Gautier Capuçon : "C'est parfois difficile, en tant qu'interprète, de savoir jusqu'où on peut se laisser submerger par ses émotions"

Gautier Capuçon est violoncelliste. Tous les styles de musique l’intéressent, le classique, le romantique, le moderne. Il est aussi soliste d’orchestre et considéré comme l’un des ambassadeurs les plus éminents du violoncelle du XXIᵉ siècle. Il se produit dans le monde entier et est également soucieux de transmettre. Depuis 2014, Gautier Capuçon est jury dans l’émission de télévision Prodiges et cette année, il a créé sa propre fondation pour aider les jeunes musiciens talentueux a débuté leur carrière. 

Ce vendredi 4 novembre, sort son nouvel album, Sensations. C’est le dernier volet d’une trilogie musicale entamée avec : Intuition et Émotions. Vingt pièces savamment choisies composent ce petit dernier. On y retrouve Les Moulins de mon cœur de Michel Legrand, Amazing Grace, La Liste de Schindler de John Williams, My way, West Side Story de Bernstein, mais aussi Roméo et Juliette de Prokofiev.

franceinfo : Quelque chose a changé dans votre façon d’interpréter cette musique, vous semblez être plus léger. Vous le ressentez ?

Gautier Capuçon : Oui. Il s’est passé beaucoup de choses ces deux dernières années, notamment la période Covid, la prise de conscience de certaines choses, tout simplement être soi. On réalise de plus en plus ce qu’on a envie de faire, presque ce pourquoi on est là, en fait.

J’ai toujours fait les choses avec le cœur, avec instinct. Parfois, on rencontre des difficultés, mais elles vous permettent d’avancer et aussi de vous conforter dans ce à quoi vous tenez et croyez. Croire en ses rêves.

à franceinfo

Ces trois volets montrent à quel point le violoncelle peut finalement être une forme de continuité dans les souvenirs. Est-ce que le violoncelle est un prolongateur d’émotions ?

Oui, complètement. Le violoncelle, c’est ma voix. C’est ce qui me permet de m’exprimer, de dire toutes ces émotions que parfois on a du mal à formuler avec des mots, c’est mon cas. Le violoncelle, c’est aussi le plus grand psychologue. C’est vraiment un miroir qui permet, quand on se laisse emporter par la musique, quand on se laisse surprendre par l’inspiration, par des sons que l’on va sortir sur le violoncelle, aussi de comprendre un certain nombre de choses.

Avec le violoncelle, je sens que je n’ai aucune limite, aucune pudeur. Je peux parler de tout, de ce que je ressens.

à franceinfo

Vous êtes de plus en plus proche de votre public. Le deuxième volet a reçu l’unique disque d’or classique, tous labels confondus, de l’année 2020, meilleure vente de 2020 et 2021. Comment avez-vous vécu ce succès, ces récompenses, cet amour du public, la reconnaissance du milieu aussi ? 

On a tous réalisé à quel point on avait besoin de l’art, du spectacle vivant, de la culture. Sans art, on meurt d’une certaine manière. Et pour répondre à votre question, cette relation avec le public, elle a toujours été là. Quand on est sur scène, il y a un public, on joue pour un public, on sait qu’on partage des choses, on le sait tout ça. Mais en fait, je ne l’avais jamais ressenti de manière aussi forte. Je n’avais jamais reçu autant ou en tout cas, je ne l’avais jamais perçu de cette manière si profonde. Et c’est une relation qui se développe beaucoup plus depuis deux années. En fait, cette relation avec le public par des échanges m’ont permis de comprendre la mesure de la profondeur de cette relation.

Je voudrais qu’on parle des musiques de films choisies : vous êtes vraiment allé chercher des pièces très fortes.

Oui, ce sont des œuvres qui me bouleversent. C’est pour ça que j’ai envie de les partager. C’est vrai qu’elles sont puissantes. C’est parfois difficile, en tant qu’interprète de savoir jusqu’où on peut se laisser submerger par ses émotions. Je n’ai pas la réponse. J’espère que la fin de ma vie, je l’aurai. Mais ça reste très mystérieux. Qu’est-ce qui passe dans ce qu’on donne ? Est-ce qu’on doit se garder une certaine distance ou est-ce qu’on peut se jeter vraiment à corps perdu dans ses émotions ?

On a Roméo et Juliette aussi…

Ah ça, je rêvais de le jouer depuis longtemps, La danse des chevaliers, c’est extraordinaire et je dois dire que ça fonctionne très bien au violoncelle. Encore une fois, je dis un grand bravo à Jérôme Ducros parce qu’il a ce don… Arrangé, c’est très complexe, ça peut être génial, comme ne pas mettre du tout en valeur l’œuvre. Lui a ce talent-là.

Vous avez décidé de reprendre Nessum Dorma de Puccini. Est-ce que ça vous arrive de pleurer quand vous vous interprétez une œuvre comme celle-ci ?

Oui, ça m’arrive sur scène. Quand j’étais plus jeune, je me l’interdisais. Je coupais tout de suite. C’est comme si j’avais peur. Il y avait trop de pudeur, il y avait la peur de trop donner et que ça ne passe pas à la scène. Aujourd’hui, j’accepte. C’est un sentiment tellement fort de se laisser emporter, envoler par la musique.

Que représente Sensations pour vous ?

C’est un peu comme une photographie, à un moment précis, dans une vie, des choses que l’on ressent, des choses que l’on a envie de dire. C’est une certaine évolution. Ça représente beaucoup de choses personnelles.

Vous serez le 1ᵉʳ décembre au Cirque d’Hiver à Paris, le 5 novembre prochain dans la salle Arletty, à l’Espace Michel Simon, Noisy-le-Grand. Le fait de rencontrer votre public en vrai, c’est la continuité absolue, obligatoire ?

Mais oui. Surtout que ce n’est pas le genre de programme qu’on fait normalement dans la musique dite ‘classique’. C’est un programme où je parle, où je présente les œuvres, je raconte des choses que je ressens. Chaque soir, c’est un peu différent. J’ai hâte de faire ce concert le 1ᵉʳ décembre au Cirque d’Hiver, parce qu’on sera avec toute l’équipe. Et c’est l’aventure qui continue, l’aventure artistique et émotionnelle de ce disque qui continue.

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