Covid-19 : les anticorps pourraient durer au moins quatre mois après l'infection

Après une infection à coronavirus, des anticorps se développent. Nous assurent-ils pour autant une immunité ? Si les études sur le sujet se multiplient, la réponse n’est pas encore claire. De nouveaux travaux suggères que les anticorps responsables d’une potentielle immunité pourraient persister au moins quatre mois. On fait le point.

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La communauté scientifique continue de chercher un vaccin ou un traitement contre la Covid-19. La question de l’immunité est également régulièrement soulevée. Et pour cause : si des anticorps se développent après une infection à coronavirus, on ne sait pas encore clairement s’ils nous confèrent une réelle immunité.

Une question reste donc en suspens : peut-on être touché deux fois par la Covid-19 ? “Il n’y a actuellement aucune preuve que les personnes qui se sont remises du Covid-19 et qui ont des anticorps soient prémunies contre une seconde infection”, affirmait l’Organisation mondiale de la santé (OMS) en avril 2020.

Des suspicions de réinfection avaient d’ailleurs été recensées en Chine, au Japon ou encore en Corée du Sud. Depuis, un premier cas de réinfection avérée a été identifié à Hong Kong et les études sur le sujet continuent de se multiplier. Des travaux qui laissent à penser qu’une immunité est possible, même si elle est limitée dans le temps.

Immunité : des anticorps au moins quatre mois après l’infection ?

Pour les besoins d’une nouvelle étude publiée dans le New England Journal Of Medecine, les chercheurs ont analysé les données de plus de 30.000 personnes vivant en Islande, où environ 15% de la population a bénéficié d’un dépistage de la Covid-19.

Résultat ? Plus de 90% des personnes qui avaient été testées positives par un test PCR ont également subi des tests sérologiques montrant qu’elles avaient développé des anticorps. 120 jours après l’infection, autrement dit quatre mois plus tard, ces personnes avaient toujours des anticorps.

Des conclusions qui “donnent l’espoir que l’immunité de l’hôte contre ce virus imprévisible et hautement contagieux ne sera pas éphémère et pourra être similaire à celle provoquée par la plupart des autres infections virales”, concluent les auteurs de l’étude.

Immunité post-Covid : une étude confirme l’effet protecteur des anticorps

Deux nouvelles études parues le 14 août dernier se montrent rassurantes quant à la potentielle immunité acquise à la suite d’un infection à coronavirus. La première, publiée dans la revue Cells, révèle que les personnes atteintes de Covid-19 développent des cellules T ou lymphocytes T, qui les protègent d’une éventuelle réinfection. “Les lymphocytes T mémoire spécifiques au Sars-CoV-2 s’avéreront probablement essentiels pour la protection immunitaire à long terme contre la Covid-19”, peut-on lire dans ces travaux.

Pour les besoin de la seconde, parue sur le site de pré-publication scientifique Medrxiv, des chercheurs ont suivi les 122 membres de l’équipage d’un bateau de pêche opérant dans le Pacifique. Tous ont été soumis à un test sérologique avant le départ du bateau et après la mission. L’objectif ? Identifier la présence ou l’absence d’anticorps.

Au cours de la mission, 104 personnes ont été infectées. Leur point commun : aucun d’entre elles n’avaient d’anticorps avant le départ du bateau. Parmi les trois membres de l’équipage qui avaient déjà été exposés à la maladie avant le départ du bateau et qui avaient des anticorps, aucun n’a montré de signes de réinfection.

“Bien qu’il s’agisse d’une petite étude, elle offre une expérience humaine remarquable, réelle, à un moment où nous manquons de preuve formelle que les anticorps neutralisants offrent réellement une protection contre la réinfection. Bref, c’est une bonne nouvelle”, conclut Danny Altmann, professeur d’immunologie à l’Imperial College de Londres.

Une immunité limitée dans le temps ?

Une étude britannique parue en juillet 2020 dans la revue de pré-publication scientifique MedRxiv s’est également penchée sur la question. Elle suggère que les anticorps assurent une potentielle immunité aux patients, mais que celle-ci diminue, voire disparait au bout de quelques mois.

Pour le découvrir, les chercheurs du King’s College de Londres (Royaume-Uni) se sont penchés sur la réponse immunitaire de 90 patients et professionnels de santé du Guy’s and St Thomas’ NHS Foundation Trust ayant été touchés par le Covid-19. Alors que 60 % des volontaires avaient développé de puissants anticorps en réponse à l’infection, les chercheurs ont constaté que seuls 17 % des patients avait conservé ce même niveau d’anticorps trois mois plus tard.

Ces résultats suggèrent donc que les anticorps auraient une durée de vie limitée et que les patients déjà touchés par le Covid-19 pourraient donc être ré-infectés. Un constat qui remet une fois de plus en question l’idée d’une potentielle immunité collective.

Covid-19 : une immunité encore plus courte chez les patients asymptomatiques

Une autre étude publiée en juin 2020 dans la revue Nature Medicine et menée par des chercheurs chinois suggérait déjà que la réponse immunitaire chez les patients infectés par le virus diminuait quelques semaines après leur guérison.

Pour le découvrir, les chercheurs avaient suivi 37 patients asymptomatiques testés par PCR, un prélèvement des cellules nasales à l’aide d’un écouvillon. Âgés de 8 à 75 ans, 22 des participants étaient des femmes et 15 des hommes. Tous avaient été hospitalisés dans la province de Wanzhou (Chine) et placés en isolement. Les scientifiques de l’Université médicale de Chongqing ont remarqué que la durée médiane d’excrétion virale était de 19 jours chez eux, contre 14 jours chez les patients symptomatiques.

Pour étudier la réponse immunitaire de ces deux groupes, les chercheurs avaient comparé les sujets asymptomatiques avec 37 personnes infectées par la Covid-19, et qui avaient présenté des symptômes. Huit semaines après le début de l’infection, ils avaient constaté que le taux d’anticorps avait diminué de 81,1% chez les asymptomatiques. Quant aux symptomatiques, leur réponse immunitaire avait été réduite de 62,2%.

Covid-19 : quelle immunité pour les patients atteints de formes légères ?

Une étude française avait également été menée sur l’immunité, mais chez les patients atteints de formes légères du coronavirus. Des équipes de l’Institut Pasteur et du CHU de Strasbourg avaient analysé les profils de 160 personnes ayant été frappées par des formes mineures de la maladie.

Dans le cadre des recherches, les scientifiques s’étaient concentrés sur les services hospitaliers de deux sites des Hôpitaux Universitaires de Strasbourg. Chez ces patients, les chercheurs avaient identifié des anticorps quinze jours après le début de l’infection. “On a retrouvé des anticorps chez la quasi-totalité d’entre eux : 159 sur 160. Et, plus intéressant, on recherchait les anticorps neutralisants dont on sait qu’ils sont protecteurs contre, par exemple, une réinfection. Et là, à partir d’un mois, on en trouve chez 98 % des personnes qui avaient été infectées par le SARS-CoV-2. Des résultats qui sont effectivement une bonne nouvelle”, avait rapporté le Professeur Arnaud Fontanet, l’un des responsables de l’étude, sur France Inter.

Pour les scientifiques, l’immunité des formes légères pourrait durer “de quelques semaines à quelques mois”. Passée cette période, les sujets devront être à nouveau testés pour voir si les anticorps perdurent dans le temps. “Ces résultats sont également une bonne nouvelle pour les futures stratégies vaccinales” , avait complété le Pr Fafi-Kremer, première auteure de l’étude et chef du service virologie des Hôpitaux Universitaires de Strasbourg.

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