Examens, médicaments, analyses…Une médecine enfin adaptée aux femmes ?

Des décennies de prédominance du sexe masculin dans les études médicales ont balayé les spécificités féminines. Pourtant, l’organisme des femmes réagit différemment aux maladies et aux médicaments. On s’y intéresse enfin.

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« Etre une femme, c’est être plus exposée aux retards de diagnostic et aux traitements inappropriés dans des situations médicales courantes« , constate le Dr Alyson McGregor, médecin urgentiste et enseignante à l’université Brown de Providence (Etats-Unis), auteure de Le sexe de la santé (éd. Erès). La prise en charge médicale de la gent féminine est encore trop souvent calquée sur celle des hommes et « la grande majorité des médicaments mis sur le marché n’a jamais été testée sur des femmes« , résume le Dr McGregor. Or, le statut hormonal, en particulier à la ménopause avec une diminution marquée des œstrogènes, peut impacter l’effet de certains médicaments. En effet, « le taux des œstrogènes intervient à de nombreux niveaux, y compris au moment de l’absorption digestive« , précise le Dr Maryse Lapeyre-Mestre, du service de pharmacologie clinique au CHU de Toulouse.

L’importance du poids

« Par exemple, la dose standard de paracétamol pour un adulte de 70kg (et de sexe masculin) est de 1g pour une prise, ce qui est probablement un surdosage pour une femme de 50kg environ« , explique le Dr Maryse Lapeyre-Mestre. Idem pour les benzodiazépines, dont l’action sédative serait plus élevée chez la femme. L’Agence américaine de santé (FDA) recommande d’ailleurs de diviser les doses de zolpidem (Stilnox) par deux, afin de limiter les effets secondaires. Il y a néanmoins des améliorations depuis une dizaine d’années : « Les études testant les nouvelles molécules du diabète, comme les gliflozines, séparent bien l’efficacité et la sécurité chez les femmes, d’une part, et des hommes d’autre part, au lieu de mentionner des moyennes« , précise-t-elle. Il était temps, car cette absence de considération met en danger la santé des femmes, soit la moitié de la population !

Infarctus du myocarde : trop tardivement pris en charge

Symptômes communs : « On retrouve 80% de douleurs typiques irradiant le sternum« , estime le Dr Stéphane Manzo-Silberman, cardiologue à l’hôpital Lariboisière, à Paris.

Chez la femme : de la fatigue et des nausées sont ressenties.

Ce qui peut être amélioré :

  • Côté diagnostic: malgré le fait qu’elles montrent des symptômes identiques ou similaires à ceux des hommes, les femmes sont moins susceptibles d’être orientées, d’emblée, vers l’angiographie (imagerie des vaisseaux sanguins) lors d’une admission à l’hôpital, ou de passer les mêmes examens qu’eux si elles intègrent une unité de douleurs thoraciques.
  • Côté traitement : « Les femmes ont 34% de chances en moins de bénéficier d’un pontage, de la pose d’un stent ou de tout autre intervention chirurgicale visant à déboucher les artères, 16% de se voir conseiller un traitement à l’aspirine en prévention et 24% de recevoir une prescription de statines pour baisser leur taux de cholestérol« , regrette le docteur McGregor. « De plus, celles qui pouvaient prétendre à la réadaptation cardiaque n’en ont pas bénéficié ces trente dernières années, bien que l’on note une tendance à l’amélioration.« 

AVC: des signes mal interprétés

Symptômes communs : visage qui se déforme, trouble du langage, membre paralysé…

Chez les femmes : des douleurs, vertiges, maux de tête, une altération de l’état mental…, sont présents chez 43% d’entre elles, selon une étude présentée au congrès de l’association américaine sur l’AVC.

Ce qui peut être amélioré :

« Il existe encore un fossé entre le pronostic de l’AVC chez les femmes et chez les hommes« , indique le Dr Yann Béjot, neurologue au CHRU de Dijon, lors d’un récent congrès de la Société française neuro-vasculaire. Elles ont aussi moins de chances de recevoir un anticoagulant après un AVC. Un écart qui persiste, même s’il se resserre avec les années.

L’hypertension : des manifestations souvent attribuées à la ménopause

Symptômes communs : une élévation de la pression artérielle, définie par une tension systolique (lorsque le cœur se contracte) à plus de 140mm de Hg (mercure) ou une tension diastolique (quand le cœur se relâche) à plus de 90mm Hg, traduit une hypertension artérielle. Elle n’induit généralement pas de symptômes, mais une « poussée hypertensive » peut parfois provoquer un malaise, un étourdissement, des céphalées et des troubles visuels.

Chez les femmes : des palpitations, bouffées de chaleur, maux de tête, ainsi que des douleurs thoraciques et troubles du sommeil.

Ce qui peut être amélioré :

Ces symptômes sont souvent imputés à la ménopause ou au stress. Selon la Société européenne de cardiologie, jusqu’à 50% des femmes développent une hypertension avant 60 ans. « L’absence de dépistage, et donc de traitement, augmentent leur risque de fibrillation atriale, d’insuffisance cardiaque et d’AVC« , déplore le Pr Angela Mass (Pays-Bas), qui a coordonné des recommandations européennes sur le sujet.

BPCO : une maladie des bronches qui touche autant les femmes que les hommes

Symptômes communs : la bronchopneumopathie chronique obstructive se manifeste par une bronchite chronique, de l’essoufflement, une toux matinale avec des crachats, etc.

Chez les femmes : on observe moins d’expectorations, mais davantage de toux nocturne, de dyspnée (difficulté à respirer) et de fatigue.

Ce qui peut être amélioré :

Les femmes à risque sont jeunes, ont commencé à fumer assez précocement et ressentent, la plupart du temps, un essoufflement. « Elles ne pensent pas à consulter, car elles se disent uniquement « fatiguées » et non pas « essoufflées »« , fait remarquer le Pr Chantal Raherison-Semjen, pneumologue et présidente de la Société de pneumologie de langue française (SPLF) et coresponsable du groupe « Femmes et poumon ». « Comme aucune anémie n’est mise en évidence, la fatigue est alors mise sur le compte d’une anxiété ou une dépression ! Et lorsqu’elle est, malgré tout, envisagée, c’est un diagnostic erroné d’asthme qui est posé, dans l’immense majorité des cas.« 

Plus d’effets indésirables ?

Sur 86 médicaments (antidépresseurs, somnifères, analgésiques, neuroleptiques, traitements anticonvulsions, etc.), 76 se retrouvent à des concentrations sanguines plus importantes chez les femmes et leur élimination prend plus de temps. De plus, dans 90% des cas, les effets secondaires sont plus graves (nausées, céphalées, déficits cognitifs, convulsions, anomalies cardiaques…). « Tous ces effets seraient plus fréquents chez les femmes, du fait qu’elles ne bénéficient pas de l’effet protecteur de la testostérone et prennent donc plus de médicaments« , tempère le docteur Lapeyre-Mestre.

Douillettes, mais pas « chochottes » !

« La douleur chronique (lombaires, migraines, fibromyalgie, etc.) est plus fréquente chez la femme« , affirme le Pr Nadine Attal, Inserm U 987, au Centre d’étude et de traitement de la douleur (CEDT) du CHU Ambroise Paré, à Boulogne-Billancourt. La plupart des études expérimentales ont mis en évidence un seuil de tolérance à la douleur plus faible, à mettre sur le compte des œstrogène, notamment, et de facteurs génétiques. Sachant cela, il faut dépasser les préjugés et ne pas s’interdire de consulter en cas de douleur inhabituelle et/ou brutale.

Bilan sanguin : des spécificités souvent ignorées

Pour une analyse de sang classique (taux de calcium, de sucre, de sodium, de potassium, chlore, etc.), les résultats ne prennent pas en compte certaines particularités liées au sexe.

Ce qui est différent :

La troponine : cette protéine intervient dans la régulation de la contraction cardiaque. « Le cœur des femmes étant plus petit que celui des hommes, les valeurs normales de troponine sont, de fait, plus basses chez elles« , explique le Dr Delphine Collin-Chavagnac, biologiste médicale au laboratoire de biologie médicale multisites du CHU de Lyon et membre du conseil scientifique de la Société française de biologie clinique (SFBC).

Le BNP ou le NTproBNP : ce sont deux biomarqueurs de l’insuffisance cardiaque aiguë. Les valeurs normales dépendent de l’âge mais aussi du sexe, et sont plus élevées chez la femme.

La ferritine : cette protéine assure le stockage du fer dans l’organisme. Son dosage dans le sang permet d’évaluer les réserves, en particulier chez les femmes de moins de 50 ans.

La créatinine : « Ce marqueur de l’insuffisance rénale, s’il augmente, signifie que le rein dysfonctionne. Or, pour bien la mesurer, il est indispensable de tenir compte de la masse musculaire du patient, et donc du poids, de l’âge et du sexe« , rappelle le Dr Collin-Chavagnac.

L’avis de notre experte

Dr Alyson McGregor, urgentiste et enseignante

« Ce n’est pas que dans votre tête, Madame« 

« La plupart des femmes qui se présentent aux urgences à la suite d’un malaise soudain risquent, bien souvent, de se voir renvoyées chez elles avec un diagnostic d’anxiété ! Et, en effet, une crise d’angoisse sévère ressemble beaucoup, à première vue, à un accident cardiaque. Pour différencier une anxiété d’une réelle maladie affectant le cœur, exigez un bilan cardiaque complet (ECG, marqueurs spécifiques, épreuve d’effort, etc.) et ne mettez jamais en doute ce que vous ressentez. »

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