Force mentale, performances : comment la maternité a transcendé ces athlètes

Plus performantes, plus motivées, plus fortes mentalement, plus efficaces à l’entraînement… loin de signer la fin de leur carrière, la maternité peut booster les athlètes. Certaines, comme Allyson Felix ou Aliphine Tuliamuk, en feront peut-être la démonstration aux Jeux olympiques de Tokyo.

Mai 2021, Fort Worth, Texas. La sprinteuse américaine Allyson Felix réalise sa meilleure performance sur 400m depuis 2017. La sextuple championne olympique n’avait pas couru la distance depuis deux ans. Ce résultat est d’autant plus impressionnant que l’athlète a 35 ans et qu’elle est mère d’une petite fille, née en novembre 2018. Démonstration qu’après une grossesse, rien n’oblige les sportives à baisser en niveau. «Devenir mère n’a aucun impact négatif sur la performance des athlètes, rebondit Carole Maître, gynécologue et médecin du sport à l’’Institut national du sport, de l’expertise et de la performance (Insep). Elles ont toutes les chances de se montrer aussi performantes voire même plus qu’avant la grossesse.»

Rappelons d’ailleurs le cas de l’Anglaise Paula Radcliffe, qui, en 2007, à 34 ans et 10 mois après son accouchement (plus précisément 26 heures de travail et une fracture du sacrum), remporte le marathon de New York. Et puis celui de Tia Hellebaut, championne olympique belge de saut en hauteur et mère de deux enfants, qui déclarait en 2016 : «Je n’ai rien perdu de ma technique. Et je peux affirmer que je suis plus puissante qu’avant mes grossesses. Ces deux épreuves m’ont renforcée.»

Plus puissantes

Non seulement les compétences physiques reviennent, mais «elles peuvent même revenir encore mieux», confirme Nodjialem Myaro, ancienne handballeuse professionnelle et présidente de la Ligue féminine de handball depuis 2013. La preuve par les scores : sept mois après avoir accouché de jumeaux, elle intègre l’équipe de Nice, la fait monter en première division et l’emmène jusqu’au titre de vice-championne de France. «Déjà, il y a ce temps pendant la grossesse où l’on est plus à l’écoute de soi car à l’écoute de l’intérieur de son corps, explique-t-elle. Après l’accouchement, on renoue avec des sensations, on redécouvre ce corps modifié. Résultat, on est tellement connectée à lui qu’on peut même être encore plus en phase».

La boxeuse Sarah Ourahmoune (1) l’a également expérimenté. Quand elle échoue en 2012 à se qualifier pour les JO de Londres, elle décide de mettre sa carrière entre parenthèses et donne naissance à son premier enfant. En 2016, elle monte sur le podium des Jeux olympiques de Rio et brandit la médaille d’argent. «Je ne pensais pas pouvoir progresser techniquement à cet âge-là (31 ans, NDLR). Et pourtant, le fait d’avoir modifié ma manière de m’entraîner m’a aidée à progresser, même en fin de carrière», raconte celle qui vient d’accoucher de son troisième enfant.

Pour les athlètes, le retour au sport de haut niveau dépend surtout du travail effectué en amont. «Tout est question d’anticipation», commente la gynécologue Carole Maître. Selon la médecin, il suffit de contrôler la prise de poids, en veillant à ce qu’elle ne dépasse pas 10 à 12 kilos et de maintenir une activité physique adaptée. «On peut revenir au même niveau de performance six mois après le post-partum si on a anticipé les choses pendant la grossesse. Selon les sports, ça peut même être plus tôt.»

Dans les cas de Sarah Ourahmoune et Nodjialem Myaro, ce suivi sportif pendant la grossesse n’avait même pas eu lieu. Appartenant à une génération où l’hypothèse de concilier maternité et carrière sportive n’existait pas, aucune des deux n’avait prévu un retour à la compétition une fois devenue mère.

La maternité, un booster de carrière ?

«Le fait de s’épanouir personnellement, sans que cela ne soit lié au sport, renforce la plénitude et l’assurance des sportives, poursuit la Dr Carole Maître. Mener à bien ce choix personnel de la grossesse les remotive souvent, les redynamise et redonne même un second souffle à leur carrière.» Sarah Ourahmoune en témoigne : «J’avais en tête de reprendre la boxe même avant d’être enceinte, mais j’étais persuadée qu’une fois mon bébé dans les bras, je n’aurais plus envie de remonter sur le ring ni de me faire mal, que mon attention serait uniquement portée sur mon enfant. En fait, l’envie de recommencer à boxer a été encore plus forte après la naissance de ma fille.»

Les sportives interrogées affirment que la grossesse les a rendues «beaucoup plus efficaces». «Quand je partais en stage d’entraînement, c’était atroce, je culpabilisais énormément, se souvient Sarah Ourahmoune. Alors il fallait que ce temps passé loin de mon enfant soit vraiment utile.» Même son de cloche du côté de la sprinteuse française Orlann Ombissa-Dzangue : «Le fait d’avoir une vie en dehors du sport me rend plus performante, plus ambitieuse. Quand je m’absente, je me dis que quitte à partir, autant me donner à 100 %.»

Concilier maternité et carrière

La boxeuse française Sarah Ourahmoune après sa victoire contre la Colombienne Ingrit Lorena Valencia Victoria, aux JO de Rio en 2016. (Rio de Janeiro, 18 août 2016).

Les temps changent, note Carole Maître. «Il y a dix ans, on n’était même pas sûr qu’il était possible d’avoir un retour à la performance», commente la médecin, tout en ajoutant que les entraîneurs et les préparateurs physiques sont ainsi plus ouverts et disponibles vis-à-vis de la grossesse des sportives. Un grand pas pour des athlètes qui auparavant attendaient souvent leur deuxième participation aux JO, pour faire un enfant. Une olympiade se déroulant tous les 4 ans, cela pouvait les obliger à attendre huit ans. Avec une diminution progressive de la fertilité à partir de 35 ans, le timig pouvait fragiliser leurs possibilités de grossesse. Désormais, elles anticipent de façon à être enceinte entre deux olympiades.

Récemment, la sprinteuse américaine Allyson Felix avait affirmé que les sportives n’avaient pas à choisir entre la compétition et la maternité. Elle avait d’ailleurs vivement dénoncé la politique de son sponsor de l’époque Nike, qui rémunérait ses athlètes en fonction de leurs performances à leur retour de congé maternité et durant douze mois. Après la polémique, la marque américaine avait d’ailleurs supprimé cette clause.

Animée par la volonté d’aider les sportives à concilier maternité et carrière, Allyson Felix a créé le 8 juillet une subvention pour leur apporter une aide financière, en partenariat avec son nouveau sponsor Athleta et l’association Women’s Sports Foundation. Cette bourse est destinée à payer les frais de garde d’enfants des sportives professionnelles lors de déplacements pour des compétitions, les coûts supplémentaires pour les y amener, leur repas ou frais médicaux. Les athlètes qui toucheront la suvention bénéficieront de 10.000 dollars, soit environ 8500 euros sur l’année. Parmi les sportives sélectionnées pour recevoir cette bourse figure la coureuse de fond Aliphine Tuliamuk. En mai, elle avait lancé une pétition pour avoir le droit d’amener son bébé allaité aux JO de Tokyo. Le 30 juin, les organisateurs des Jeux les y ont autorisées.

(1) Mes combats de femmes, Sarah Ourahmoune, Éd. Broché, 234 pages, 20 euros.

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