Féminicides : le nombre de femmes tuées par leur conjoint en hausse

Comme le rapporte une récente étude nationale relative aux morts violentes au sein du couple, rendue publique par le ministère de l’intérieur lundi 17 août 2020, le nombre de féminicides est en hausse de 21% en 2019 par rapport à 2018, avec 146 femmes tuées.

  • Emmanuel Macron

Triste nouvelle, rapportée par la récente étude nationale relative aux morts violentes au sein du couple, rendue publique par le ministère de l’intérieur lundi 17 août 2020 : le nombre de féminicides est en hausse de 21% en 2019, par rapport à 2018. Ainsi, en 2019, 146 femmes ont été tuées par leur conjoint ou ex-conjoint, soit 25 victimes de plus que l’année précédente. Dans cette enquête réalisée par la délégation aux victimes, plusieurs enseignements se dégagent, note Le Monde : “Dans 84 % des cas de mort violente au sein d’un couple, les victimes sont des femmes, le plus souvent de nationalité française, âgées principalement de 30 à 49 ans ou de plus de 70 ans. Une majorité d’entre elles sont sans emploi ou retraitées. Les auteurs, également de nationalité française en majorité, sont masculins dans 88 % des situations. 65 % d’entre eux n’exercent pas ou plus d’activité professionnelle, 24 % sont employés ou ouvriers […] Le plus souvent, le crime est réalisé à l’aide d’une arme blanche ou d’une arme à feu. Dans 17 % des cas, le décès est consécutif à une strangulation, une situation d’étouffement ou d’asphyxie. Les faits se déroulent en règle générale au domicile du couple ou sur le lieu de vie de la victime. La logique du passage à l’acte, quant à elle, est connue : c’est souvent une dispute ou le refus d’une séparation qui précède le crime.” D’autres chiffres s’avèrent particulièrement inquiétants : “41 % des femmes mortes en 2019 sous les coups de leur partenaire avaient subi au moins une forme de violences antérieures, qu’elles soient physiques ou psychologiques. Parmi elles, 63 % avaient signalé ces faits aux forces de l’ordre […] Et 17 % des auteurs étaient connus des forces de l’ordre, notamment pour violences conjugales sur la victime.”

Une proposition de loi visant à mieux protéger les victimes

Alors que la lutte contre les violences conjugales a été décrite comme étant la “grande cause du quinquennat” par le Président Emmanuel Macron, les associations féministes se désolent de ne pas voir les choses avancer aussi vite qu’elles le devraient, au détriment de vies humaines. Début 2020, plusieurs mesures ont toutefois été mises en place. Un portail de signalement en ligne des violences sexuelles et sexistes prend maintenant en compte les violences conjugales. Les policiers et les gendarmes peuvent aussi être formés dans les écoles de polices et dans les commissariats. Le Parlement a adopté en juillet une proposition de loi visant à mieux protéger les victimes de violences conjugales, avec un texte introduisant une exception au secret médical en cas de “danger immédiat”. Une proposition de loi de La République en Marche qui concrétise l’une des mesures annoncées en novembre 2019 par le gouvernement à l’issue du Grenelle contre les violences conjugales, mené par Marlène Schiappa. Par ailleurs, la proposition de loi ouvre la possibilité de suspendre l’autorité parentale dans le cadre du contrôle judiciaire, dans le but de protéger les enfants. Elle prévoit aussi de supprimer certains droits financiers aux auteurs de féminicides et de viols conjugaux. Quant à la généralisation du bracelet anti-rapprochement contre les conjoint et ex-conjoints violents, elle devrait être mise en place en septembre. Des efforts notables, mais insuffisants, au vu du nombre de victimes.

On parle d’amour, mais c’est l’emprise qui déclenche les meurtres”

Contrairement aux idées reçues, les femmes ne meurent pas forcément “sous les coups de leur compagnon” : c’est flagrant lorsque l’on étudie les causes exactes de la mort, qui survient le plus souvent après l’utilisation d’une arme ou après une strangulation… Mais les femmes ne meurent pas non plus parce que leur compagnon “l’aimait trop.” En mars 2019, l’une des administratrices du groupe Facebook “Féminicides par compagnons ou ex” [une page qui, comme son nom l’indique, recense méticuleusement les féminicides, ndlr.], qui souhaite rester anonyme pour éviter “toutes pressions ou insultes” , se confiait à Femme Actuelle. Pour elle, cela ne fait aucun doute : ces meurtres sont des affaires de possession. “Ces hommes ont déshumanisé les femmes, ils les traitent comme des objets” , nous expliquait-elle. “Le passage à l’acte vient souvent d’une frustration liée à la dépossession. C’est comme un enfant à qui on voudrait retirer le jouet, il préfère le casser. On parle d’amour, mais c’est véritablement l’emprise qui déclenche les meurtres.” De son côté, Anouchka Assouline, avocate spécialisée en violences conjugales, approuvait, auprès de Femme Actuelle : “C’est la jalousie qui déclenche le passage à l’acte. L’homme perd le contrôle, n’accepte pas la rupture, perd sa propriété.” Que faire, alors, et surtout pourquoi le nombre de féminicides ne baisse-t-il toujours pas ? “L’arsenal législatif est là mais on ne l’applique pas”, regrettait Maître Assouline.

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