Keiko, l'orque star de cinéma

La vedette du film Sauvez Willy a été le premier animal de parc aquatique rendu à la vie sauvage.

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En 1979, une orque âgée de 2 ans est capturée près des côtes islandaises. Présentes dans tous les océans de la planète, les orques (orcinus orca), aussi appelées épaulards, sont connues pour leur structure sociale complexe et leur grande intelligence, qui en fait de parfaites attractions de parcs animaliers. Celle-ci, un mâle baptisé Keiko, qui signifie chanceux en japonais, vivra une jeunesse douloureuse dans les bassins, avant qu’un film hollywoodien à succès ne fasse basculer son destin.

Triste captivité

Une fois capturé, Keiko est vendu à l’aquarium local de Hafnarfjördur. Il y reste trois ans avant d’être acheté par le Marineland de Niagara Falls (Canada), où il manifeste ses premiers signes de mal-être : sa nageoire dorsale s’affaisse, il souffre de lésions cutanées et de stress en raison de persécutions par des orques plus âgées. En 1985, il est vendu pour 300 000 dollars au Reino Aventura (aujourd’hui Six Flags) de Mexico. Ses conditions de captivité y sont encore pires : Keiko évolue dans une piscine de 3,60 mètres de profondeur conçue pour des dauphins, avec une eau à 27 °C (contre 4 à 10 °C dans son milieu naturel), salée artificiellement, chlorée et sans nutriments. Sa santé se dégrade encore davantage, d’autant qu’il est tenu de présenter cinq spectacles quotidiens. Son existence est bouleversée quand, en 1991, les producteurs du studio Warner Bros, à la recherche d’une orque pour leur film Sauvez Willy, découvrent Keiko.

Célèbre et aimé des enfants

Impressionnés par les liens qu’il a tissés avec les humains, ils en font la star de leur superproduction. Keiko joue le rôle d’un cétacé promis à la mort par son propriétaire, avant d’être sauvé par un enfant rebelle (Jason James Richter), devenu son ami. Le film est un immense succès (150 millions de dollars de recettes), qui poussera les producteurs à tourner deux suites : Sauvez Willy 2 et Sauvez Willy 3, La Poursuite. Après une enquête du magazine Life, le public réalise toutefois ce que sont les tristes conditions de vie de l’orque-star : Keiko ne parvient plus à rester sous l’eau plus de trois minutes, sa maladie de peau s’est aggravée, il est en danger de mort. Des enfants du monde entier envoient des lettres, des dessins et même leur argent de poche pour demander sa libération. Les studios Warner Bros, soucieux de l’image de leur héros, doivent envisager qu’il soit renvoyé dans son habitat naturel.

Une chaîne de solidarité se met en place. Grâce aux dons des studios, du public, de la Humane Society et du milliardaire de la téléphonie Craig McCaw, la fondation Free Willy construit un luxueux bassin de réadaptation (7 600 m3, 7,3 millions de dollars) dans l’Oregon, aux Etats-Unis. En 1996, Keiko rejoint cet espace quatre fois plus grand que celui dans lequel il vivait au Mexique et qui est composé d’eau de mer, un luxe qu’il n’avait plus connu depuis sa capture. Il réapprend à manger du poisson vivant. Un écran lui projette images et sons de ses congénères, pour le familiariser avec son espèce. Il retrouve la santé. Il mesure alors 7 mètres, pour un poids de plus de 5,6 tonnes.

Libre sans l’être

Deux ans plus tard, des experts décident que Keiko est prêt à être transféré dans ses eaux natales. Le 9 septembre 1998, un avion-cargo de l’armée de terre le transporte sur l’archipel des Vestmann, au sud de l’Islande. Une petite baie clôturée lui est réservée pour poursuivre sa réadaptation. Très vite, il apprend à suivre le bateau de ses entraîneurs pour nager hors de son enclos. Un dispositif de traçage placé sur sa nageoire dorsale permet de connaître ses déplacements. Il recommence à chasser, se nourrit seul et montre un certain intérêt pour d’autres orques, sans toutefois rejoindre un groupe. En 2001, les entraîneurs ouvrent son parc marin. Keiko s’aventure au large à plusieurs reprises, mais revient toujours dans la baie. A l’été 2002, il entreprend un voyage de cinq semaines et 1 400 km à travers l’Atlantique Nord, jusqu’en Norvège. Mais, sur place, il cherche à nouveau la compagnie des humains. Des touristes se jettent à l’eau pour nager avec lui ; il les laisse grimper sur son dos. Il n’est en réalité jamais redevenu une orque sauvage. Le 12 décembre 2003, son corps sans vie s’échoue sur le rivage du fjord d’Arasvik. Keiko a succombé à une pneumonie aiguë. Sa mort suscite une grande émotion dans le monde entier.

Les scientifiques divisés

La réintroduction dans l’océan des orques ayant connu la captivité est-elle viable ? Mort à 27 ans, contre 35 à 60 ans en moyenne pour une orque sauvage, Keiko a vécu plus longtemps que ses congénères captifs. Et 22 orques en captivité sont décédées jeunes, entre 1994 et 2002. Mais Keiko jamais n’a pu se passer des hommes pour se réintégrer à un pod, la structure sociale des orques de pleine mer.

Info secrète

Keiko a été enterré aux abords du village de Halsa (Norvège) par un jour de blizzard. « Il est mort libre, en ambassadeur de la nature », s’est félicité Jean-Michel Cousteau, impliqué dans son retour à la vie sauvage à la tête de l’Ocean Futures Society. Des enfants ont dressé un cairn, un grand monticule de pierres, pour marquer le lieu de sa sépulture.

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Article paru dans le numéro Femme Actuelle Jeux Animo n°2 juillet-août 2020

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