"Durant la consultation, je pleurais" : le témoignage de Priscilla, victime de violences gynécologiques

Priscilla a été victime de violences gynécologiques verbales. Aujourd’hui, elle témoigne pour libérer la parole et dénoncer un manque d’empathie de la part de certains praticiens.

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Depuis l’apparition du hashtag #PayeTonUtérus en novembre 2014, les témoignages à propos des violences gynécologiques se multiplient. Priscilla est l’une des victimes de ces violences. Il y a quelques années, la jeune femme a été diagnostiquée du Syndrome Dysphorique Prémenstruel, une forme sévère du Syndrome Prémenstruel (SPM).

Cette pathologie « invisible« , qui se caractérise notamment par de nombreux symptômes psychologiques tels que l’anxiété ou la dépression, a été reconnue comme une maladie gynécologique par l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS). Pourtant, lorsque Priscilla consulte une gynécologue pour être orientée sur un potentiel traitement, la praticienne lui adresses des paroles très dures : « Vous êtes juste déprimée, je ne peux rien faire pour vous. Allez chercher un travail« . Face à ces mots, la jeune femme dit s’être sentie démunie : « Je me souviens que durant la consultation je pleurais » ajoute-t-elle.

Comment reconnaître les violences gynécologiques ?

Si Priscilla a été victime de violences gynécologiques verbales, certaines femmes doivent faire face à des violences gynécologiques physiques. C’est le cas d’Adeline, atteinte d’endométriose, qui avait également témoigné sur Femme Actuelle. Mais selon Estelle Dossin, psychologue clinicienne et psychanalyste, les violences sont le plus souvent verbales ou psychologiques : « Verbales quand le praticien manque de tact, fait des mauvaises réflexions ou des mauvaises blagues et psychologiques quand le patricien fait preuve d’un grand manque d’empathie« .

Ce manque d’empathie, Priscilla a dû y faire face. Après cette consultation, elle s’est remise en question : « On a le sentiment d’avoir l’impression qu’on est en train de dire n’importe quoi » ajoute la jeune femme. Ce manque de considération est soulevé par Estelle Dossin : « Si lors de l’examen vous vous sentez humiliée, vous êtes mal à l’aise, c’est déjà un très mauvais signe » affirme la psychologue clinicienne et psychanalyste.

« On ne nous prend pas au sérieux, on ne prend pas nos symptômes au sérieux »

Selon la charte de bonnes pratiques publiée par le Collège National des Gynécologues et Obstétriciens Français (CNGOF) fin octobre, une consultation doit être menée avec « respect » et « bienveillance« . Ce texte, signé par l’ensemble de la profession, vise à améliorer la qualité comme la sécurité des soins gynécologiques.

Mais face aux mots de sa gynécologue, Priscilla s’est sentie rabaissée : « On ne nous prend pas au sérieux, on ne prend pas nos symptômes au sérieux«  admet-elle. La jeune femme dénonce un « manque de connexion avec les patients« . Lassée de devoir se justifier sur la réalité de ses symptômes, Priscilla n’ose plus consulter un ou une autre gynécologue, ni même un professionnel de santé en général.

Les violences gynécologiques peuvent avoir des conséquences directes sur la santé des femmes

Selon Estelle Dossin, ne pas vouloir retourner voir un médecin est une conséquence directe des violences gynécologiques. Au détriment de leur santé, certaines femmes victimes de violences gynécologiques préfèrent ne plus se soigner. Priscilla avoue en effet avoir « peur d’aller chez un professionnel de santé tout court« .

Les violences gynécologiques peuvent également avoir des conséquences psychologiques. Lorsqu’elle parle de son Syndrome Dysphorique Prémenstruel à d’autres praticiens, Priscilla n’est ni écoutée, ni orientée. « Je ne connais pas » : voici ce qu’on lui répond à l’évocation de sa maladie. Priscilla a alors l’impression de s’inventer des symptômes. Après des années d’errances médicales, la jeune femme est face à une impasse : après ces consultations, Priscilla n’est jamais retournée voir un professionnel de santé pour évoquer sa maladie.

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