"Meghan Markle était une opportunité pour la famille royale, mais l’institution l’a laissée tomber"

Un gâchis. C’est la sensation que l’on a à la lecture de Harry et Meghan, Libres, foisonnante enquête (368 pages) menée par Omid Scobie (Harper’s Bazaar, ABC News, Good Morning America) et Carolyn Durand (Elle UK, Oprah Mag), et publiée en France aux éditions du Seuil.

Ces deux journalistes royauté britanniques, très influents, ont enquêté pendant deux ans sur la dégringolade du couple formé par le prince Harry et Meghan Markle. De leurs débuts secrets aux attaques sexistes et racistes continues envers l’ancienne actrice, en passant par les scandales entretenus par ses proches, et la montée des tensions avec Kate et William.

Le livre s’arrête au départ fracassant des Sussex, qui ont renoncé en mars dernier à leur statut de membres seniors de la famille royale. Ils vivent désormais aux États-Unis avec leur fils d’un an, Archie, et sont en train de monter leur propre ONG à but non-lucratif, Archwell. 

Une centaine de sources interrogées

D’une précision chirurgicale, le livre d’Omid Scobie et Carolyn Durand veut présenter un nouveau versant de l’Histoire, en se basant sur les informations données par une centaine de personnes, employées ou ex-employées de la famille royale, et proches intimes du prince Harry et de Meghan Markle.

On y découvre dans le menu détail la naissance de ce couple aussitôt fusionnel malgré la distance, la levée d’articles biaisés et dégradants, et le silence de Buckingham face au marasme, alors que les équipes de Windsor n’avaient jamais eu à modérer un tel déferlement de haine en ligne.

De nombreuses rumeurs ayant la vie dure sur l’ancienne duchesse, dont celle selon laquelle elle aurait fait pleurer Kate Middleton à l’approche de son mariage, sont aussi démenties dans le livre. Le but des deux auteurs, qui ne cachent cependant par leur sympathie pour ce couple progressiste, est de rétablir une forme de neutralité.

Ils souhaitent aussi montrer comment Harry et Meghan ont pâti d’une culte du silence obsolète, d’une culture des tabloïds néfaste, et ont été le catalyseur d’un sexisme et d’un racisme encore systémiques dans la société britannique. Entretien. 

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Marie Claire : Vous critiquez les biais racistes et sexistes empruntés par certains tabloïds, qui ont aussi colporté des rumeurs fausses et dégradantes sur Meghan Markle. Avez-vous hésité, étant vous-mêmes journalistes, à pointer du doigt ces confrères ?

Omid Scobie : Tout est parti de la frustration tirée de la différence entre ce que nous voyions, ce que nous entendions de la part de proches de Harry et Meghan, et ce qui finissait par être écrit dans certains tabloïds. Je ne dirais pas qu’on voulait pointer du doigt certaines publications en particulier. Mais inévitablement, en étant en contact avec des personnes ayant assisté à certaines scènes décrites, nous avons pu offrir une autre version de ces histoires. Et elles étaient souvent assez différentes de ce que nous avions pu lire dans les tabloïds.

Le couple a souffert d’une large partie de la couverture médiatique à son encontre, ce n’est pas un secret. Au niveau sociétal, nous devons nous demander à partir de quel moment on franchit la ligne du sexisme et du racisme. Ce sont des choses très importantes dont on parle dans le livre, car cela a fait partie intégrante de leur réalité.

En tant que journalistes royauté, en quoi l’arrivée de Meghan Markle dans la famille royale imposait-elle un traitement différent de celui des précédentes femmes ayant rejoint Buckingham ?

Carolyn Durand : Si Meghan a touché énormément de gens, c’est parce qu’elle a apporté un sens de l’inclusivité, de la diversité. Elle a été un très bon exemple, un rôle modèle, pour de nombreux jeunes, notamment des jeunes femmes qui se sont identifiées à elle. Ce n’est pas arrivé souvent pour d’autres membres de la famille royale. C’est ça qu’elle a apporté. On voyait d’un coup des jeunes femmes aborigènes être très émues de ce que Meghan représentait. Ça a été un moment très important pour cette famille, et pour elle, qui a toujours voulu utiliser sa voix.

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Quand leur relation a été officialisée, avez-vous d’emblée pensé que ça allait être difficile pour elle ?

Carolyn Durand : La princesse Diana a aussi rencontré des obstacles, comme Kate Middleton, dont on a attaqué les origines sociales. Mais pour Meghan, c’était bien plus dramatique, car on l’a attaquée en tant que femme racisée arrivant dans la famille royale. Je ne pense pas que quiconque ait anticipé qu’elle allait devoir affronter des titres de Unes absolument horribles. Harry en a parlé dès les débuts, d’ailleurs. Cela a révélé que nos sociétés sont encore aux prises avec problèmes, et je ne pense pas qu’on les affronte encore de la bonne manière. Il reste encore beaucoup de chemin à parcourir.

Pensez-vous qu’elle s’attendait à autant de haine ?

Omid Scobie : En tant que femme métisse, elle a grandi en ayant conscience de ses privilèges de femme en partie blanche, mais aussi, avec les préjugés qu’elle a dû affronter en tant que femme à moitié noire. En épousant quelqu’un de la famille royale, avec une telle exposition médiatique, elle était consciente de ce qui tristement attendu dans la plupart de nos sociétés. Mais ce à quoi elle ne s’attendait pas, c’est que cela vienne de certains tabloïds britanniques. On a dit qu’elle était née du mauvais côté de la barrière, on a fait des commentaires dégradants sur les dreadlocks de sa mère… Sur les réseaux sociaux, c’est aussi devenu hors de contrôle. Au point que le palais de Kensington ne savait plus quoi faire en terme de modération, tant les commentaires affreux, racistes, étaient nombreux.

Le fait d’être inlassablement attaquée sur qui elle était a rendu tout cela très difficile pour elle. Ça a été exacerbé par le fait que le palais a une politique très stricte sur le fait de ne rien commenter, ce qui peut paraître logique. Mais quand certains articles reposaient essentiellement sur des stéréotypes sexistes et racistes, quelque chose aurait dû être dit ou fait. Ça n’a pas été le cas, et ça a commencé à poser problème à Harry et Meghan, qui se battaient pour que cela change.

Quand certains articles reposaient essentiellement sur des stéréotypes sexistes et racistes, quelque chose aurait dû être dit ou fait. 

Est-ce la preuve que la politique de “Never complain, never explain” [“Ne jamais se plaindre, ne jamais expliquer”] défendue par le Palais est obsolète ?

Omid Scobie : En effet. Ça va même complètement à l’encontre de certains conseils donnés par de jeunes membres de la famille royale au sein de l’initiative Head’s Together, un programme très courageux qui vise à déstigmatiser la santé mentale chez les jeunes, notamment les jeunes hommes. L’un de leurs slogans est : “C’est bien d’en parler” ! Ça contredit presque ce choix de garder sa bouche fermée, de ne jamais se plaindre, ne jamais s’expliquer, et qui, bien sûr, ne peut aider personne à long terme.

À quel moment la ligne a-t-elle été franchie par les médias ?

Carolyn Durand : Dès les tous débuts, dès le communiqué où Harry dénonçait les attaques sexistes et racistes subies par Meghan. Elle a d’emblée été attaquée, non pas pour qui elle était, ni ce qu’elle avait accompli professionnellement, mais en tant qu’être humain. On l’attaquait sur ses travaux humanitaires, sur le fait qu’elle était métisse, alors qu’en réalité, cela en faisait un exemple génial pour plein de gens à travers le monde. C’est déplorable. Malgré toutes ces situations difficiles, elle a pu devenir un rôle modèle, en utilisant sa voix pour faire évoluer le monde, que ce soit à propos du vote, du racisme, du sexisme, des problèmes environnementaux, de la santé mentale… Elle a touché le coeur d’énormément de gens.

Omid Scobie : Elle a été constamment qualifiée comme “pas des nôtres”, des journaux lui ont demandé de “prendre un vol retour chez elle”. N’importe qui ayant des grands-parents racisés ou étant métisse s’est déjà entendu dire : “Tu n’as pas ta place ici” ou “Rentre chez toi”.

À mes yeux, c’est très décevant de voir que cela se fait dans quelques médias ici, parce qu’en tant que société, on devrait avoir dépassé ça depuis bien longtemps. Bien sûr, la résurgence mondiale du mouvement #BlackLivesMatter cette année est la preuve ultime que nous avons encore énormément de chemin à parcourir en terme d’acceptation de l’inclusivité. Le Royaume-Uni avait l’opportunité d’accepter Meghan au sein de la famille royale, mais aussi bien des médias que des membres de cette institution l’ont abandonnée. C’est très dommage.

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Omid, vous-mêmes témoignez dans le livre de préjugés racistes que vous avez subi durant votre enquête, en tant qu’homme métisse. C’est inhabituel d’entendre un journaliste royal, une profession assez conservatrice, s’inquiéter de ce problème. Pourquoi l’avoir fait ?

Omid Scobie : Je ne voulais pas en faire un exemple de racisme, mais d’ignorance inconsciente, ou de manque de sensibilité à cette question. Il existe partout dans le monde, y compris dans les murs du palais. En tant que journaliste, c’est important d’utiliser des exemples donnés par des sources en interview. Mais à ce moment-là, il m’a semblé qu’il était opportun d’en parler, même si bien sûr, le but n’est pas de recentrer l’attention sur soi, et j’espère que ce n’est pas ce que j’ai fait !

J’ai commencé à écrire sur les membres de la famille royale à partir du mariage de Kate et William, mais ma décision de m’y consacrer à temps-plein remonte à il y a moins de trois ans. C’était en partie parce que j’étais très enthousiaste à l’idée du nouveau chapitre que Harry et Meghan étaient en train d’inaugurer. En tant que personne peut-être un peu plus progressiste que la moyenne, j’ai eu l’impression que sur ce domaine, une nouvelle perspective serait la bienvenue. Et quel dommage, puisque ce chapitre n’a pas duré bien longtemps [rires] !

Est-ce que cela vous a frustré ?

Omid Scobie : Il y a une sorte de déception qui est partagée par tous ceux qui les entouraient. À chaque fois qu’on voit un jeune couple ayant envie de faire les choses un peu différemment au sein de la famille royale, comme cela a été le cas pour William et Kate à leur époque, c’est une période très excitante pour un journaliste royal sur le terrain. Cette déception est assez universelle, mais bien sûr, à titre personnel, ça a été un peu frustrant d’être témoin de tout cela.

Carolyn Durand : Il faut se souvenir que Harry et Meghan ont choisi cette voie car ils pensent que c’est la meilleure pour leur famille. Ils ont donné la priorité à leur fils Archie, et Harry en parle mieux que nous deux. Il ne voulait pas voir l’Histoire se répéter. Il a vu sa mère mourir, être pourchassée sans cesse par des paparazzis. Bien sûr, il a beaucoup hésité à prendre cette décision, mais c’était la bonne chose pour leur famille à ce moment-là. Et Elizabeth II a dit qu’ils seront toujours des membres de la famille !

C’est un nouveau chapitre excitant pour eux. Dans les six prochains mois, à mesure qu’ils vont finaliser leur ONG Archwell, on va les voir davantage utiliser leur voix pour créer du changement et faire ce qu’ils auraient souhaité accomplir au sein de la famille royale.

Des sources proches d’eux nous ont dit qu’ils semblent vivre une période joyeuse : ils s’apprêtent à emménager dans une nouvelle maison, ils peuvent s’intéresser à des problématiques qui leur sont chères. Même si ça aurait été merveilleux de les voir continuer leurs rôles, il faut garder en mémoire qu’un futur excitant les attend. Ils continueront à toucher plein de gens, que ce soit via la famille royale, ou leurs fondations privées.

La reine avait approuvé ce couple, elle appréciait Meghan Markle. Pourquoi Buckingham n’a pas suivi son avis ? N’était-il pas suffisant ?

Omid Scobie : Ce qu’il faut garder en tête, c’est que l’opinion de la reine est ce qui importait le plus à Meghan et Harry. En fin de compte, c’est l’institution qui les a laissés tomber, pas la reine. Ce modèle de travail qu’ils ont présentés en janvier, où ils n’auraient été des membres de la famille royale qu’à moitié, ne pouvait pas fonctionner, et ils comprennent pourquoi aujourd’hui. Que la reine les apprécie ou non, certaines choses ne peuvent être changées juste pour les besoins d’un couple spécifique.

Pour eux, il était devenu clair que le soutien de la reine n’était pas suffisant pour changer la situation envers les médias. Les tabloïds voulaient toujours s’en prendre à eux. Ils ont compris que la famille royale n’était pas le meilleur endroit pour accomplir ce dont ils rêvaient. Mais il y a une compréhension et un respect mutuel. Mais bien sûr, il y a tant de niveaux dans cette histoire. L’institution y est pour beaucoup.

En fin de compte, c’est l’institution qui les a laissés tomber, pas la reine.

Pourquoi William et Kate ne les ont-ils pas plus soutenus ?

Omid Scobie : William a une incroyable capacité à ne pas être rancunier envers la presse, avec laquelle il a su maintenir une assez bonne relation. On l’a toujours vu beaucoup plus proche des journalistes royauté que Harry, et ce, depuis très longtemps. La raison à cela, c’est qu’une fois qu’elle a été son épouse, Kate n’a jamais été attaquée par la presse. Donc ils n’ont pas dû faire face à la même situation que Harry et Meghan, qui ont subi d’autres attaques même après leur mariage. Ainsi, William et Kate ne se rendent sûrement pas compte de ce que ça fait d’être sous le feu des critiques, ça ne leur est pas arrivé depuis très longtemps.

Le prince Charles aussi accordait beaucoup d’importance à la presse, et n’a jamais voulu se fâcher avec elle. Mais la priorité, pour Harry, n’est pas le devoir et la famille royale, mais sa famille. Il est davantage prêt à prendre ces risques et faire des procès, par exemple. Les priorités de ces deux couples sont très différentes, et ils ne verront jamais ce genre de choses de la même façon.

Les priorités de ces deux couples sont très différentes, et ils ne verront jamais ce genre de choses de la même façon.

Carolyn, pensez-vous que Kate et William ont sous-estimé les difficultés rencontrées par Harry et Meghan ?

Carolyn Durand : Kate et William ont aussi eu affaire à des paparazzis qui en avaient après le prince George. William a soutenu Harry quand il a écrit cette lettre [dénonçant les attaques sexistes et racistes envers Meghan, ndr]. Ils ont tous les deux été attaqués par la presse, et Catherine aussi, bien sûr. Quand elle a commencé à fréquenter William, sa famille a été rabaissée. Comme Omid l’a dit, une fois qu’elle s’est mariée, elle n’a pas eu à faire face à des attaques médiatiques si violentes sur sa personnalité, contrairement à Meghan.

Kate n’est pas une femme métisse, Meghan, oui. Attaquer quelqu’un sur ses origines n’est pas acceptable. Des médias disaient que Meghan avait un ADN “exotique”, ou présentaient sa mère comme pauvre, alors que c’est une assistante sociale accomplie. Là, c’est devenu un gros problème, et ça a causé beaucoup de mal. William et Kate n’ont jamais eu à affronter ce genre de choses. Ça a été un chapitre très malheureux pour Harry et Meghan, mais il faut espérer que les choses s’arrangent pour eux.

Vous démentez certaines rumeurs corroborant une mauvaise entente entre Meghan et Kate, qui ont été largement relayées, et dans lesquelles Meghan était fautive. Vouliez-vous restaurer sa réputation ?

Omid Scobie : Je n’irais pas jusque-là, nous n’avions pas de motivation à redorer son image. En tant que correspondants royaux qui veulent être sûrs de ce qu’ils avancent, plutôt que colporter des choses rapportées par des personnes éloignées du sujet, nous avons voulu parler à des personnes présentes durant certaines de ces scènes, pour aller au fond des choses. Parfois, une rumeur prend vie et devient un fait retranscrit dans les livres d’Histoire quelques années plus tard ! Avec ce livre, nous voulions notamment nous plonger dans ce qu’avaient écrit les tabloïds, séparer le vrai du faux, et voir d’où venait l’information. Harry et Meghan ont d’ailleurs fini par suspecter que des choses écrites sur eux venaient de l’intérieur du palais.

Honnêtement, nous étions prêts à ce que certains éléments mauvais pour leur image s’avèrent vrais. Nous n’étions pas accrochés à une certaine vision d’eux, mais il s’est avéré, comme souvent, que ces histoires de tabloïds avaient peu de substance. Mais il y a toujours une part de vérité dans ces histoires. Parfois, c’était juste la manière dont l’histoire était écrite qui la rendait si différente. Nous avons voulu apporter une forme de neutralité à tout cela, sans aucun biais.

Avec ce livre, nous voulions notamment nous plonger dans ce qu’avaient écrit les tabloïds, séparer le vrai du faux, et voir d’où venait l’information.

Vous analysez sa relation compliquée à son père, Thomas Markle, qui a enchaîné les scandales à l’approche de son mariage, et avec lequel elle a coupé les ponts. Pourquoi a-t-il agi de la sorte ?

Omid Scobie : Ce qui est malheureux dans cette histoire, c’est qu’on a un homme qui a tout fait pour rester à l’écart de l’attention de la presse. Mais très vite, il a été affecté par les articles qu’il voyait, et il a voulu prendre les choses en main. Tout au long de la vie de Meghan, il a commis plusieurs erreurs, certaines qui le concernaient uniquement, comme ses faillites, et d’autres qui ont précipité la fin de sa relation avec sa fille. Meghan, comme nous l’expliquons dans le livre, a veillé à ne pas trop le juger. Elle sait que la presse a joué un rôle conséquent. Ce qui est triste, c’est que Thomas a voulu protéger son image, plus que celle de sa fille, parfois. C’est pour ça qu’il a pensé qu’il fallait publier sa lettre [lettre de réconciliation que Meghan Markle a envoyée à son père en 2018, ndr], accepté d’être l’objet d’un documentaire…

Vous revenez aussi sur cette rumeur colportée par une amie d’enfance de Meghan, disant qu’elle aurait été amoureuse de Harry dès l’adolescence et sous-entendant qu’elle aurait tout fait pour l’épouser. Comment une rumeur comme celle-ci peut-elle devenir virale ?

Omid Scobie : Vous savez, dès lors qu’un média offre une somme d’argent conséquente, les gens sont prêts à raconter n’importe quoi. Je l’ai vu suffisamment de fois dans ce milieu, tout comme Carolyn. Ce n’est pas nouveau, et c’est plutôt spécifique aux tabloïds britanniques. Ça n’arrive pas si souvent dans la presse people américaine. Malheureusement, si vous êtes une femme qui rejoint la famille royale, votre vie va être retournée dans tous les sens, et des gens de votre entourage seront payés pour parler de vous.

Avec ce livre, espérez-vous aider à changer la culture des tabloïds ?

Omid Scobie : Ces derniers mois, ça a été très rafraîchissant d’avoir tant de conversations géniales avec des journalistes comme vous, sur des problèmes concernant le paysage médiatique, ou les approches journalistiques malsaines à propos de Meghan, qui se basaient sur des stéréotypes, par exemple. Pour moi, avoir ces conversations, c’est génial et c’est une victoire.

À l’époque, on ne prêtait pas attention à tout cela, car tout allait trop vite et on n’arrivait pas à prendre du recul. Ce livre, c’est justement l’occasion de prendre du recul, de réfléchir à ce qui s’est passé, et voir quels éléments ont mené à la situation actuelle. Est-ce que ce livre va changer quoique ce soit ? Probablement que non. Mais au moins, les gens ont maintenant une vision plus équilibrée de l’histoire de Harry et Meghan. Ils ont eu le côté des tabloïds, et maintenant ils ont celui-ci. Quand on rapproche tout cela, c’est beaucoup plus facile de se faire sa propre opinion.

Savez-vous si des membres de la famille royale ont lu votre livre ?

Omid Scobie : [Rires] C’est très peu probable. La famille royale a pour habitude de ne pas lire les biographies à son sujet, et je pense que Harry et Meghan non plus. Beaucoup de journalistes nous ont demandé si nous pensons qu’ils l’ont lu, mais ils ont vécu tout cela ! Ils connaissent leur histoire, leur trajectoire, ce livre n’est pas fait pour eux ! Mais il apportera une lecture éclairante aux gens qui s’intéressent à eux.

Harry et Meghan ont gagné. Ils ont trouvé leur liberté.

À cause de la pandémie de Covid-19, Harry et Meghan ne sont pas prêts de retourner au Royaume-Uni. Est-ce que cela peut entraver leurs chances de réconciliation avec la famille royale ?

Omid Scobie : L’écriture du livre s’est terminée début avril, et à partir de là, il y a eu un changement dans la relation entre eux et le reste de la famille. On sait qu’ils ont eu des conversations intéressantes avec le prince Charles et Camilla. Il n’y a rien qui rapproche plus une famille que les soucis de santé concernant un parent. Dans ce cas, c’est la bataille de Charles contre la Covid qui a vraiment poussé Harry et William à reprendre contact. Je ne pense pas qu’ils en soient au même point qu’auparavant, mais ils font des pas dans la bonne direction. Harry et Meghan sont aussi régulièrement en contact avec la reine, leur relation est toujours aussi bonne.

Cette période a été très positive pour Harry et Meghan. Eux-mêmes ont pu prendre le temps de la réflexion, maintenant qu’ils sont loin du chaos dans lequel ils vivaient. Le travail qu’ils font aujourd’hui les rend tout à fait heureux. Harry parle de racisme systémique avec un leader des droits civiques, Meghan Markle a discuté du vote avec Gloria Steinem… Tout cela ne serait pas arrivé s’ils étaient restés dans la famille royale. En ce qui concerne leur relation à la famille de Harry, et leur travail, ça ne peut qu’aller vers le mieux. C’est un beau chapitre qui s’ouvre pour eux, et ils en avaient besoin.

En conclusion, peut-on dire que leur départ est plus une perte pour Buckingham que pour eux ?

Omid Scobie : Pour Windsor, c’est une énorme perte. J’espère que beaucoup plus tard, les gens ne comprendront pas pourquoi il a été si difficile de protéger une femme métisse venant d’un autre pays, et de faire en sorte qu’elle s’épanouisse au sein de cette institution. À la place, elle s’est fanée, elle a souffert. Beaucoup de personnes doivent en tirer une leçon. En ce qui concerne Harry et Meghan, ils ont gagné. Ils ont trouvé leur liberté. [rires]

Harry et Meghan, Libres, d’Omid Scobie et Carolyn Durand, Éditions du Seuil, 368 pages, 19,90 euros

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