Julie (en 12 chapitres) : la très soutenable légèreté d’être

Peut-être que la vie se résume à cela : espérer fort un futur, avant qu’il nous revienne comme un boomerang sous la forme d’un passé amèrement ressassé. Entretemps, que s’est-il passé ? Il faudra douze chapitres délivrés à un tempo vif, joyeusement vivant, pour le savoir.

Julie en quête de sens

Julie est une trentenaire charmante et paumée comme il en existe tant : après des études de médecine interrompues, elle se destine à l’examen de la psyché humaine, puis – rien à voir – à la photographie.

Mais au fond, ce qui lui importe, ce sont les relations amoureuses. Et plus particulièrement celle qu’elle noue avec un auteur de BD à succès plus âgé qu’elle, aussi doué que narcissique et égoïste. Julie se retrouve parachutée dans un monde de quadras artistes et se met à rédiger, pour tromper l’ennui, des chroniques piquantes et féministes sur le sexe.

Avant de succomber au charme d’un nouveau mâle. C’est une fille de son temps. Une jeune femme en quête de sens qui attend de la vie qu’elle la révèle à elle-même. En vain…

Hédoniste et solaire

Au gré de ces douze sections, Julie (incarnée par la formidable Renate Reinsve, Prix d’interprétation à Cannes en juillet dernier) va de surprises en désillusions et voit le tourbillon de la vie tourner à vide.

Joachim Trier filme avec une grâce extraordinaire les pleins et les creux de ces arabesques existentielles : le monde arrêté le temps d’un coup de foudre, la drague dans une fête, le face-à-face glaçant avec un père absent, l’irruption de la maladie…

Cette alternance de moments légers et de coups durs si étroitement imbriqués, le cinéaste les capte d’une manière unique. On se souvient du parcours inexorable du héros vers son suicide dans Oslo 31 août, le second long métrage de Trier.

Julie en est le pendant féminin, le contrechamp hédoniste et solaire. Et pourtant, un même vertige se dégage du sentiment diffus que le monde reste profondément inhabitable. Le temps est impossible à saisir, sinon à travers le souvenir d’un présent transmué en regret.

Le cinéaste norvégien réussit à capter ce vertige temporel dans une chambre d’hôpital. En un clin d’œil, ce que Julie pensait encore appartenir à son présent est devenu son passé. Et c’est dans cette épaisseur tragique qu’elle puise la bonne distance – et la bonne coupe de cheveux ! – pour vivre sa vie. Une vie qui lui ressemble, nourrie mais délivrée de ses modèles (masculins). Cela s’appelle peut-être l’expérience.

De Joachim Trier, avec Renate Reinsve, Anders Danielsen Lie, Herbert Nordrum. En salle le 13 octobre.

Ce papier a été initialement publié dans le numéro 830 de Marie Claire, daté novembre 2021.

  • Mourir peut attendre : Daniel Craig, l’agent qui ne voulait plus être le mâle alpha
  • Dune, odyssée magistrale qui consacre Timothée Chalamet en nouvelle idole

Source: Lire L’Article Complet