INTERVIEW – Faustine Bollaert : "J’arrive à m’oublier si je sais que je vais être utile"

Chaque jour, à 13h50, Faustine Bollaert présente sur France 2 Ça commence aujourd’hui, qui s’offre des records d’audience et dépasse le million de fidèles. L’animatrice de 42 ans s’offre une place dans le cœur des Français. Son émission, son envie de faire avancer des sujets de société, ses ambitions, sa vie de famille… Faustine Bollaert a accordé une interview à Femme Actuelle.

  • Faustine Bollaert
  • Maxime Chattam

Vous êtes forcément déjà tombé sur son émission en début d’après-midi. Avec Ça commence aujourd’hui, sur France 2, Faustine Bollaert débarque quotidiennement dans les salons “à l’heure du café”. Les histoires des invités qui viennent se lover dans son canapé, Faustine Bollaert les vit. “Je me demande toujours ce que sa mère va prendre ce qu’il dit”, nous confie-t-elle. Après le tournage, l’animatrice, mi-grande sœur, mi-bonne copine, ne tourne pas toujours la page : “Quand ils attendent les résultats d’une échographie, d’un examen, ou s’ils ont changé de vie, j’ai envie de savoir !” Si elle ne s’était pas lancée dans le journalisme, cette maman de 2 enfants (Abbie, 7 ans et Peter, 5 ans), mariée avec l’écrivain Maxime Chattam (devenu maître des romans policiers), se serait bien vue à la tête d’une agence matrimoniale. “J’ai toujours ce petit côté fleur bleue, j’aime rendre heureux.” Est-elle heureuse ? Assurément. Parfois un peu “inquiète” de tomber sur un livre intitulé “Donner un sens à la mort” sur le bureau de son mari et destiné à son travail d’écriture, Faustine Bollaert tente, elle, de donner un sens à la vie des personnes qui écrivent l’histoire de son émission. Le reste du temps, l’animatrice de 42 ans profite des plaisirs simples de sa vie : “faire de la décoration, voyager, voir les copines, parler fringues, faire des balades avec les chiens.” Ou se lancer dans un Twister avec les enfants “à 8 heures du matin”. “D’habitude, c’est plus le rôle de mon mari, qui est un grand joueur, mais avec le Covid…”, glisse-t-elle. La crise sanitaire a certes tout chamboulé, mais Faustine Bollaert est bien décidée à s’installer pour un long moment dans la télé des Français. Son histoire avec eux n’a pas commencé aujourd’hui, mais elle est faite pour durer.

Vous réunissez près d’1,3 million de fidèles en moyenne chaque jour ! Pas trop de pression ?
F.B. :
C’est une grande fierté et une satisfaction. Je suis la vitrine du travail d’une équipe. J’aime cette histoire avec le public qui dure depuis 4 ans. Quand je suis arrivée, la case était un peu sinistrée ! Notre rencontre a pris du temps, comme dans une histoire d’amour. Aujourd’hui, j’ai l’impression de faire partie de leur famille. Cela me remplit le cœur d’imaginer que les gens m’acceptent comme une pièce rapportée dans leur salon à l’heure du café, de les accompagner dans ce moment si intime de l’après-déjeuner.

Vous êtes aussi regardée par des Millenials, alors qu’ils ne sont pas forcément la cible…
F.B. :
C’est vrai, je m’aperçois que je suis populaire chez les jeunes et je ne l’ai pas vu venir. Cela dit quelque chose sur notre société. À l’heure de Youtube et des programmes ultra-marketés, on réalise que les jeunes aiment écouter une émission positive de personnes qui discutent sur un canapé. Cette jeunesse a envie de tolérance, c’est porteur d’espoir. On donne la parole, mais on livre aussi le message que les invités veulent faire passer.

“Je me suis déjà sentie mal à l’aise avant une émission”

Comment arrivez-vous à recueillir ces messages avec bienveillance ?
F.B. :
Les invités me racontent l’extrême intimité de leur vie, me font entrer dans leur famille, leur passé, leurs pensées les plus sombres. Je ne veux pas les prendre en traître. Avant le tournage, je leur rappelle qu’ils sont à la télévision. Je leur ouvre des portes sans poser la question de trop. Je les laisse maîtres de ce qu’ils racontent, donc cela ne tombe jamais dans le voyeurisme, je ne brutalise jamais mes invités. Parfois, je sais qu’il y a dans leur histoire des moments qui seraient intéressants pour la télé, mais je renonce si je vois que la personne n’y va pas d’elle-même.

Avez-vous déjà posé la question de trop ?
F.B. :
Non, mais je me suis déjà sentie mal à l’aise avant une émission sur le thème “Mon mari a tué mon enfant.” La jeune femme était en état de choc, dans un déni total. Pour moi, c’était inaudible. J’en ai parlé à Stéphanie Guérin, la productrice du programme. On a demandé l’avis de psychothérapeutes qui nous ont assuré qu’elle ressentait le besoin de parler, que c’était important d’un point de vue thérapeutique. On a averti les téléspectateurs en expliquant que l’on ne souhaite pas mettre de voile sur des drames qui existent. Et pendant l’émission, je réalise que ça lui fait un bien fou de se confier. J’arrive à m’oublier si je sais que je vais être utile. Quand on traite de l’inceste ou des violences conjugales, je reçois des messages bouleversants comme ‘j’ai porté plainte car j’ai vu votre émission.’ Maintenant, à chaque moment difficile, j’essaye de voir le verre à moitié plein.

“Parfois, je ressors sonnée, c’est ultra-violent”

Aller voir un psy vous a-t-il fait du bien ?
F.B. :
Oui, c’est important de faire redescendre ma réserve émotionnelle, de me vider de ces énergies qui ne sont pas les miennes. Parfois, je ressors sonnée, c’est ultra-violent. Je fais un peu un travail de psy, alors mon psy me donne des conseils, surtout pour revenir dans sa propre vie… Après l’émission, je prends aussi souvent une heure dans la loge pour dédramatiser.

Avez-vous le sentiment de faire évoluer les mentalités sur des sujets de société ?
F.B. :
Bien sûr. Je sens que j’ai une grande responsabilité, que je ne porte pas seule, car je suis la porte-parole d’un travail qui est aussi fait en amont. Quand on fait une émission sur la transidentité ou sur la GPA, c’est un parti pris, notamment dans le choix des invités. Un papa racontait qu’il était militant de la Manif pour tous, homophobe, jusqu’au jour où son fils lui a annoncé qu’il était gay. Il nous dit tout le cheminement intellectuel qu’il avait fait et a adressé un mea culpa. Nous ne sommes pas éditorialistes, nous ne disons pas ce qu’il faut penser : nous aspirons à la compréhension des différences sans être dans le jugement. C’est un engagement.

“Ma mère a un classeur où elle garde mes couvertures”

Recevez-vous des messages négatifs ?
Non, je suis moi-même surprise ! On essaye de tout vérifier, notre service juridique verrouille chaque histoire. Cela a ses limites puisque l’on a reçu Christian Quesada [condamné pour pédocriminalité, ndlr.]… Mais on n’a jamais reçu quelqu’un qui nous racontait quelque chose qui ne s’était pas passé. Sinon, tout le monde pourrait venir dire n’importe quoi ! Les rares fois où j’ai eu des réflexions “agaçouillées”, ce n’était pas pour un sujet de société mais pour des histoires très personnelles, comme quand j’ai reçu des maîtresses d’hommes mariés. J’imagine que cela remue des peurs très profondes et intimes.

Quel regard portent vos parents sur votre carrière ?
Ma mère a un classeur où elle garde mes couvertures. Mes parents sont contents que je réalise mon rêve, ils sont fiers de moi, mais c’est un non-sujet. Ils sont beaucoup plus soucieux de savoir si je suis heureuse dans mon couple ou avec ma famille !

Votre famille vous regarde-t-elle à la télé ?
Mon mari me donne son avis. Il me connaît tellement qu’il arrive à voir quand je suis en retard, quand je suis énervée car un invité m’a coupé la parole, quand je vais pleurer… Il est dans ma tête ! Mes parents, eux, ont peur que je dise une bêtise (rires). Et mes enfants préfèrent La Boîte à Secrets [autre émission qu’elle anime sur France 3, ndlr.], les invités sont des chanteurs qu’ils aiment. Ils n’en ont pas grand chose à faire que maman fasse de la télé, mais je pense qu’ils sont fiers quand on me reconnaît. Et puis, ils grandissent à la campagne donc ils n’ont pas trop de pression. Ma notoriété et celle de mon mari, ce n’est pas un sujet pour eux. Mon mari écrit, donc il est beaucoup à la maison. L’autre jour, ils ont balancé ‘Mais papa ne travaille pas ?’ On a dû leur expliquer…

“Je me sens mieux en province, je ne fais pas partie de l’élite parisienne”

Qui sont vos mentors ?
Il s’agit plus de virages dans ma vie professionnelle. Patrick Sébastien m’a donné des conseils qui restent. Un jour, avant d’arriver à l’antenne, il a balancé mes fiches en disant : ‘Faire de la télé, c’est être qui tu es ! Au début, tu vas bafouiller mais on s’en fout, tu vas être qui tu es.’ Il y a aussi eu Michel Drucker, chez qui je suis arrivée à l’époque des snipers. Il m’a dit : ‘Dans 6 mois, tu seras bonne, là, tu es tout sauf toi’. Il m’a appris que je pouvais être drôle sans être dans l’attaque, m’a expliqué comment être dans la rondeur… il avait terriblement raison ! Aujourd’hui, je pense que je suis la même à la télévision et dans la vie. Et puis il y a eu des gens qui m’ont tendu la main, et les mentors du deuxième cercle comme Anne Sinclair, que je n’ai rencontrée qu’une fois mais qui m’a appris malgré elle ce que c’était d’entrer dans la télé des gens.

Y a-t-il un domaine où l’on ne vous attendrait pas et dans lequel vous aimeriez évoluer ?
J’adorerais faire du doublage de dessin animé ! Ou une émission de nuit, la radio me manque. J’aimerais aussi faire du théâtre, monter sur scène… J’ai fait quelques stages aux cours Florent. Je rêve de faire un gros Vaudeville, une bonne pièce de boulevard !

D’où vient votre complexe sur votre enfance dans un milieu bourgeois du 16e arrondissement de Paris ?
Ce n’est pas tellement un complexe mais je pense que je suis née populaire, dans le bon sens du terme. Je me sens mieux en province, je ne fais pas partie de l’élite parisienne. Je ne crache pas sur ce milieu, mais je ne m’y reconnais pas. Par exemple, quand j’étais jeune, je ne savais pas comment m’habiller pour aller aux Planches [célèbre boîte de nuit parisienne, ndlr.]. Un jour, Michel Drucker m’a dit : ‘Ta force, c’est que tu n’es pas à la mode, donc tu ne passeras jamais de mode.’

Quel regard portez-vous sur la crise sanitaire ?
On crée une génération un peu plus traumatisée qu’on ne le pense. Les enfants grandissent avec le masque, avec cette peur physique du contact de l’autre. Ils se touchent moins, évoluent avec l’idée que l’autre est un danger. Même si mes enfants le vivent bien et sont préservés, cela laisse des traces indélébiles en eux. J’ai hâte d’enrayer le système. On commence tous à vraiment prendre le réflexe de se dire bonjour par le coude, à quel moment cela va-t-il vraiment rester ?

La pandémie a-t-elle changé quelque chose dans votre vie ?
L’appétit de vivre. Comme tout le monde, j’ai envie de voyager, voir mes amis, savourer la liberté. Quand tout cela sera terminé, on va s’offrir une lune de miel avec la vie.

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