Les cousines internées de la reine Elizabeth II, ou le lourd secret des Bowes-Lyon

Quand on tape leur nom sur Google, on ne trouve quasiment aucune occurence de Nerissa et Katherine Bowes-Lyon, nièces de la Reine-mère et cousines germaines d’Elizabeth II et de la princesse Margaret. Si ce n’est quelques articles datant de 2011, année où un documentaire leur a été consacré. Et pour cause : le sort des filles de John Herbert Bowes-Lyon est longtemps resté un secret bien gardé de la monarchie britannique. Ce que la série The Crown raconte au travers d’un épisode, dans la saison 4 qui se déroule dans les années 1980.

Le tabou d’une époque

Nerissa et Katherine naissent respectivement le 17 février 1919 et le 4 juillet 1926. Elles sont le fruit du mariage des aristocrates John Bowes-Lyon, le frère de la Reine-mère, et Fenella Hepburn-Stuart-Forbes-Trefusis. Toutes deux, comme leurs trois autres sœurs (l’une d’entre elles deviendra la princesse Anne de Danemark par son second mariage), n’ont pas la chance de connaître leur père très longtemps, qui meurt en 1930 des suites d’une pneumonie.

Malheureusement, Nerissa et Katherine souffrent de déficiences mentales, à une époque où le moindre handicap demeure tabou. “On disait que si vous aviez un enfant avec un trouble d’apprentissage, il y avait quelque chose dans votre famille qui était suspect”, expliquait à ce sujet Jan Walmsley, professeur à l’Open University, en 2011. La dernière chose que souhaitait la famille royale à l’époque (les années 40 et 50), alors qu’Elizabeth s’apprête à monter sur le trône, à seulement 25 ans.

Alors, dès 1941, les deux sœurs sont envoyées au Royal Earlswood Asylum for Mental Defectives, au sud de Londres. Dès lors, leur existence est passée sous silence. Burke’s Peerage – l’ouvrage de référence qui détaille la généalogie, les biographies et la titulature de l’aristocratie britannique – les déclare même mortes. Au Royal Earlswood Asylum for Mental Defectives, le personnel sait pourtant pertinemment que Nerissa et Katherine sont des proches parentes d’Elizabeth II, la future reine d’Angleterre. Mais le secret demeure.

Les oubliées de la famille royale

La famille royale a-t-elle orchestré ces disparitions ? Le mystère reste entier. Si l’épisode de The Crown suggère que la reine et sa mère étaient au courant des conditions de Nerissa et Katherine, un journal affirmait en 1996 qu’elles ignoraient en réalité tout de leur existence. En tout cas, jusqu’à la réception d’un courrier de l’institution psychiatrique en 1982, comme le rapporte The Sun. Elizabeth II et Elizabeth Bowes-Lyon auraient, par la suite, envoyé régulièrement de l’argent à l’occasion de Noël et des anniversaires des deux sœurs.

Les médias, quant à eux, n’apprennent la nouvelle qu’au milieu des années 1980, peu après la mort de Nerissa survenue en 1986 à l’âge de 66 ans. Katherine, elle, ne décèdera qu’en 2014, à l’âge de 85 ans. Dans la plus grande discrétion.

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Isolées jusqu’à leur mort

En 2011, un documentaire de Channel 4 lève le voile sur le destin tristement hors-du-commun des sœurs Bowes-Lyon. Les infirmières interrogées y déclarent qu’à leur connaissance, personne ne leur a jamais envoyé de cadeaux, ni même de carte de vœux. Et ce, malgré le fait que leur tante, la Reine-mère, soit une mécène de la Royal Mencap Society (une association caritative à destination des handicapés mentaux).

Lorsque Nerissa est morte en 1986, aucun proche ne vient assister aux funérailles. Sa tombe est seulement marquée d’une étiquette en plastique et d’un numéro de série, jusqu’à ce que son existence soit révélée dans les médias. Après quoi, “la Firme” (surnom donné à la famille royale) a jugé bon d’ajouter une pierre tombale appropriée. Mais personne ne viendra rendre visite à Katherine, à l’époque toujours en vie.

“C’étaient deux jolies sœurs. Elles n’avaient pas de discussion mais elles montraient du doigt et faisaient des bruits, et quand vous les connaissiez, vous pouviez comprendre ce qu’elles essayaient de dire. Aujourd’hui, elles recevraient probablement une orthophonie et communiqueraient beaucoup mieux. Elles ont compris plus que ce que l’on ne pense”, déclarait une ex-infirmière du Royal Earlswood Asylum Onelle Braithwaite, à la sortie du documentaire.

Le Royal Earlswood a finalement fermé ses portes en 1997. Comme le note le Daily Mail, au moins une ancienne infirmière a affirmé que des patients avaient été maltraités. Katherine, elle, a alors été envoyée dans une maison de soins dans le Surrey. Là non plus, elle n’aurait jamais reçu la visite d’un membre de la famille royale.

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