Hausse des féminicides : le Grenelle des violences conjugales est-il un échec ?

En 2019, 146 femmes ont été tuées par leur partenaire, soit une hausse de 21% par rapport à l’année précédente. Pour Julie Gayet, la lutte contre les violences faites aux femmes «est un échec de Marlène Schiappa» et plus largement du quinquennat d’Emmanuel Macron.

En 2019, 146 femmes ont été tuées par leur partenaire, soit 24 victimes de plus qu’en 2018. Cela représente une augmentation des cas de féminicides de 21% sur un an, observe l’étude du ministère de l’Intérieur relative aux morts violentes au sein du couple, rendue publique lundi 17 août. Face à ce constat, Julie Gayet élève la voix. L’actrice et productrice, engagée depuis plusieurs années dans la lutte contre les violences faites aux femmes, considère notamment que le Grenelle des violences conjugales a été «une déception terrible». «Presque rien n’a été débloqué [financièrement] ou très peu», déplore-t-elle au micro d’Europe 1, mercredi 19 août. «C’est un échec de Marlène Schiappa, c’est clair. Et on attend maintenant une réaction à ces chiffres, car c’est très violent.»

Pour changer la donne, Julie Gayet réclame «de l’action et des moyens». «Il y a eu une étude, on a donné des chiffres : c’est entre 500 millions et 1 milliard pour l’État, pour pouvoir agir comme en Espagne. Et en Espagne, ça [les violences] a reculé», a rappelé la comédienne.

“Un pays qui échoue”

Invité sur France Inter ce jeudi 20 août, le député du Lot, Aurélien Pradié, partage le même avis. «Ce chiffre (des 146 femmes tuées par leur conjoint en 2019, NDLR), c’est une honte absolue. Un grand pays comme la France qui n’est pas capable de réduire le nombre de féminicides est un pays qui échoue», dénonce le secrétaire général des Républicains, à l’origine d’une proposition de loi portant sur la généralisation du bracelet anti-rapprochement. «Il y a des mots forts et des actes faibles» sur la protection des victimes de violences conjugales, considère-t-il. Je continue à dire que sur ce sujet, notre pays et notre gouvernement ne sont pas à la hauteur, peut-être de la communication mais pas des actes. Il faut aller beaucoup plus loin.»

En vidéo, les vrais chiffres des violences faites aux femmes

Neuf mois après le Grenelle ?

Neuf mois après la conclusion du Grenelle contre les violences conjugales qui s’st tenu du 32 septembre au 25 novembre 2019, deux lois ont été votées, en décembre 2019 et en juillet dernier – mais la plupart des mesures ne sont pas encore appliquées. On fait le point :

Les places d’hébergement d’urgence

En 2020, 1000 nouvelles places d’hébergement et de logement d’urgence, ouvertes aux femmes fuyant leur domicile en raison des violences, ont été créées, assurait en mars l’ex-secrétaire d’État à l’égalité femmes-hommes Marlène Schiappa. Elles se composent de 250 hébergements d’urgence et 750 solutions de relogement temporaire pour les victimes, sous la coordination des préfets. Pourtant, «impossible de savoir où sont ces places», nuance la présidente de la Fondation des femmes, Anne-Cécile Mailfert, qui explique que les associations ont des difficultés à identifier les lieux d’accueil.

Les bracelets anti-rapprochement

C’est l’une des mesures phare promises pour lutter contre les féminicides. Les 1000 premiers bracelets anti-rapprochement pour les conjoints ou ex-conjoints violents seront déployés en septembre, a promis en juillet le garde des Sceaux Éric Dupond-Moretti. Ce dispositif, qui existe dans plusieurs pays européens – notamment en Espagne, où les féminicides ont baissé de manière significative – permettent de les géolocaliser et de les maintenir à distance par le déclenchement d’un signal. «L’appel d’offre a mis énormément de temps, cela va faire un an qu’on attend alors qu’il s’agit d’une mesure d’urgence», regrette Anne-Cécile Mailfert de la Fondation des femmes auprès de l’AFP, «et quand le temps court, les meurtres s’accumulent.»

Le numéro d’urgence 3919

Cette ligne d’urgence pour les femmes victimes de violences conjugales n’est aujourd’hui ouverte que de 9 à 19 heures, du lundi au samedi. Alors qu’elle devait être opérationnelle 24 heures sur 24 «d’ici la fin de l’année», comme l’avait assuré Marlène Schiappa. L’extension de la plage horaire est désormais repoussée au printemps 2021.

Les ordonnances de protection

Ce dispositif vise à protéger la victime de violences conjugales en lui accordant des mesures de protection judiciaire. Il permet, par exemple, d’obtenir d’un juge l’interdiction au conjoint violent d’entrer en contact avec sa femme. Un décret visant à faciliter le recours à ces ordonnances est entré en vigueur le 3 juillet. Par ailleurs, une loi, adoptée en décembre, a ramené à six jours le délai d’obtention de ce dispositif, contre 42 jours en moyenne jusqu’alors. En 2019, quelque 4000 ordonnances de protection ont été demandées, soit 20% de plus par rapport à 2018, selon des chiffres du gouvernement.

La levée du secret médical

La proposition de loi adoptée le 22 juillet par le Parlement, destinée à mieux «protéger les victimes de violences conjugales», introduit notamment une exception au secret médical en cas de «danger immédiat». Cette disposition autorisera tout médecin ou professionnel de santé à déroger au secret lorsqu’il «estime en conscience» que les violences menacent la vie de la victime, et qu’il y a une situation d’emprise. Après avoir suscité le débat au sein de l’hémicycle, certains élus pointant du doigt le risque d’une «perte de confiance» entre la victime et son médecin, un décret d’application de cette mesure est en préparation au ministère des Solidarités et de la Santé.

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