Ana Ford, une rappeuse qui invite à savoir se servir de sa langue

Ça commence avec une boucle légère, aérienne, puis ça attaque sur une beat bien saccadé, et des paroles pas timorées : « La weed c’est pour m’apaiser/Mais ça marche pas tout le temps/Surtout quand la vie veut m’baiser/J’ai peur quand tout fou l’camp ». C’est Baghdad, d’Ana Ford, mélange de douceur et de violence, et premier single d’une artiste multiforme.

Musicienne, danseuse, comédienne, la native de Genève a grandi avec une mère « qui écoutait de tout, Mendelssohn, Oum Kalthoum, Edith Piaf, The Scorpions, Aretha Franklin ». Elle l’emmène tous les ans aux technoparades genevoises, jusqu’à ce qu’Ana Ford commence elle-même à écrire, à l’âge de 18 ans. « J’avais besoin de me défouler, de questionner, de provoquer, de prendre plaisir et me sentir vivante », dit-elle.

« Si je te souris ça veut pas dire que je te donne mon consentement »

L’artiste s’illustre en remportant un concours d’impro rap à Montreux, et un open mic à Paris, le One One, fait quelques premières parties, monte un collectif avec deux amies, tourne un peu, puis leurs chemins se séparent. Maintenant, c’est solo qu’Ana Ford développe, entre deux répétitions pour des créations, sa musique, qui s’inspire du « singjay », contraction de l’Anglais singer (chanteur) et deejay, (disc-jockey). « Un mélange de rap et de chant », du « rap mélodieux », explique l’artiste à 20 Minutes.

Comme de plus en plus d’artistes femmes, Ana Ford accorde dans ses titres une grande place aux rapports d’égalité entre femmes et hommes. « Tu parles de ta teub t’en fais des tonnes », critique-t-elle dans Avale (pas sorti), où elle inverse les rôles de la domination de genres, intimant à un type « d’avaler » sa mouillure.

« Si je te souris ça veut pas dire que je te donne mon consentement/Plus d’une fois j’ai eu affaire à des négros dans ton genre/Et quand t’acceptes au final tu deviens coupable », dénonce-t-elle aussi dans Ni mariés ni refrés (pas sorti).

La Belle et la Bête

En écoutant Baghdad, on est séduit par les contrastes, aussi bien dans la musique que les paroles : « Je pense que je suis à moi toute seule, en termes de voix, la Belle et la Bête. J’ai plein de voix différentes et j’aime bien en jouer dans mes sons ».

Dans ce titre, elle évoque sa colère devant les jugements hâtifs, les mots qui blessent lâchés sans considération pour ce qu’ils provoquent : « T’en sais rien de c’qu’on a vécu/Parle pas si t’étais pas là/Ya des gens qui ont pas les thunes/Et yen a qui sont juste incapables ».

« C’est trop facile d’ouvrir sa bouche sous prétexte qu’on a une langue et qu’on a le droit de s’en servir pour dire ce qu’on veut, quitte à blesser des gens, juste pour le plaisir de s’écouter parler, commente la jeune artiste pour 20 Minutes. On doit vraiment apprendre à être bienveillants les uns envers les autres, c’est la base. » Un message qui fait écho à notre époque, où la communication sur les réseaux sociaux est devenue de plus en plus agressive.

 

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