Gloire, "nipplegate" et renaissance : la folle et prodigieuse vie de Janet Jackson

Alors que Janet Jackson prépare son retour avec un nouvel album et un documentaire, une enquête inédite revient sur le «nipplegate», scandale qui a failli couler sa carrière. Retour sur les hauts et les bas d’une reine de la pop, benjamine du clan Jackson.

De ses débuts dans l’ombre de son frère Michael aux feux de la célébrité en passant par le scandale du «Nipplegate» jusqu’à la renaissance, la carrière de Janet Jackson aurait pu mille fois s’éteindre. Pourtant, tel un phénix, la star du R’n’b prépare un nouveau comeback pour 2022, avec la sortie de l’album Black Diamond, mais aussi de Janet, documentaire de 4 heures qui sera diffusé en janvier, sur les chaînes américaines Lifetime et A&E.

L’affaire du « Nipplegate »

Mais avant ces événements très attendus, c’est une enquête de New York Times et de FX sur le «Nipplegate» («scandale du téton», en français) qui fait l’actualité. Diffusée vendredi 19 novembre sur FX et Hulu, la mini-série intitulée Malfunction: The Dressing Down of Janet Jackson, («le dysfonctionnement vestimentaire de Janet Jackson», en français), revient sur le jour où Justin Timberlake, lors du show qui ponctuait la mi-temps du Superbowl 2004, a malencontreusement dévoilé le téton de la chanteuse devant plus de 100 millions de téléspectateurs. Malgré les excuses et les explications des deux artistes, l’incident, qui n’a duré que 9/16e de seconde, s’est transformé Outre-Atlantique en scandale médiatique. «Si les guerres culturelles pouvaient avoir un 11 septembre, ce serait le 1er février 2004», peut-on entendre dans la bande-annonce de la mini-série.

«On parle de l’événement le plus regardé de la télévision américaine. Les gens étaient scandalisés», raconte Olivier Cachin, journaliste spécialisé dans la musique afro-américaine et le rap. Après la diffusion des images, la FFC – équivalent américain du CSA – a reçu plus d’un demi million de plaintes, la chaîne CBS a été condamnée à une amende de 550.000 dollars et la Fédération nationale de football américain a dû rembourser les 10 millions de dollars perçus pour le show de la mi-temps.

« The Undressing of Janet Jackson », la bande-annonce

Des années de purgatoire

Dans la foulée du scandale, la chaîne CBS exclut les deux artistes de la cérémonie des Grammy Awards de 2004. Mais après des excuses larmoyantes, Justin Timberlake obtient finalement le droit de se produire dans l’émission. Comme l’explique un article du Huffington Post, Janet Jackson devient quant à elle l’objet de la vengeance de Les Moonves, le puissant directeur de CBS, qui la bannit aussi des antennes radio américaines. Dans l’Amérique puritaine, le nipplegate se transforme «en purgatoire pour Janet, qui s’est tout pris dans la figure, alors que Justin a surfé sur la vague», commente Olivier Cachin. Cet épisode, qui a failli couler la carrière de la chanteuse, révèle aussi la façon dont les femmes sont traitées dans l’industrie musicale.

«Si on considère cet incident à 50-50, je n’ai probablement reçu que 10 % des critiques», reconnaissait Justin Timberlake en 2006 dans une interview à la chaîne MTV. «Je trouve que l’Amérique est plus dure envers les femmes. Je trouve que l’Amérique est injustement brutale avec les minorités ethniques», ajoutait-il. Malgré ce sabordage médiatique, Janet maintient la sortie de Damita Jo, son huitième album. «À travers ce scandale dérisoire autour de mon sein, j’ai appris combien j’étais forte et combien mon pays est fou», déclare-t-elle au Journal du dimanche en août 2004. «C’est une vraie battante. Il ne faut pas oublier que sa carrière commence plutôt mal», rappelle Olivier Cachin, auteur de la biographie Michael Jackson, Pop Life.

Janet Jackson en cover du magazine « Rolling Stones » en 1993.

Le roi de la pop n’est plus

Le 25 juin 2009, le monde entier apprend, abasourdi et incrédule, la mort brutale de Michael Jackson. Sa disparition ébranle profondément le clan familial et menace l’empire qu’il a construit. Janet, celle dont il était le plus proche, souffre mais tient bon, et fait face avec pudeur et force. Pour éviter «de devenir folle», elle coupe la télé et évite de lire les journaux. «Les gens peuvent avoir la peau dure d’un rhinocéros, mais il y a un moment où quelque chose finit par vous blesser», confie-t-elle dans une interview au Harper’s Bazaar. Pour surmonter la mort de son frère, Janet reprend le travail et retrouve le chemin des studios.

Après plus de 30 ans de métier dans la musique et quelques rôles au cinéma, c’est avec un succès de librairie que la chanteuse ouvre un nouveau chapitre de sa vie. Dans True You, publié en 2011, Janet Jackson se confie sur les périodes douloureuses de son passé. Elle raconte la pression exercée par les producteurs de télévision pour qu’elle maigrisse, alors qu’elle n’était encore qu’une fillette. S’en suivront des années de régimes yo-yo et de troubles alimentaires. Enfant, elle grandit sous l’autorité toute puissante du père et subit les moqueries de ses proches, dont Michael, qui lui répétait qu’elle n’était pas assez bonne. Dans sa famille, on la surnommait «dunk» (pour «donkey», âne en français), avoue-t-elle timidement sur la chaîne BBC One.

Dans ce livre confessions, elle évoque sa dépression et le long parcours pour apprendre à s’aimer telle qu’elle est. «Dans ma quarantaine, comme des millions d’autres femmes dans le monde, j’avais toujours ces voix dans ma tête qui me réprimandaient, qui mettaient en doute ma valeur», confie-t-elle en 2018 au magazine Essence. «Seule mon expérience de vie peut me guider. J’ai connu de grandes joies et de grandes tristesses. Mais la vraie question est : qu’est-ce que je connais du bonheur ?». À l’approche de la cinquantaine, Janet Jackson semble avoir trouvé un élément de réponse à cette question, en la personne de Wissam Al Mana, multimillionnaire qatari de 9 ans son cadet, qu’elle épouse en 2012. Trois ans plus tard, elle relance sa carrière musicale avec Unbreakable. Un onzième album dont le titre – «incassable» – résume à lui seul, la personnalité de son auteur.

Janet Jackson et Wissam Al Mana au défilé Giorgio Armani. (Milan, 25 février 2013.)

Maman solo à 50 ans

En 2017, à presque 51 ans, la star donne naissance à son premier enfant, Eissa, un petit garçon conçu par fécondation in vitro. Trois mois après avoir découvert les joies de la maternité, elle divorce de Wissam Al Mana et le public découvre qu’elle aurait été victime de harcèlement moral et de violences conjugales. Depuis, Janet Jackson savoure les petits bonheurs du quotidien avec son fils. «Quand je l’embrasse. Quand je chante doucement pour l’endormir. Pendant ces instants sacrés, le bonheur est partout», confie-t-elle en remerciant Dieu pour «sa vie, son énergie et sa capacité à s’épanouir dans l’amour».

«Janet est une star en rémission, elle ne lâche jamais», commente Olivier Cachin. En 40 ans de carrière, elle a remporté 72 trophées et a été la première femme noire à recevoir, en 2018, un Billboard Music’s Icon Award. Pour la star autrefois bafouée, cette récompense a un goût de revanche. «Le moment est enfin venu pour les femmes d’affirmer qu’elles ne seront plus jamais contrôlées, manipulées ou agressées», déclare-t-elle en recevant la précieuse statuette, qui distingue un artiste pour l’ensemble de son œuvre. «À elle seule, elle fait mentir la phrase de Scott Fitzgerald selon laquelle il n’y a pas de deuxième acte dans les vies américaines. A part Mariah Carey et Alicia Keys, il reste très peu d’artistes féminines de cette trempe-là», résume Olivier Cachin. «Regarder ce que je fais/Regarder où je vais/Essayer d’atteindre l’immense éternité», chantait-elle dans The Great Forever, en 2015. Viser toujours plus haut et graver son nom dans l’histoire de la musique, tel est sa destinée.

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