Le cœur des fans balance entre la VO et la VF de la réunion « Friends »

  • L’épisode des retrouvailles de « Friends » sera disponible dès ce jeudi sur HBO Max aux Etats-Unis, et sur Salto en France.
  • Pour regarder cette « réunion » en version française, il faudra patienter quelques semaines avant sa diffusion sur TF1.
  • En quelle langue regarder « Friends » ? Les fans de la série sont tiraillés entre la VO et la VF.

Attention, dilemme en perspective. Comme tout fan de Friends qui se respecte, vous savez déjà probablement que ce jeudi, HBO Max diffusera la « Friends reunion »,
l’épisode spécial de la série qui célèbre les retrouvailles de Chandler, Monica, Joey, Phoebe, Ross et Rachel, après 17 ans d’absence. Pour le voir en France,
il faudra se rendre sur Salto, où la plateforme le diffuse le jour même, mais en version originale… Car il faudra patienter quelques semaines avant que TF1 ne le propose en version française (la date exacte n’est pas encore connue), avec les voix « originales » de doublage, avançait en début de semaine
Puremédias.

Mais finalement, en quelle langue ça se regarde Friends ? Le débat sur la VO et la VF divise depuis belle lurette les fans, partagés entre authenticité et nostalgie. Nouveau dilemme en date : faut-il se ruer dès ce jeudi sur l’épisode spécial, ou prendre sur soi quelque temps afin de retrouver les voix qui ont bercé notre enfance et notre adolescence ?

Des voix « madeleine de Proust »

« Personnellement, je préfère la version française, affirme Aymeric, 27 ans, un lecteur de 20 Minutes qui a répondu à
notre appel à contributions. Non seulement pour une question de compréhension mais aussi parce que c’est dans cette version-là que j’ai découvert la série et ses personnages durant ma jeunesse. Ce serait donc un réel plaisir nostalgique de les entendre à nouveau avec ces voix-là. » Un point de vue partagé par Clémentine, 26 ans, pour qui les voix françaises sont « associées à son enfance ». « Elles ont un côté madeleine de Proust dont je ne me lasse pas », confie-t-elle. Et en effet, pour beaucoup de fans de la série qui l’ont découverte à la fin des années 1990 sur France 2 (après une première diffusion en VOST sur la chaîne payante Canal J), ces voix sont gravées dans leur mémoire. Indissociables de leurs expériences propres, elles agissent ainsi comme une formidable machine à remonter le temps.

Parmi ces voix, il y a notamment celle de Mark Lesser, la voix française si identifiable de Joey. Il a joué la doublure vocale de Matt LeBlanc jusqu’à la saison 9 (et l’a redoublé plus récemment dans la série Episodes), avant d’être remplacé par Olivier Jankovic à la suite d’une grève des comédiens pour protester contre leurs salaires en 2003. Il se souvient de ses doublages de Friends avec grande nostalgie lui aussi. « Il ne faut pas oublier que quand on enregistrait, on était tous les six tout le temps au micro, on passait la journée ensemble, on se connaissait bien et il y avait une bonne ambiance », se souvent-il. Un « phénomène de troupe » et une complicité qui ont participé à ce succès de la VF selon lui. « Pour ce genre de séries, et beaucoup de doublage de cette époque, si les gens sont attachés c’est aussi à cette ambiance qui devait transparaître dans les doublages », analyse-t-il.

Jouera-t-il dans la VF de l’épisode spécial ? Que ce soit pour Joey ou pour tous les autres personnages de la série, aucune information n’a été révélée pour le casting français. « Si on m’appelle j’irai le faire volontiers », répond toutefois Mark Lesser avec entrain. « Je trouve que Matt LeBlanc a particulièrement bien vieilli, il assume complètement ce côté clownesque qu’il avait, qui faisait de Joey un personnage marrant, un peu enfantin, qui mettait toujours les pieds dans le plat. Il assume complètement en vieillissant et il le fait super bien », estime-t-il.

Des rires mécaniques et des blagues qui tombent à plat

Si certains n’envisagent pour rien au monde d’abandonner la VF, pour d’autres à l’inverse, Friends ne se regarde qu’en anglais. « C’est en version originale ou rien !, estime ainsi Joseph, 31 ans. Les voix de doublage françaises sonnent “fake” et manquent de spontanéité. » « Je n’aime pas regarder en français car ça perd de tout son charme et de son comique », ajoute par sa part Eve, 38 ans. Que reproche-t-on à la VF ? La question des voix, qui peuvent dénoter avec celles originales, et l’absence du véritable jeu des acteurs, forcément. Il y a aussi le problème des rires qui ponctuent les gags de la série, enregistrés en VF, captés en live en VO.

« C’était joué face à un public, les réactions étaient vraies, explique Marie Telling, coprésentatrice du podcast AMIES, entièrement dédié à Friends, sur
Slate.fr. On le sent vraiment quand on écoute et la version française a vraiment un côté irritant par rapport à ça ». Son acolyte Anaïs Bordages, qui a redécouvert la série pour le podcast, abonde elle aussi dans ce sens. « Ça apporte quelque chose à l’expérience, j’ai adoré entendre les gens qui s’attendrissaient ou étaient choqués, c’était génial ! » Quid de l’épisode spécial ? Tout comme l’intégralité de son contenu, le mystère reste entier concernant le dispositif sonore.

Hormis ces rires, c’est plus globalement la traduction de la série qui peut poser problème pour les fans. Certains déplorent des blagues mal traduites, ou parfois traduites si littéralement qu’elles perdent tout leur sens en français. Quelques subtilités de langage peuvent également avoir été passées à la trappe de la traduction. Des différences telles entre les deux versions que pour Marie Telling, passer de la VF à la VO « est un peu comme revoir la série à l’âge adulte. En français, il y a plein de trucs qui nous échappent parce qu’ils font parfois des sous-entendus, et quand on le revoit en anglais, on comprend ».

Le sens de l’humour et du temps

Il faut dire que l’exercice du doublage est particulièrement complexe pour le domaine humoristique. « Rendre l’humour n’est pas évident, reconnaît Laure-Hélène Cesari, autrice de sous-titrage et de doublage. Quand c’est du comique visuel, on le voit, mais quand ce sont des jeux de mots, il faut obligatoirement que ce soit drôle aussi en français. Et le problème aussi des sitcoms, c’est que ça fuse, vraiment, c’est un ping-pong de mots et il faut vraiment se creuser les méninges et voir si les répliques se répondent bien. Parfois, on est coincé parce que les deux langues sont vraiment très différentes, ou les jeux de mots très difficiles à rendre. »

Tout est dans l’art de la traduction, un travail de précision pour lequel le mot d’ordre est « l’adaptation », explique l’autrice. « Les langues ne se ressemblent pas, les phrasés non plus, tout comme les accents toniques… Il y a des choses qu’il faut adapter ». Et il faut savoir parfois s’éloigner des répliques et des références originales pour trouver des images qui parlent aux spectateurs. D’où le décalage éventuel avec le sens initial de la VO. Mais contrairement à une époque où les auteurs et les autrices avaient une plus grande liberté de traduction, désormais on leur demande de coller au plus près de la version originale. « Parfois les clients demandent même à des traducteurs anglais de prendre le texte de la VF et de le retraduire en anglais pour comparer », précise l’autrice.

Des complexités de traduction liées à la langue, mais aussi des contraintes de temps. « Plus on a de temps pour réfléchir, plus on a de possibilités de revoir l’épisode et de laisser décanter un peu la première traduction qu’on a faite. Si on est pressé, ce n’est pas évident », explique Laure-Hélène Cesari. Or, le temps et les moyens se font de plus en plus rares dans son domaine. « Les conditions de travail se dégradent parce que les tarifs chutent vraiment vertigineusement. Il y a parfois des baisses de 25-30 %. On raccourcit aussi de plus en plus nos délais », déplore-t-elle. Tout comme la VO, la qualité de la VF et de la VOST a un prix.

Un conflit intérieur

L’épisode spécial de la réunion de Friends ne devrait pas échapper à ces problématiques, auxquelles risque de s’ajouter un autre paramètre : la fébrilité. Comment patienter, quand on espère ce retour depuis des années ? « Tout dépend quand TF1 va diffuser l’épisode. L’impatience est si grande, qu’attendre et résister à aller regarder en VO, est difficile, explique notre lecteur Anthony. Deuxième poids dans la balance, les réseaux sociaux… Tout va fuiter dès le lendemain, les critiques vont fuser et ça va gâcher l’attente… » Un problème que ne connaissaient pas les fans de la première heure. Et si la solution était de regarder les deux ? The One Where They Get Back Together jeudi, et Celui où ils se retrouvent plus tard sur TF1 ? 

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