En immersion à Station F : comment Google "accélère" les startups ?

Google, partenaire du prix Madame Figaro Business with Attitude, a coaché les équipes de Fairly Made, finaliste de la 4e édition. La startup, qui aide les marques de mode à réduire leur impact environnemental et social, prépare une plateforme de mesure d’impact à destination de ses clients.

«C’est la dernière heure, il faut qu’on avance», lance le coach. Autour de la table, Camille Le Gal, Laure Betsch et leurs quatre salariées se remettent au travail. Les réflexions fusent, le jargon aussi : «On repense à ce qu’on disait ce matin sur la rétention client, toute la filière doit être mappée», lance Camille Le Gal, cofondatrice de Fairly Made et finaliste de la 4e édition du prix Madame Figaro Business with Attitude. Dans une petite salle de Station F, fin octobre, quelques jours avant l’annonce du reconfinement, l’équipe de Fairly Made est venue suivre une journée de coaching dispensée par l’équipe Startups de Google, partenaire du prix Business with Attitude.

Mesurer l’impact écologique et social des marques

L’objectif ? Concevoir de A à Z le parcours utilisateur d’un nouvel outil, prévu pour février 2021, qui doit permettre aux marques de mode de mesurer précisément l’impact écologique et social d’un vêtement ou d’une collection entière. «On a proposé ce service à deux clients sous forme de prestation de conseil, mais cet outil permettra aux marques d’être autonomes», explique Camille Le Gal. Tout autour de la pièce, des panneaux sont couverts de Post-It, de tableaux et de mots-clés, traces des ateliers de la journée. Matière première, mode d’acheminement, traitement du tissu, distance parcourue, recyclage… Du champ à la boutique, rien ne doit être laissé au hasard. L’outil, qui se veut clé en main, doit être ultra-complet.

Sprint collectif

En concevoir l’architecture en une journée est ambitieux. La phase de conception et de développement viendront plus tard. Alors il faut aller vite, sous l’œil vigilant de deux coachs dépêchés par Google. «Nous sommes là pour cadrer la réflexion et éviter les impasses», explique Tristan Tornatore, spécialiste de la stratégie digitale et du développement web. Comprendre : pour garder l’oeil rivé sur la montre. L’équipe de Fairly Made réfléchit à toute vitesse, essaie, critique, recommence. On dessine un écran, puis un deuxième, on prend 5 minutes pour en identifier les faiblesses, et on recommence. Les coachs lancent parfois de soudaines accélérations, comme avec les crazy eight : huit minutes pour dessiner les huit écrans de l’interface. Un timing ultra soutenu, nécessaire pour avancer sans s’égarer. «Le but est de prendre des décisions rapides, pour pousser l’innovation le plus loin et le plus vite possible», poursuit le coach.

Pari réussi. Quelques heures plus tard, alors que le soleil décline, une première mouture est déjà prête, ou presque. Les différents écrans, dessinés à la main sur des feuilles blanches, sont scannés et transformées en pages web. Sur le mur de la pièce apparaissent les visages de deux salariées de la marque Asphalte, déjà cliente de Fairly Made. Elles sont là pour tester la plateforme, soulever les questions, identifier les écueils. «Si j’ai un manteau composé de deux matières principales, est-ce je peux accéder à mes deux supply chains ?», se projette la première. «Peut-on enregistrer plusieurs supply chains pour un même produit?», poursuit sa collègue. Concentrées, les salariées de Fairly Made pianotent sur leur clavier pour noter les remarques et modifications à venir.

En vidéo, revivez la remise du prix Business with Attitude

Gagner en impact

La startup espère développer sa plateforme de mesure d’impact d’ici à février 2021. Les marques de mode pourront alors s’en emparer pour mieux connaître – et améliorer – leurs chaînes de production. Un moyen pour la startup, qui a déjà collaboré avec des marques comme Balzac Paris, les Galeries Lafayette ou Des Petits Hauts, de toucher un nombre plus important de marques. Après sa bibliothèque de matières écoresponsables, Fairly Made veut donc étoffer son annuaire d’usines responsables. «Nous travaillons déjà avec 60 d’entre elles et en avons référencé plus de 300, explique Camille Le Gal. Sur notre plateforme de mesure d’impact, les marques pourront enregistrer leurs propres usines partenaires dans la base de données, en répondant à un questionnaire précis sur leur façon de travailler.»

De quoi susciter l’intérêt de plusieurs maisons de mode, notamment au sein du groupe LVMH, dont Fairly Made a rejoint l’incubateur. «Nous sommes en fait en train de devenir un label de certification», résume Camille Le Gal. Et un moyen efficace, pour les marques, de se verdir. Une nécessité dont la pandémie de Covid-19 a, une fois de plus, rappelé l’urgence. Et à laquelle les solutions numériques peuvent contribuer.

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