INTERVIEW – Isabelle Adjani : « J’ai fait la paix avec certains aspects de ma vie »

Il n’y a pas de hasard si elle incarne aujourd’hui Diane de Poitiers. Cette femme, d’autant plus puissante qu’elle ne cherchait pas le pouvoir, lui ressemble.

Engagée. Tout en elle fait vibrer cet adjectif. Pour les autres, pour le monde, pour les animaux avec cette vidéo qu’elle vient tout juste de tourner avec L214, Isabelle est une empêcheuse de penser en rond. Actrice, bien sûr, et même jusqu’au bout de ses ongles rouges, mais femme de conviction avant tout.

GALA : Vous êtes partout : au cinéma dans Mascarade, en tournée théâtrale avec Le Vertige Marylin, bientôt à la télévision dans Diane de Poitiers (voir encadré). C’est quoi cette boulimie soudaine ? Un concours de circonstances ? Un désir que le ciel a entendu ?
ISABELLE ADJANI
: C’est surtout moi qui ai entendu la supplique du ciel : « Allez, mets-toi au travail ! » (Elle rit). Jusque-là j’étais toujours trop prise par autre chose… Les amours malheureuses, la famille, et là s’est ouvert un espace plein d’opportunités et de joie à faire et à dire « oui ».

GALA : Cette accélération n’est donc pas une fuite en avant ?
I. A.
: Pas du tout ! C’est léger au contraire car, à l’inverse de certains, je ne peux travailler que quand ça va bien.

GALA : Dans le Mascarade de Nicolas Bedos, vous incarnez une actrice en fin de carrière assez pathétique. Partagez-vous cette vision ?
I. A.
: Dans mon métier, se mettre à la disposition de celle du metteur en scène est la première règle. Ce film dépeint une actrice qui n’est plus une millénium depuis fort longtemps, et Nicolas Bedos l’a voulue ainsi, au bout de sa vie. Personnellement, ce n’est pas comme ça que je vois les comédiennes dans leur réalité.

GALA : Avez-vous déjà eu peur d’être oubliée ?
I. A.
: Non. Ce qui confine à l’inconscience si on regarde objectivement les choses. C’est même assez incroyable que je sois encore là, à choisir les rôles que j’aime, sans avoir occupé l’écran et la scène de façon continue. Surtout aujourd’hui où on n’a pas le droit de disparaître ne serait-ce qu’une semaine. Mais je n’ai jamais vécu ce qu’on a appelé mes disparitions comme des effacements. Et si ma bonne étoile m’en a voulu à certains moments, ça n’a jamais été au point de me régler mon compte.

GALA : La trahison est omniprésente dans Mascarade comme dans Diane de Poitiers. En avez-vous souffert dans votre métier ?
I. A.
: Il faut de l’expérience pour se défendre de ses aspects nuisibles et moi je suis arrivée sans codes, ni clés. J’ai tout appris parfois à mon corps défendant et aussi à mon détriment. C’est, par exemple, quelque chose que j’essaie d’éviter à ma nièce Zoé Adjani, en lui donnant des astuces pour se protéger de tout ce qui pourrait la blesser, la ralentir. Pour transformer les obstacles en opportunités, ce qu’elle capte très bien.

GALA : Lui conseillez-vous d’avancer masquée ?
I. A.
: Non, mais je lui conseille de ne pas oublier le masque des autres et de pratiquer l’art de la guerre, c’est-à-dire de savoir se servir des armes de ceux ou celles qui ne vous veulent pas du bien. Ce qui compte aussi c’est de ne pas laisser dénaturer sa bonté naturelle. Parce que le choix du mal est toujours plus facile que celui du bien. Il faut rester et dans l’humain et dans l’amour de l’autre, qui doit également passer par l’amour de soi. Et ça, on est seul à savoir se l’apporter.

GALA : Est-ce le combat le plus compliqué que vous avez eu à mener ?
I. A.
: Oui. Parce que quand on a été élevé dans le « pas assez d’amour », on risque de devenir son pire ennemi. Le plus difficile est de rompre avec le relais qui peut être pris à ce manque d’amour en devenant un parent malraitant avec soi-même. Pour y parvenir, ça passe par un travail d’analyse et de réconciliation.

GALA : Il s’agit de savoir consoler son enfant intérieur…
I. A.
: Oui. Faire la paix avec des aspects de sa vie qui n’ont pas été parfaits.

GALA : Cette consolation, l’avez-vous parfois cherchée à travers l’amour des hommes ?
I. A. :
Ce qui me manquait le plus c’était d’être comprise. C’était ça pour moi l’amour. Et je n’ai pu établir ce lien de réconciliation avec moi que dans le cabinet de l’analyste. Après, c’est très étonnant, les choses se dénouent presque toutes seules. On a une compréhension de la vie différente. Ne pas être comprise aujourd’hui n’est plus une souffrance, ça devient juste une impossibilité chez l’autre. A partir de là, il y a une forme d’acceptation qui n’est pas du tout une résignation mais une forme de mise à distance, sans froideur, des situations qui peuvent être déstructurantes. Parce que l’idée, dans la vie, c’est quand même de tenir debout et entier. C’est un peu ça notre destin d’être humain ! (Elle rit).

GALA : Vous sentez-vous une femme puissante ?
I. A.
: Je dirais plutôt que ne pas me penser faible est essentiel pour moi.

« Je ne suis pas la même »

GALA : Vous vous êtes pensée faible à un moment de votre vie ?
I. A.
: Bien sûr ! Pensée et sentie faible. Mais là, je me sens forte. Parce que je suis active et que le hashtag MeToo m’a beaucoup aidée à trouver des forces en moi. Aujourd’hui, je peux me le dire. Ça m’a permis de comprendre que j’avais le droit de ne pas être à la merci d’un sentiment d’infériorité dans une relation pas seulement avec un homme, mais avec des intentions misogynes qui peuvent aussi venir d’une femme parfois. Ne pas me laisser faire, donc abuser, par des jugements autoritaristes. Ce mouvement était essentiel sociétalement, mais je découvre à quel point dans nos intimités respectives et individuelles ça a fait une différence majeure. Je ne suis pas la même.

GALA : Un album va sortir au printemps avec des textes d’auteurs comme Pascal Obispo, Benjamin Biolay, Gaëtan Roussel… Mais vous avez également écrit une chanson. De quoi parle-t-elle ?
I. A.
: C’est juste une espèce de refrain amoureux…

GALA : Vous avez envie de l’être, amoureuse ?
I. A.
: Quelle idée ! Oui, non, je suis amoureuse de ce que je fais en ce moment, de la vie. Finalement, c’est très simple, j’ai juste besoin que les gens que j’aime, à commencer par mes enfants, mes amis, et mes chats, Rose et Lizzie, aillent bien !

GALA : Que vous manque-t-il Isabelle aujourd’hui ?
I. A.
: Je crois ne pas avoir assez d’espace mental pour me poser cette question en ce moment ! (Elle rit).

GALA : Vous arrive-t-il de convoquer la jeune fille idéaliste que vous avez été ?
I. A.
: C’est elle qui me convoque pour me dire : « Suis tel chemin ; n’aie pas peur de signer des pétitions, une pour les humains, une pour les animaux ; ne fais pas attention à ce que les autres vont encore trouver à redire ; ne crois pas que tu te trompes parce qu’on a pu remettre en question tes choix ou tes convictions… Si ce que tu ressens est juste, ce que tu feras le sera. » Voilà ce qu’elle me dit. Et ça, c’est ce que j’aurais aimé entendre enfant. Moi, je veux continuer à transmettre mon énergie positive, presque par capillarité, à mes fils quand ils en ont besoin. Et le plus beau cadeau de mon moment de vie présent, c’est savoir que, malgré le vent mauvais, ils aiment leur vie.

Cet article est à retrouver dans le Gala N°1534 en kiosque ce jeudi 3 novembre 2022.

Crédits photos : PATRICK BERNARD / BESTIMAGE

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