Grève des sages-femmes : une revalorisation salariale qui ne fait pas l’unanimité

Depuis plusieurs mois, les sages-femmes ont lancé un mouvement de grève. Elles s’indignent contre des conditions de travail impossibles et des salaires insuffisants.

Le 22 novembre, gouvernement et syndicats hospitaliers de sages-femmes se sont mis d’accord sur une revalorisation salariale de 500 euros. Cette revalorisation comprend 183 euros déjà versés depuis le Ségur de la Santé de l’été 2020, 240 euros de prime d’exercice médical, ainsi que 78 euros pour les sages-femmes travaillant dans les hôpitaux publics.

Pour de nombreuses sages-femmes, ces mesures ne sont pas à la hauteur de leurs espérances. Entretien avec l’une d’entre-elles : Anna Roy, aujourd’hui sage-femme libérale en Île-de-France et autrice du podcast Sage Meuf sur Europe 1.

Marie Claire : êtes-vous satisfaite de l’annonce du gouvernement ?  

Anna Roy : À titre personnel, je ne suis pas satisfaite de ces annonces, car la principale revendication était la question des effectifs en maternité. Pour moi, c’est le premier levier d’attractivité qui donnerait envie aux sages-femmes de retourner dans les hôpitaux pour prendre correctement en charge les femmes. C’est une revendication qui fait l’unanimité. Elle est demandée par les instances gynécologiques, les pédiatres, les réanimateurs… La revalorisation est une façon de nous donner un morceau de sucre pour nous faire taire !

Ces mesures restent largement insuffisantes eu égard aux enjeux qui touchent l’obstétrique et la gynécologie.

Aussi, la revalorisation salariale ne concerne pas TOUTES les sages-femmes. Je suis sage-femme libérale – j’ai démissionné de l’hôpital le 1er octobre – et mon travail a de la valeur, mais je n’ai aucune augmentation. Il faut prendre en compte qu’il n’y a pas que les sages-femmes hospitalières. Quid des sages-femmes du privé, libérales, territoriales, etc. ?

EN revanche, je suis très contente qu’une 6ème année d’études soit mise en place.

Qu’en est-il des revendications concernant le manque d’effectifs et de temps, ainsi que les moyens mis à la disposition des sages-femmes ?  

Effectivement, il n’y a pas eu de discussions sur les effectifs. Pourtant, c’est un problème dans tous les services hospitaliers actuellement et le gouvernement s’obstine à ne pas comprendre. Plus on va avancer dans le temps, plus les soignants vont partir. On forme des gens sur six ans maintenant – et cela coûte cher à la société – pour qu’ils finissent par partir.

Tout le monde dit qu‘il faut ‘sauver l’hôpital’, mais il n’y a pas que l’hôpital. Il faut revoir l’histoire de la santé et de l’obstétrique en France. Par exemple, il faut se poser la question des accouchements à domicile et offrir un cadre de sécurisé et pérenne pour cette option-là.

Le gouvernement s’obstine à ne pas comprendre.

Comptez-vous continuer à faire grève ?

Oui, car la maltraitance dont beaucoup de femmes ont fait l’expérience me rend malade et ce n’est pas parce que les sages-femmes vont avoir une revalorisation salariale que cela va changer quoi que ce soit à cette question.

La 6ème année et la revalorisation sont de bonnes mesures, mais elles restent largement insuffisantes eu égard aux enjeux qui touchent l’obstétrique et la gynécologie. Aujourd’hui, quand une femme fait une fausse couche ou développe une grossesse extra-utérine, elle est reçue comme un chien dans un jeu de quilles. Donc pour les patientes, ces mesures ne vont rien changer. Je me suis engagée pour elles et je veux aussi voir leurs conditions de prise en charge s’améliorer.

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