Émilie Daudin, alias @emiliebrunette : "Mon travail m’a aidée à ne pas sombrer face à mon cancer"

Témoignage (3/3) – En octobre 2020, l’influenceuse apprenait qu’elle était atteinte d’un cancer du sein triple négatif. Une forme agressive, qui touche près de 9000 femmes par an et présente des risques de récidive importants. En ce mois d’Octobre Rose, elle se confie sur la manière dont elle est parvenue à conjuguer travail et maladie.

Il y a tout juste un an, la vie d’Émilie Daudin basculait. Après des mois de mauvais diagnostics, le verdict tombait le 1er octobre 2020 : cette influenceuse, mère de deux enfants, apprenait son cancer du sein triple négatif. Une forme plus rare – il représente environ 15% à 20% des cancers du sein chaque année soit 9000 personnes – mais aussi plus agressive. Car le «TN», qui touche surtout des femmes de moins de 40 ans, est difficile à traiter et présente des risques de récidive importants durant les trois premières années. À tout juste 33 ans, cette entrepreneuse et blogueuse rouennaise, alias @emiliebrunette sur les réseaux sociaux, allait devoir mener ce combat inimaginable pour une jeune mère, tout en menant de front sa vie professionnelle.

En vidéo, le bêtisier du cancer, par Céline Lis-Raoux, cofondatrice du magazine « Rose »

Cette vie professionnelle, Émilie n’a pas fait que la maintenir à flot : pendant un an, elle a multiplié les projets. Sans relâche, de manière presque boulimique, en s’engageant notamment dans la bataille de la prévention du cancer du sein. «Ça a été difficile au début, avec les premières chimio en novembre, qui étaient les plus dures et me rendaient malade. Je ne contrôlais plus rien à ce moment-là», se remémore la trentenaire. Avec sa deuxième série de chimio, moins agressive, elle retrouve de l’énergie début 2021 et commence alors à multiplier les projets.

Elle crée son podcast Triple négatif, pour sensibiliser et «donner de l’espoir» aux femmes touchées. Elle lance aussi une première collaboration en créant le tee-shirt «Mama Warrior» avec la marque My travel dreams, dont les fonds sont reversés à la fondation ARC pour soutenir la recherche contre le cancer. Une première étape de son engagement qui ne va cesser de croître au fil des mois.

« Je n’ai rien à perdre sauf ma vie »

«J’ai toujours été sur tous les fronts, mais en ce moment je déborde encore plus d’énergie. Ça me maintient en forme de travailler sur des projets, qui plus est utiles. Et je compte bien les mener jusqu’au bout car aujourd’hui, je n’ai rien à perdre, sauf ma vie…», confiait-elle à l’époque au blog Parlons maman (1).

Parallèlement, elle commence à travailler sur un livre à propos de son combat contre la maladie, dont la parution est prévue pour septembre 2022. «Je ne sais pas encore s’il sera centré sur moi ou plutôt autour du militantisme. J’y réfléchis encore…», souligne aujourd’hui la blogueuse. Il s’agira de se second ouvrage après Liberté, égalité, maternité (2).

Émilie Daudin n’a pas relâché ses efforts ces derniers mois pour faire connaître le triple négatif et récolter de l’argent pour la recherche, notamment avec le collectif des «Triplettes». Ces femmes, toutes atteintes de la même maladie, œuvrent au quotidien pour avoir accès à des traitements plus novateurs en France. Elles viennent d’ailleurs de gagner une première bataille avec l’arrivée du Trodelvy début novembre. Un médicament qui augmente la durée de vie par rapport à une chimiothérapie classique.

En ce mois d’Octobre Rose, la Rouennaise a aussi multiplié les collaborations avec des marques de premier plan : Sézane, Rosa Cadaques, Orta, Elise Chalmain… À chaque fois, tout ou partie des fonds partent pour le programme de recherche Compass de la fondation Gustave Roussy, destiné au cancer du sein TN.

Après avoir parcouru tous les médias locaux et nationaux, Émilie Daudin vise maintenant les pouvoirs publics. Son objectif : mettre en place dès le collège un programme pour sensibiliser les jeunes filles très tôt au cancer du sein et leur apprendre les bons gestes de la palpation. Rien ne semble pouvoir l’arrêter alors que le président Emmanuel Macron en personne l’a félicitée sur Instagram pour son combat.

https://instagram.com/p/CUwdzpCIItr

« Je n’avais pas le choix, il fallait que je travaille »

Quand elle s’arrête sur l’année terrible qu’elle vient de vivre, la jeune maman reconnaît que le travail l’a beaucoup aidée. «Je n’avais pas le choix, il fallait que je travaille, que je continue ma vie parce que je n’avais pas de prévoyance, donc il fallait que je fasse tourner ma boîte et que j’avance mes projets», explique-t-elle dans le podcast Pow[her] qu’elle a confondé avec son amie Émilie Le Guiniec, dont un épisode est consacré à sa maladie.

«D’un côté, ça m’a aussi aidé de montrer la réalité, poursuit la trentenaire, parce que le matin je me levais, je m’habillais, je me maquillais ou pas, en fait je montrais le quotidien, des petits bouts de scène, mon crâne chauve ou après ma chimio. Je montrais que la vie continuait quand même et que je faisais comme je pouvais.»

Petit à petit, Émilie a sorti la tête de l’eau. Aujourd’hui, elle se dit sereine. «Je vais bien, je suis en train d’installer les bureaux de mon entreprise, je tourne une page… J’arrive à moins y penser, jusqu’à oublier des rendez-vous médicaux !», plaisante-t-elle, en conseillant à toutes les personnes touchées par un cancer de continuer à travailler ou de trouver une activité pour s’occuper un maximum et maintenir une vie normale.

À écouter : le podcast de la rédaction

Elle le racontait dès le 12 avril à la fin de sa chimiothérapie dans son podcast Triple négatif : «Je ne sais pas si j’ai réalisé tout ce qui s’est passé ces derniers mois. Je pense que le travail m’a sauvée, et je le dis sincèrement, le fait d’avoir été occupée pendant des heures, je n’ai pas vu mes journées passer, je ne me suis pas ennuyée un seul instant. À tel point que j’ai beaucoup de retard dans mes séries, dans mes livres… C’est ce qui m’a aidé à ne pas sombrer, à ne pas me retrouver toute seule juste avec mon cancer…».

(1) Parlons Maman, un blog dédié aux maternités, à la parentalité au sens large, de la grossesse à la petite enfance.
(2) Liberté, égalité, maternité, Émilie Daudin, Éd. Leduc.s Pratiques, 191p., 19 euros.

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