Chaumet. Maquillage Tom Pécheux pour Yves Saint Laurent Beauté. Coiffure Leslie Thibaud. Manucure Elsa Deslandes.

Et vous, quel genre de mère êtes-vous ?
Je ne suis pas un modèle de perfection. Quand ma fille est née, j’ai un peu paniqué. Ça prend votre vie, un bébé ; je ne l’avais pas compris quand j’ai décidé d’avoir un enfant. Tout est devenu plus facile quand elle a commencé à parler : elle a 3 ans et je suis folle d’elle ! Je la protège de la célébrité – Norman et moi n’avons pas envie de dévoiler son prénom. J’essaie de lui transmettre les valeurs que j’ai reçues, même si elle évolue dans une situation bien plus privilégiée que la mienne à son âge. Je veux à tout prix qu’elle ait un sens du respect des personnes, des objets, des règles.

Je suis très attentive, même pénible parfois : on ne jette pas la nourriture, on ne crie pas, on ne fait pas de caprices… Je n’aime pas les enfants rois et je pense que les cadres sont rassurants. Pour sa scolarité, son père et moi avons choisi de lui faire suivre le système Montessori, qui privilégie la singularité. J’ai détesté l’école – j’étais une enfant à part et ma différence n’était pas acceptée – et je souhaite que ma fille vive une tout autre expérience : je veux laisser son imaginaire se développer, l’encourager à faire ce qu’elle aime. J’ai écrit un livre autobiographique, que je dédie à ma fille, en racontant mon enfance et ma vision de l’éducation. Il devrait sortir en septembre 2022.

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Et quel genre de père est Norman Reedus ?
Il n’a pas eu, lui non plus, une enfance classique. Il est parti vivre seul à 15 ans. Très jeune, il a eu un enfant, qui a aujourd’hui 21 ans, mais il s’est séparé de sa mère (le mannequin Helena Christensen, NDLR) et a élevé son fils en garde partagée, ce qui n’a pas été facile. Être à nouveau père à 50 ans a été génial pour lui ! C’est un papa gâteau, amoureux de sa fille. Durant le confinement, il était soudé à elle. Pour moi, c’est merveilleux parce que je n’ai pas vraiment eu de père…

Comment se passe votre vie de famille aujourd’hui, entre Atlanta et New York ?
Côté esthétique, Atlanta a un côté un peu féerique, «tim burtonesque», parce que les arbres et les plantes grimpantes envahissent la ville de tous côtés. Les gens y sont très accueillants. Et puis, il y a New York, la cité de la culture, de la mode, où j’ai commencé le mannequinat et vécu tant de choses. Je l’aime presque autant que Paris. Mais peu importe où j’habite… Je n’ai jamais été aussi heureuse. Je suis amoureuse de ma fille, de Norman. Je fais un métier de rêve. Je mesure la chance que j’ai et je goûte chaque instant de cette vie.

*355, de Simon Kinberg, sortie le 5 janvier.

Les sentiments précieux d’une égérie

«Quand j’avais 20 ans, je me moquais des bijoux, je n’en portais que pour les grandes occasions. C’est vers 30 ans que tout a changé : un jour, j’ai ouvert la boîte à bijoux de ma grand-mère et j’y ai trouvé ses mémoires, sa vie, une montre qu’elle m’a offerte plus tard. J’aime les bijoux de sentiment : ce sont des témoins précieux de l’existence, des symboles d’un instant, d’un pacte. Je suis fière d’être associée à Chaumet parce que c’est une maison qui possède le sens de la transmission. J’y ai rencontré plusieurs générations d’orfèvres. Quand je regarde mes photos, je remarque que certains bijoux ont marqué des moments importants de ma vie : un bracelet que Norman m’a offert à la naissance de notre fille, une vieille bague de fiançailles que j’ai gardée même si je ne la mets plus, un collier Chaumet que j’ai porté sur un tapis rouge… Tous ont une signification forte pour moi.»

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