Covid-19 : faut-il se faire vacciner contre le grippe cette année ?

Tandis que la course au vaccin bat son plein afin de lutter contre l’épidémie de la Covid-19, de plus en plus de médecins parlent de l’importance d’une autre vaccination : celle contre le virus de la grippe.  

Dans un communiqué publié en mai dernier, l’Académie nationale de Médecine (ANM) prenait de l’avance en indiquant qu’il était “urgent de mettre en œuvre un renforcement du calendrier vaccinal lors du prochain lancement de la campagne de vaccination contre la grippe saisonnière”, dont la sériosité ne doit pas être oubliée face à la “gravité avérée” du nouveau coronavirus. 

Cette semaine, ce sont sept sociétés savantes de pédiatrie qui, dans une lettre ouverte, demandent aux parents de faire vacciner leurs enfants contre la grippe, mais aussi la gastro-entérite, pour indirectement lutter contre la Covid-19. Car si ces vaccination ne sont pas efficaces contre le coronavirus, elles pourraient contribuer à un encombrement moindre des services de santé, à une période où l’épidémie de Covid risquerait de reprendre du service.  

Eviter deux épidémies en même temps

L’un des buts de ces appels à la vaccination est avant tout d’éviter un chevauchement de l’épidémie de Covid et de celle de grippe saisonnière puisque que l’on peut présager que le nouveau coronavirus continuera à circuler en automne et en hiver prochain, au moment du retour de la grippe.

Le vaccin anti-grippal à grande échelle éviterait une double-épidémie, qui d’une part, solliciterait d’autant plus les services de soins, et d’autre part participerait à la confusion autour de possibles contaminations à la Covid, les symptômes grippaux étant proches des siens. Ce qui permettrait de faciliter les diagnostics chez le médecin et d’éviter les dépistages inutiles. 

Interrogée par RTL.fr, l’infectiologue Anne-Claude Crémieux explique que même si le risque de contracter en même temps les deux virus est “rare”, il est indéniable qu’une vaccination anti-grippale “permettrait d’éviter d’encombrer les systèmes de soins”.  

Protéger au mieux les personnes à risque 

Eviter au maximum la saturation des services médicaux est une grande priorité, au même tire que l’est la protection des personnes fragiles.

Parmi celles reconnues par les autorités de santé, on retrouve les personnes âgées de plus de 65 ans, celles souffrant de certaines maladies chroniques (comme le diabète ou l’asthme), les femmes enceintes, les personnes obèses et celles qui, dans leur entourage, comptent une personne à risque. Pour ces patients, le vaccin est gratuit. 

De son côté, l’Académie nationale de Médecine demandait en mai dernier, la vaccination obligatoire “pour tous les soignants et les personnels sociaux en contact avec les personnes vulnérables, en particulier dans les EHPAD, les institutions, les hôpitaux et les crèches”. 

Bien évidemment, les “profils” ne faisant pas partie de cette liste no exhaustive de patients dits “à risque”, peuvent tout de même avoir accès au vaccin (il ne sera seulement pas pris en charge à 100% par l’Assurance maladie, ndlr).

Anne-Claude Crémieux indique d’ailleurs que la question de l’élargissement de la vaccination anti-grippale à une plus grande proportion de la population va sûrement se poser, probablement lors de la campagne de vaccination qui débute généralement au milieu du mois d’octobre.

Les parents incités à faire vacciner leurs enfants contre la grippe et la gastro 

Bien que les enfants ne soient pas considérés comme “à risque”, plusieurs sociétés savantes de pédiatrie insistent pour une vaccination anti-grippale, doublée de celle contre la gastro-entérite, puisqu’ils sont, chaque hiver “particulièrement touchés par ces virus, notamment ceux vivant en collectivité”.

Si la vaccination contre la grippe est compréhensible, celle contre le rotavirus (à l’origine des gastros) peut interpeller. “La vaccination contre le rotavirus en période de pandémie de Covid-19 offrirait deux avantages supplémentaires : d’une part, ne pas alourdir la charge de soins et ‘le fardeau’ des structures sanitaires en diminuant de façon drastique les épisodes de gastro-entérites chez les petits nourrissons, d’autre part, réduire la fréquence chez l’enfant des opportunités de suspecter une COVID-19 et ses conséquences”, indique la lettre ouverte. 

En effet, 15 à 30% des enfants pris en charge pour cas de Covid présentaient des symptômes digestifs, “ce qui rend très difficile le diagnostic différentiel avec les gastro-entérites à rotavirus”, soulignent les sociétés savantes. 

Ces vaccins permettraient donc, là aussi, de désencombrer salles d’attente et hôpitaux à un moment “où la circulation du SARS-CoV-2 risquera d’être à nouveau intense”, appuie la lettre ouverte. 

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Ne pas oublier les dangers de la grippe

Aussi, il est bon de rappeler que si cette année le vaccin anti-grippal est majoritairement vu au travers du prisme de la Covid-19, le virus saisonnier est, à lui seul, meurtrier. Selon les chiffres de l’Institut Pasteur, l’infection touche chaque année entre deux et huit millions de personnes en France et est fatale pour 10 000 à 15 000 d’entre elles

Si sur la saison 2019-2020, comme le reconnait l’ANM, l’épidémie de la Covid-19 a “partiellement occultée” celle de la grippe saisonnière (le taux de consultations est passé de 600 pour 100 000 habitants en 2018-2019 à 300 pour 100 000 en 2019-2020), elle n’est pas à prendre à la légère. 

“La gravité avérée de la Covid-19 ne doit pas faire sous-estimer la gravité potentielle de l’épidémie de grippe à venir. L’absence de vaccin contre le SARS-CoV-2 ne doit pas faire oublier qu’il existe un vaccin contre la grippe, certes inefficace contre la Covid-19, mais essentiel pour protéger la population contre une épidémie de grippe saisonnière sévère”, alerte la société savante. 

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