INTERVIEW – Fabien Roussel : « Ma compagne Dorothée m’aide à tenir bon »

Révélation de la présidentielle 2022, avec sa gouaille et ses formules qui font mouche, Fabien Roussel continue d’occuper le devant de la scène politique. Mais cette fois, c’est en tant que député pas toujours en phase avec ses alliés de la Nupes qu’il fait le plus souvent parler. Des désaccords que le leader du Parti communiste évoque aujourd’hui avec Gala.fr, entre quelques confidences sur sa vie de famille avec Dorothée quelque peu transformée depuis la présidentielle.

Que cherche vraiment Fabien Roussel ? Réélu député du Nord aux législatives, après avoir été la grande surprise de la présidentielle en dépit d’un petit score (2,5%), le patron du PCF suscite régulièrement des interrogations chez une partie de la gauche. En cause : ses nombreuses prises de position à contre-courant de ses partenaires de la Nupes, à commencer par Jean-Luc Mélenchon et les Insoumis. Accusé de faire cavalier seul, le représentant de « la gauche populaire et label rouge » s’explique aujourd’hui à Gala.fr. Et se confie au passage sur cette nouvelle notoriété qui a changé son quotidien, comme celui de sa famille et de sa compagne.

Gala.fr : Comment vivez-vous ce début de 2e mandat ? À l’Assemblée, les débats avec la majorité sont déjà houleux concernant la loi pouvoir d’achat…

Fabien Roussel : Ce qui est difficile, c’est que le gouvernement ne prend pas en compte que l’Assemblée nationale a changé. Ils font comme s’ils avaient encore la majorité absolue. Sans dialogue, sans compromis… Pourtant, la Première ministre avait parlé de cette nécessité de trouver des accords. Lundi, sur le premier article de la loi sur le pouvoir d’achat : zéro amendement, tout a été refusé. De toutes les oppositions. S’ils s’entêtent ainsi, c’est grave et cela risque de pénaliser les Français. Mais lors du discours du président de la République, le 14 juillet, j’ai bien compris qu’il avait décidé d’écouter de ses deux oreilles droites. Et de ne rien entendre à gauche.

Cette semaine, on vous a vu à l’Assemblée jusqu’à minuit pour débattre. Tout ça après avoir enchaîné les campagnes… Ce n’est pas trop fatigant ?

C’est usant, mais je ne me plains pas ! J’ai fait un choix et je l’assume. Les gens qui ont voté pour moi me le rappellent quand je les croise. Je leur réponds : « Merci, maintenant à mon tour de voter pour vous à l’Assemblée nationale« . C’est ce que je fais.

Vous avez exprimé de nombreux désaccords avec vos partenaires de la Nupes, notamment les Insoumis. Votre relation a souvent l’air tendue…

Il n’y a pas de tensions entre nous, au sein des forces de gauche écologistes. Il y a juste des différences, des nuances, des désaccords même. Ils existent parce que nous sommes quatre forces politiques. Mais il ne faut pas seulement voir mes positions différentes de celles des écologistes, sur le nucléaire, l’agriculture ou sur la sécurité et les mots durs de Jean-Luc Mélenchon (« la police tue« , ndlr) qui ont heurté beaucoup de Français. À côté de ça, il y a aussi tout ce sur quoi nous sommes d’accord. Comme la hausse du Smic et des salaires dans le secteur privé.

La gauche a mis du temps à se rassembler. Vous n’avez pas peur qu’à trop exposer vos différences, vos adversaires en profitent ?

Je pense d’abord aux Français. Et à ceux qui m’ont soutenu pendant la présidentielle. Il y en a même parmi ceux qui ont voté Jean-Luc Mélenchon, au nom du vote utile. Ils me le disent aujourd’hui, ils sont attachés aux idées que je défends et à ma manière de faire. Je souhaite conserver cela.

On vous a aussi reproché d’être ambigu après votre entretien avec Emmanuel Macron, au sujet d’un gouvernement d’union nationale.

Pourtant, c’était clair ! Le problème, c’est qu’il faut être noir ou blanc. On ne peut pas avoir de propos nuancés ! Or, dans la vie politique, on doit débattre et discuter. J’ai dit au président de la République que dans notre histoire, les communistes ont toujours participé à des gouvernements d’union nationale. Mais je lui ai rappelé que sa politique ne nous permettait pas de participer à un gouvernement qui continuait de défendre les intérêts d’une minorité de privilégiés. Nous avons vocation à gouverner, si c’est pour défendre les travailleurs. Ce qui n’est pas leur cas.

Il n’y a pas de guerre d’ego avec Jean-Luc Mélenchon ?

Non, il y a simplement des différences de fond. Je ne cherche pas à convaincre les écologistes ou les Insoumis, y compris sur les questions du nucléaire. Ce sont aux Français de soutenir celui ou celle dont ils se sentent le plus proche. C’est pour ça que la présidentielle n’est pas forcément l’élection qui fige le rapport de force. Comme si en donnant 22% à Jean-Luc Mélenchon et 2,5% à moi, ils avaient dit qu’ils étaient tous contre le nucléaire à gauche ! Aujourd’hui, je suis donc toujours en campagne. Je vais repartir écouter les Français, lutter avec eux pour leur dignité et leurs salaires.

« Je respecte ceux qui ne veulent pas manger de viande »

Dans une récente interview à Sud Radio, vous avez ironiquement dit ne pas connaître Aymeric Caron, élu député de la Nupes. Qu’est-ce qui vous gêne chez lui ?

Là, nous avons des désaccords vraiment profonds. Je suis pour le respect des animaux, mais interdire de tuer des moustiques femelles au nom du respect des animaux, il y a des limites… C’est nul, je ne partage pas ça du tout. C’est orthogonal.

Durant la campagne, il vous avait qualifié de « lourdingue » sur Twitter et dénoncé des attaques répétitives envers la gauche écolo…

Je ne vais pas trop voir ce qui s’écrit sur Twitter. Ça fait du bien. Je préfère écouter les Français quand je vais à leur rencontre.

Lors de cette interview, on vous a rappelé qu’il était végétarien. Vous avez ironisé en répondant que si vous deviez passer du temps ensemble, il mangerait « des pissenlits« .

Je respecte tout à fait ceux qui ne veulent pas manger de viande. Et ceux qui disent qu’il ne faut tuer aucun animal, y compris donc les moustiques femelles qu’il faut protéger. S’il préfère se laisser manger par les moustiques, c’est son choix. Mais je conteste le fait qu’ils imposent cela à tout le monde. Ça ne peut pas être un choix de société imposé à tous.

En disant cela, vous savez qu’une partie de la gauche va vous en vouloir…

Non, je cherche surtout à convaincre les Français. Sur l’existence d’une gauche qui est contre le capitalisme et propose un autre modèle de société plus vertueux et efficace économiquement, en respectant les êtres humains, la planète, les animaux, le vivant. Un modèle permettant de répondre autant à l’urgence sociale que climatique. Ce sont des modèles de société différents que nous défendons, les écologistes et nous, sur cette question.

De « la gauche caviar et quinoa » en passant par « la théorie du Roussellement », ces formules ont fait grimper votre notoriété. C’est quelque chose de spontané ou de très réfléchi ?

C’est bien souvent spontané et improvisé.

Durant vos meetings, vous avez aussi montré un vrai sens du show. À tel point que certains vous trouvent très bon comédien… Avez-vous un acteur préféré ?

Non (rires) mais dans les comédiens français, je suis un fan de Louis de Funès et des acteurs des « Tontons flingueurs ». Et aujourd’hui, je suis aussi fan de Jean Dujardin.

Beaucoup de politiques se reconvertissent dans les médias une fois leur carrière terminée. Cela vous attirerait ?

Non, si je devais arrêter la politique, j’irais plutôt travailler auprès des enfants. Dans des écoles.

Pour en revenir à la politique, qu’est-ce que cela vous fait d’être un communiste apprécié par des gens de droite ?

Je suis élu d’une circonscription qui n’est pas une circonscription de gauche. Les gens qui votent pour moi ne votent pas pour le candidat communiste mais pour Fabien Roussel. Pour une personne qui les respecte quelles que soient leurs opinions. C’est vraiment ma méthode, mon style. J’écoute tout le monde. Je rencontre beaucoup de chefs d’entreprise, car comme je suis à l’écoute, on vient me voir de tous bords. Je tiens à rester comme ça. Je ne pense être particulièrement apprécié par des gens de droite, je suis respecté par tous. Après, des gens de droite apprécient mon discours parce que j’ai pris des positions claires sur le nucléaire, sur la République ou la sécurité. Et pourtant, c’est la droite qui a abîmé la politique publique en matière de sécurité.

Vous pensez simplement revenir à des fondamentaux de gauche ?

Pour moi, la République et la question d’une politique publique de sécurité, d’une politique publique énergétique… C’est là où la gauche est la plus attendue, où elle était très forte avant. Elle ne l’est plus aujourd’hui. Dans le secteur rural, elle doit aussi reconquérir les cœurs de ces hommes et de ces femmes qui y habitent. Je souhaite être en phase avec les Français, de la campagne comme de la banlieue. Mais il y a une gauche des grandes villes qui a tendance à oublier ce que vivent les Français de la campagne. Je n’ai entendu que ça depuis des années : « Pourquoi la gauche, vous abandonnez les paysans ? Pourquoi vous ne parlez plus aux chasseurs ? » J’avais l’impression qu’on leur parlait. Mais pas assez fort, pas assez clair.

Son amitié avec Gérald Darmanin

En parlant de gens de droite, Gérald Darmanin assure être votre ami.

Oui, on se côtoie et on se connaît depuis longtemps ! Il était responsable politique dans le Nord, comme moi. On a appris à se connaître et à connaître nos différences. Des sujets que l’on peut partager aussi. Cela permet d’avoir des discussions franches, loyales et respectueuses.

Quelle qualité lui trouvez-vous ?

C’est un passionné de politique et un homme de terrain. Il connaît les gens. Il fait comme moi, il passe beaucoup de temps à les écouter. Ça, je lui reconnais. Après, on diverge beaucoup sur les réponses à apporter ! Mais je lui reconnais cette capacité d’écoute, que des hommes de droite comme de gauche ont.

Comment vivez-vous cette nouvelle notoriété depuis la présidentielle ?

Les gens m’interpellent tout le temps, de manière très positive. Je sens un capital sympathie, donc je préfère ça ! Cela m’encourage.

« Ma compagne est engagée comme moi »

Votre compagne Dorothée est une militante communiste. Comment vit-elle cette nouvelle exposition ?

Tous les matins, elle me dit qu’il faut obtenir des hausses de salaire ! Pour les salariés comme pour les fonctionnaires. Parce que c’est une fonctionnaire de catégorie C, qui a un petit salaire. Donc elle m’encourage à tenir bon !

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Elle vous conseille beaucoup ?

Lorsque je passe à la télévision, comme mardi aux 4 Vérités sur France 2, elle m’écoute attentivement et me fait des remarques quand ça ne va pas. Là, heureusement, ça allait !

Elle vous envoie des messages pendant vos passages télé ?

Oui, elle est très attentive.

Que vous reproche-t-elle en général ?

On a parfois des désaccords sur mes propositions, mes idées… Elle est engagée comme moi, et elle écoute beaucoup les gens. Elle parle avec ses collègues à la cantine, elle prend le TER le matin, donc elle entend des choses et me les rapporte. On partage des coups de colère, sur l’actualité, sur ce qui nous touche… On discute beaucoup, ça m’alimente.

Comment s’est passée votre rencontre ?

Je l’ai rencontrée dans un bal populaire du Parti communiste.

Qui a fait le premier pas ?

C’est un sujet de débat entre nous (rires) ! Moi je dis que c’est elle… Mais elle assure que ce n’était pas un premier pas !

Comment ça s’est déroulé exactement ?

J’ai pris la parole à ce banquet du Parti communiste et elle est venue me parler après. Mais juste pour discuter comme ça, pour me saluer, donc pour elle ce n’était pas un premier pas (rires) ! C’est moi qui suis ensuite allé la chercher, pour essayer de la séduire…

Être en couple avec une macroniste, cela aurait pu être possible ?

Bien sûr. Ma précédente épouse ne partageait pas mes idées par exemple. Mais alors pas du tout ! Elle n’était pas de droite, mais elle ne s’intéressait pas à la politique. On avait des discussions saines, heureusement ! Dans un couple, il ne faut pas se fâcher pour ça. La politique justement, c’est trouver un accord qui rassemble tout le monde et permet de vivre ensemble.

Dorothée s’agace-t-elle parfois contre les journalistes ?

Oui, parfois c’est moi qui la calme (rires)…

C’était votre profession auparavant, à l’Humanité puis à France 3. Cela facilite les rapports avec eux ?

Je respecte beaucoup leur travail, car je le connais. Je respecte leur indépendance également, même si je sais qu’il n’y a pas de presse objective. On a tous une opinion, il faut l’accepter. J’ai quand même eu des désaccords avec des journalistes…

Jean-Michel Aphatie a eu des mots durs durant la campagne. Il vous a traité de « démagogue ».

Jean-Michel Aphatie, c’est quelqu’un qui défend des opinions très en contradiction avec les miennes. C’est son choix, c’est un éditorialiste. J’ai le droit d’avoir un autre parti pris, cela fait partie du débat. Mais parfois, si on dénonce les excès des politiques, il faut aussi pouvoir le faire quand il y en a chez les journalistes.

Dorothée est-elle déjà d’accord pour repartir en campagne en 2027 ?

Ouh là (rires) ! On n’en est pas encore à cette étape. On doit déjà récupérer de cette année de campagne, que nous avons vécue ensemble. Elle en travaillant à côté, et moi en étant très absent. Donc on doit d’abord se retrouver.

« Mes enfants me poussent à m’améliorer sur les réseaux sociaux »

Vous allez partir en vacances bientôt ?

Oui, je pars la semaine prochaine en Corse. Au camping, comme d’habitude ! Avec mon pote Olivier Marchais (fils de Georges, ndlr) et d’autres amis.

Et vos cinq enfants ?

Ils sont grands (entre 20 et 27 ans, ndlr) donc ils viennent parfois me retrouver pour passer quelques jours ensemble mais c’est tout.

Votre père Daniel vous a transmis le goût de la politique. Vos enfants s’y intéressent-ils ?

Plus ou moins ! Lorsque l’on discute, je sens qu’ils ont retenu des valeurs concernant l’égalité, la lutte contre le racisme, le respect des femmes, le partage… Ce n’est pas un engagement politique mais tout ça est important pour nous. Et durant la campagne, ils m’ont beaucoup alimenté. On a organisé des rencontres avec leurs amis par exemple.

Il paraît qu’ils vous conseillent pour les réseaux sociaux…

Un peu, c’est vrai. Ils me disent quand ça ne va pas surtout (rires) ! Ils me poussent à améliorer mes publications, à être plus présent sur Snapchat et sur TikTok… Ils ont bien souvent raison ! Sauf que moi je n’ai pas les moyens qu’ont d’autres formations politiques. Durant la présidentielle, ils avaient 10 ou 15 collaborateurs autour d’eux qui ne faisaient que ça ! Nous, ça se comptait sur les doigts d’une main…

Durant la campagne, on a aussi découvert votre fils Kevin Oumar, combattant de MMA… Qu’est-ce que vous épate chez lui ?

C’est la force tranquille ! Il mène des combats, avec les poings et les pieds bien sûr, mais beaucoup avec la tête. C’est un vrai tacticien. Pour ça je l’admire, il est fort !

Vous faites du sport ensemble quand vous le voyez ?

Non, moi je ne suis pas quelqu’un qui frappe (rires) ! Je suis plutôt quelqu’un qui court. Donc je continue à faire mes footings.

En dehors de ça, qu’est-ce que vous aimez faire pour vous libérer l’esprit ?

Je pêche à la ligne, devant chez moi ! Les gens s’arrêtent, on discute, j’organise des « apéroussels ». On se retrouve pour partager une bière et pêcher avec les voisins. C’est ce qu’on a fait ce week-end, tous les soirs.

Je crois que vous cuisinez aussi avec votre compagne…

Exactement, j’ai aussi fait 16 pots de confiture à la rhubarbe si vous voulez tout savoir (rires) ! Avec la rhubarbe de mon jardin, que l’on offre aux voisins.

C’est plus sympa que de manger du quinoa ?

Il m’arrive d’en manger un peu quand même (rires) ! Je ne suis pas anti.

Crédits photos : Stephane Lemouton / Bestimage

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