Confinés et épuisés : comment surmonter notre fatigue psychique ?

C’est une sensation commune, qui, quand elle s’installe pour de bon, peut faire des ravages : la fatigue, et plus précisément celle de l’esprit. Après des mois de pandémie, de confinement, de masques, de travail à distance, d’autorisations de circuler, de couvre-feu, nous voilà donc reconfinés pour “au moins” un mois. 

Une décision qui a des conséquences économiques, mais aussi psychiques, tant l’usure mentale s’est installée, chez de nombreuses personnes. On pense évidemment d’abord aux soignants, aux salariés de l’alimentaire, à tou.te.s celles et ceux qui sont depuis des mois “en première ligne”. Mais d’autres, isolés en télétravail ou au chômage partiel, confinés seuls ou à plusieurs, montrent également des signes d’épuisement psychique. 

L’usure mentale des confinés

Maria Hejnar, psychologue clinicienne des Hôpitaux de Paris (AP-HP) déplore les conséquences dramatiques des confinements et de la situation sanitaire sur notre santé mentale. Elle liste évidemment la peur d’être infecté, les troubles liés à la conjoncture économique mais aussi le manque d’interactions sociales. “La limitation, voire l’impossibilité, d’échanges sociaux freine les possibilités d’expression émotionnelle. Chacun gère ses émotions à l’intérieur de sa psyché, avec ses moyens propres, sans étayage habituel de ses proches. Des limitations graves de nos activités font qu’une partie de notre énergie instinctuelle ne peut plus se dégager au-dehors et nous force à une retenue nocive et coûteuse”, explique-t-elle. 

Elle évoque ensuite la lassitude observée chez ses patients, la frustration, l’impuissance. “Les personnes soumises à ce régime depuis plusieurs mois ont épuisé leurs ressources mentales. Leurs forces ont cédé et elles n’arrivent plus à tenir le coup. Le sentiment de fatigue est le témoignage d’un renoncement et d’un retrait”, ajoute-t-elle alors.

Fatigue chronique et impasse psychique

Ce sentiment de fatigue mentale, n’est pas inhérent qu’à des situations extrêmes comme celle que nous traversons actuellement. Quotidien pesant, charge mentale, lassitude, stress sont tous des facteurs aggravants pouvant conduire tout un chacun à un point d’usure psychique, presque de non-retour. C’est en tout cas, le sentiment qu’évoquent les personnes atteintes de cette fatigue-là. 

“Les conditions de la vie quotidienne peuvent provoquer des états de fatigue physique ou mentale transitoire chez tout un chacun. Il s’agit alors de la fatigue dite “normale” qui se dissipe après un repos, décrypte Maria Hejnar. Lorsque la fatigue devient persistante voire chronique, écrasante, lorsqu’elle nous envahit, elle constitue un syndrome clinique rattachée principalement à la dépression. Nous définissons la fatigue comme une sensation d’être exténué, avec un sentiment pénible d’affaiblissement. Elle est accompagnée par une certaine passivité, un ressenti asthénique et parfois par une sorte d’apathie. Cet état suscite un besoin de repos. Mais paradoxalement, dans la fatigue psychique, le désir de repos coexiste fréquemment avec un refus de la passivité”, poursuit-elle. 

Le facteur stress, impondérable de la fatigue psychique 

Principal facteur de cette fatigue dite mentale ? Le stress. “Si la fatigue est le résultat d’une dépense énergétique excessive, la fatigue mentale est due à l’épuisement de la force mentale utilisée à gérer une grande quantité d’angoisse (interne) ou de stresseurs (externe)”, explique la psychologue Maria Hejnar. 

Et niveau angoisse interne ou externe, on peut dire que 2020 n’a pas chômé ! “Aujourd’hui, notre énergie psychique est dépensée à faire face à la “menace” perçue de la maladie. Nous avons peur de tomber malade, peur de contaminer nos proches, peur de la crise économique”, liste l’experte. Avant d’expliquer que les images et les chiffres (nombre de cas, de morts, etc) partagés dans les médias, ne font qu’amplifier cette menace, ce qui a une incidence directe sur notre énergie psychique. 

Sauf que cet épuisement latent peut avoir des répercussions directes sur système immunitaire, ce qui n’est pas vraiment une bonne nouvelle au vu de la situation sanitaire. La psychologue alerte également sur les effets sur le “potentiel productif” qui diminue. “La fatigue mentale et intellectuelle est donc très handicapante pour nos performances à l’école ou au travail mais également dans nos vies personnelles. Elle peut se manifester sous forme d’irritabilité et d’instabilité émotionnelle et ainsi jouer sur notre capacité à gérer nos relations affectives, amicales, sociales… Elle provoque également la réduction des capacités de concentration et de mémoire. Elle peut causer des maladresses, des troubles de l’équilibre et de la vision, et donc des accidents”, explique ainsi Maria Hejnar. 

Repérer la fatigue mentale

Ce qui est d’autant plus troublant avec la fatigue psychique, c’est que les symptômes sont flous et ressemblent à ceux de la névrose d’angoisse. “La propension à la fatigue existe dans les névroses, dans la neurasthénie, dans les dépressions, dans les affections psycho-somatiques, explique Maria Hejnar. Toutes ces entités se caractérisent par un rassemblement des signes cliniques autour d’une angoisse diffuse, ainsi qu’un cortège de manifestations somatiques fonctionnelles telles que la fatigue, la rachialgie, les tremblements, les crises de tachycardie et les insomnies”. 

Bien que tout le monde peut être concerné par cet état d’usure psychique, certaines personnes sont plus à risques : “les personnes qui présentent des troubles psychiques ou des fragilités psychologiques préexistantes, des personnes soumises à des événements particulièrement difficiles à traiter mentalement comme la perte d’emploi”, détaille la psychologue.

Il est aussi important de prêter attention à certains “signes” pour la repérer le plus tôt possible ! Maria Hejnar liste alors les points-clés qui peuvent cacher une fatigue mentale : la baisse des performances professionnelles ou scolaire, l’irritabilité, une tendance à procrastiner, des difficultés à se concentrer, à se souvenir ou à penser, un sentiment général de désinvestissement. Physiquement aussi, des symptômes peuvent se manifester : maladresses, troubles de l’équilibre, troubles de la vision, troubles du désir ou encore des conduites addictives et troubles du comportement alimentaire (fringales ou manque d’appétit) qui peuvent être des palliatifs contre les émotions négatives.

Apaiser les esprits

Une fois repéré cet état de fatigue psychique, comme y remédier ? “C’est une question fondamentale ! Pouvons-nous encore trouver des voies de dégagement à cette fatigue qui nous tenaille ? Les conseils habituels (gestes auto-calmants, repos actif, yoga, méditation, sport, ou encore cultiver les relations avec les proches et se faire plaisir) sont-ils toujours opérants dans cette situation de stress extrême induit par des mois ?”, questionne notre experte.

“Lors du premier confinement, j’ai conseillé aux gens de trouver une niche et essayer de ne pas se soumettre à la panique ambiante. Maintenant la situation est beaucoup plus grave sur le plan économique et psychique. Il faut à tout prix éviter l’isolement imposé par les mesures drastiques, cultiver les liens familiaux, amicaux et sociaux, libérer la parole. Vous pouvez aussi consulter pour parler de vos problèmes”, conseille-t-elle alors. 

Sans compter donc, éviter au maximum les sources d’angoisse (les informations, les notifications des applications, etc) : “quand on vous dit tous les soirs à la télé et cela pendant des mois que vous allez mourir, ça vous rend forcément angoissé”, assène-t-elle. Pour prévenir la fatigue psychique généralisée, Maria Hejnar en appelle à du bon sens de la part de nos gouvernants. “Il serait plus sage de chercher à réduire le stress, de rassurer la population, d’apaiser les angoisses. Un discours officiel calme serait très utile pour notre équilibre psychique”, explique-t-elle.

Et si ce discours apaisé n’arrive pas ? A nous de reprendre le pouvoir. Pour cela, il faut déjà prendre conscience des dangers de la fatigue mentale et de ses conséquences sur notre quotidien. Ne pas craindre de prendre du temps pour soi, et se faire régulièrement plaisir. Enfin, s’autoriser à espérer des lendemains plus sereins, peu importe ce qu’en disent les plus chagrins. 

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