Clémence Rochefort : ”Je parlais à papa comme à une meilleure amie”

La plus jeune fille de Jean Rochefort, Clémence, 28 ans, publie un livre* émouvant sur son père. Elle y évoque leur complicité et lève le voile sur un homme pétri de doutes que l’on pourra revoir dans Le Mari de la coiffeuse, lundi 2 novembre à 15 h 45 sur OCS Géants.

Parler de votre père dans un livre, comment cela s’est-il imposé ?

Clémence Rochefort : Au départ, j’ai écrit pour moi. J’ai eu l’idée d’en faire une pièce de théâtre et on m’a conseillé d’en faire un livre. Même si j’ai été élevée à contre-courant de tout déballage d’intimité, je ne le trahis pas. Je voulais faire ressortir son humilité. Même à 80 ans, mon père doutait de lui avant de commencer un film. Il n’était blasé de rien. Tout l’émerveillait.

Il était assez strict. Pourquoi ?

Il ne voulait pas que l’on soit vulgaires. Sa grande hantise, parce qu’il était connu, était qu’on ne sache pas se tenir, qu’on dise «les filles Rochefort sont mal élevées (il a eu deux filles avec sa dernière épouse Françoise Vidal, ndlr. ).» (Elle rit. )

Vous n’avez jamais souffert d’être une «fille de…» comme on dit ?

Non. Il était très aimé. J’étais très fière. Le voir vieillir était une souffrance pour moi. En revanche, son âge avancé a fait qu’on a été très proches.

On avait une conscience aiguë que notre temps était compté.

Il était curieux de ma vie, j’étais curieuse de la sienne.

Vous lui racontiez, comme à votre mère, vos histoires de cœur !

Je parlais à papa comme à une meilleure amie. Il me demandait parfois : «Il t’a rappelée celui-là ?» Il ne voulait pas que je sois dépendante des humeurs de quelqu’un.

Vous viviez dans la crainte de sa mort…

Je me demandais toujours comment ça allait se passer. Le seul soulagement que j’ai eu avec sa mort, c’est de ne plus m’inquiéter de lui. Il a tourné Floride,son dernier film, en 2014. Quand il m’a dit qu’il ne pouvait plus enregistrer même Les Boloss des belles lettres (diffusés sur France 5) en 2016, je me suis dit que c’était la fin. Il est mort en 2017.

Il vous racontait pourquoi il était devenu comédien ?

C’était lié à l’ennui dans les villes de province où il a grandi. Son seul refuge, c’était la fiction. Il était aussi un peu inapte pour la vie quotidienne.

Trouver une voiture dans un parking, remplir des papiers administratifs, prendre l’avion seul, il en faisait une montagne. Quand je trouvais la porte d’embarquement d’un avion, il hurlait : «Formidable !»

Il avait une devise : «Il faut garder le moral !»

Mon père dédramatisait l’existence tout en prenant les choses très à cœur. L’autodérision était son médicament contre la mélancolie. Il portait des baskets colorées car il disait que cela rendait la vieillesse plus festive. Il appelait ça ses «prothèses festives». (Elle sourit. )

Serait-il fier de ce livre ?

Marthe Keller et Alain Souchon, ses amis, m’ont dit que oui… Il m’encourageait à écrire après mon école de journalisme. Puis après un court-métrage, il m’a dit de prendre des cours de comédie. Grâce à ce livre, je m’autorise à exister, moi. Je vais pouvoir faire mon chemin. C’était une étape nécessaire. J’ai fait une apparition dans Nous finirons ensemble (film de Guillaume Canet, ndlr. ), je passe des castings. Et je prépare un documentaire que je réalise sur les kiosques à journaux.

*Papa, Plon.

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