INTERVIEW – Mercotte (Le Meilleur Pâtissier) : « On est venu me chercher parce que je remplissais les cases  »

Savoyarde de naissance, Mercotte a toujours porté l’amour de sa région sur elle. C’est ainsi que le 27 avril dernier, la jurée du Meilleur Pâtissier a publié son douzième livre, La Savoie Gourmande de Mercotte. Une virée culinaire dans le sud-est français dont a accepté de nous parler l’acolyte de Cyril Lignac. Entretien.

À bientôt 80 ans, Mercotte est l’une des personnalités favorites des Français. Depuis son arrivée en 2012 dans l’émission Le Meilleur Pâtissier sur M6, la Savoyarde et son partenaire à l’écran, Cyril Lignac, ont réussi à développer un lien unique avec leurs téléspectateurs. De retour pour une onzième saison dès le 7 septembre prochain, le fidèle tandem apparaît aujourd’hui comme l’un des plus complices de la télévision. Mais où a commencé l’amour de cette blogueuse pour la cuisine ? Comment est-elle arrivée sur nos écrans, il y a dix ans ?

Pour Gala.fr, Jacqueline Mercorelli de son vrai nom, est revenue sur ses premiers pas sur Internet, en 2005, pour revisiter les classiques de la gastronomie française, mais surtout, sur sa passion pour sa région natale. Dans La Savoie Gourmande de Mercotte, publié le 27 avril dernier chez Flammarion, cette grand-mère à l’énergie débordante rend visite aux chefs étoilés et artisans de son coin pour transmettre sa fierté d’y être née et toujours restée.

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Gala.fr : Vous avez un parcours assez atypique. Pourriez-vous revenir sur vos débuts en cuisine pour nos lecteurs ?

Mercotte : Il faut savoir que je n’ai pas travaillé après mes études parce que j’ai eu quatre enfants. Mais je me suis toujours intéressée à la cuisine car je suis très gourmande et ai été élevée dans une famille où on mangeait très bien.

Dès mes 30 ans, j’ai épluché le livre de Michel Guérard sur la cuisine gourmande et à côté de ça, je faisais des gâteaux comme Madame tout le monde. Puis, j’ai effectué plusieurs stages gourmets à l’école Valrhona, à Tain-l’Hermitage (Auvergne-Rhône-Alpes, ndlr.). J’ai adoré car on y apprenait la rigueur et la vraie pâtisserie. J’ai appris les bons gestes et les fondamentaux et c’est comme ça que j’en suis venue à la pâtisserie un peu plus technique et pointue. Après cette immersion, j’en ai fait au moins une trentaine d’autres.

À l’époque, je traînais souvent sur des forums, j’étais déjà un peu geek. Et c’est un peu par hasard que j’ai créé mon propre blog en 2005.

Gala.fr : En 2005, créer son blog n’était pas une pratique encore très répandue. Aujourd’hui, vous êtes à la télévision, vous alimentez chaque jour votre compte Instagram et vous continuez à écrire sur votre site. Vous avez finalement toujours été connectée à votre temps !

Mercotte : Il y a dix-sept ans, on n’était même pas une petite dizaine de blogueuses cuisine à se lancer là-dedans ! Ce qui m’a encouragée à créer mon site c’était le fait d’avoir accumulé beaucoup de recettes avec mes cours de cuisine. Très vite, je me suis rendu compte qu’il fallait avoir une ligne éditoriale, donc j’ai décidé de démystifier les recettes des grands chefs. Je décortiquais tout, en donnant des astuces. Et ça a tout de suite très bien marché !

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Gala.fr : À quel moment votre “carrière” de critique culinaire a-t-elle véritablement démarré ?

Mercotte : Moi j’ai une vie à l’envers. J’ai commencé à “travailler” à l’âge où les autres partent à la retraite. Mais c’est sympa, ça maintient en forme ! Tout s’est fait par hasard, on est toujours venu me chercher, je n’ai rien demandé ! (rires) En 2008, France Bleu Pays de Savoie m’a d’abord sollicitée pour faire de la radio, parce que j’avais écrit quelques livres et qu’ils cherchaient une chroniqueuse capable de parler de cuisine.

À la télévision, on est venu me chercher parce que je remplissais les cases : il fallait un chef reconnu, Cyril Lignac, et une dame d’un âge certain, amateur éclairé. Au départ, cela ne m’a pas du tout emballée, je n’ai pas tout de suite dit oui. Puis après réflexion, j’ai accepté. Aujourd’hui, je ne regrette pas du tout, je m’éclate, c’est génial.

Gala.fr : Sauriez-vous nous raconter le moment où vous avez commencé à vous intéresser à la cuisine ?

Mercotte : J’ai été élevée dans une famille où on mangeait excessivement bien, où la qualité des produits était très importante. Tout était bio, sain. Ça n’a rien à voir avec maintenant ! Dès l’enfance, mon goût était initié aux bonnes choses.

J’ai été orpheline de mère à trois ans et mon frère un an et demi. Nous avons tous les deux été élevés par des tantes qui avaient l’âge d’être nos grands-mères. Et parmi les choses qu’elles nous ont transmises, il y avait l’amour de la cuisine, des bons produits de chez nous. C’est dans mon ADN.

Cela n’empêche que lorsque je me suis mariée, je ne savais pas faire cuire un œuf ! Je mangeais très bien mais je ne m’intéressais pas à la façon de faire. Mais grâce à mon frère, qui habitait à l’étranger et recevait beaucoup, c’est devenu une sorte de challenge entre nous. C’est comme ça que j’y ai pris goût et dans les années 1990, j’ai commencé à organiser des stages de cuisine chez moi.

Gala.fr : Cette passion, l’avez-vous transmise à vos enfants ou votre mari au fil des années ?

Mercotte : Mon mari [André-Jean Mercorelli, ndlr.] est d’origine italienne, alors à part les pâtes… ! (rires) Il est gourmand mais pas gourmet. Mes enfants et petits-enfants en revanche, je les ai toujours habitués à aller dans des restaurants étoilés. J’ai dix petits-enfants et ceux âgés de 26, 24, 21 et 20 ans, n’ont fait que des étoilés, et pas n’importe lesquels ! Ils savent vraiment ce que c’est de bien manger.

Gala.fr : D’où vous est venue l’idée d’écrire un livre sur la cuisine savoyarde ?

Mercotte : D’abord, il faut savoir qu’après l’Île-de-France, la Savoie est la deuxième région la plus étoilée de France. Si bien que sur le plateau du Meilleur Pâtissier, j’en parlais très souvent. C’est là-bas que la photographe, Marie Etchegoyen, m’a proposé de faire un livre sur ma région natale et ses chefs.

Au début, je lui ai avoué que je n’avais plus envie d’écrire de livre à mon âge. Mais je lui ai quand même dit de se débrouiller, de s’occuper d’écrire un pitch pour la maison d’édition et que si son idée était approuvée, on le ferait ! Flammarion a tout de suite dit oui et nous sommes parties faire le tour de la Savoie et de la Haute-Savoie à l’été 2021. Je me suis éclatée ! J’ai tout écrit, de la préface à la quatrième de couverture avec mon style décontracté.

Gala.fr : Transmettre votre amour et votre fierté de la cuisine savoyarde était tout de même un projet important pour vous ?

Mercotte : Je le fais depuis toujours ! Dès mes débuts sur mon blog, j’ai mis les chefs de ma région en avant. J’y racontais mes repas, je donnais mes ressentis pour transmettre l’envie aux gens d’aller goûter leur cuisine. D’ailleurs, beaucoup m’ont écoutée et se sont rendus dans les mêmes restaurants que moi pour vivre des expériences uniques.

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Gala.fr : Dans votre préface, vous évoquez le fait que votre livre peut être “clivant”. Pourquoi ?

Mercotte : Dans mon livre, je raconte que quand j’étais étudiante, j’allais dans des restaurants étoilés. C’est ma mentalité depuis toujours : je préfère économiser pour vivre une expérience culinaire incroyable, et avoir de vraies émotions une fois tous les trois mois, plutôt qu’aller dans un restaurant classique et prendre le risque d’être déçue. C’est une question de point de vue et les restaurants dont je parle dans mon livre ne sont en effet pas “donnés”. Mais c’est ma philosophie depuis toujours !

Gala.fr : Vous participez au Meilleur Pâtissier depuis onze ans. Ça vous plaît toujours autant ?

Mercotte : Ah oui ! C’est une famille vous savez. Il y a à peu près 80 personnes qui travaillent sur l’émission, ce sont toujours les mêmes cadreurs donc on se retrouve en famille à chaque fois. C’est comme des vacances, j’adore !

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Gala.fr : Avez-vous de nouveaux projets en tête pour les prochains mois ?

Mercotte : J’ai déjà bien donné ! (rires) Moi je vis au jour le jour, je ne fais rien sans gaieté comme disait Montaigne. Quand on me propose quelque chose qui me plaît, je le fais. Sinon, je ne m’embête pas, je ne me force jamais.

Crédits photos : Bruno Bebert / Bestimage

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