Le jeu vidéo français connaît-il un âge d’or ?

  • Depuis mercredi, à l’ombre des géants du secteur, la Paris Games Week, Porte de Versailles, consacre l’un de ses pavillons aux jeux vidéo made in France.
  • Car le jeu vidéo hexagonal est en plein essor, ces dernières années.
  • Bon nombre de créations s’exportent sur le marché international, des studios sont rachetés par des mastodontes du secteur, ou font de folles levées de fonds.

« C’est le meilleur stand, ici ! Il y a une diversité de jeux incroyable ! », lâche un visiteur exalté, tandis qu’il balaie de la main toutes les pépites qu’il est possible de tester, à l’espace Made in France de la Paris Games Week. Sur ce pavillon de 600 m2, à l’ombre des géants du secteur, le salon des jeux vidéo abrite depuis mercredi, Porte de Versailles, celles et ceux qui font briller les créations françaises partout dans le monde.

Parce que oui, le jeu vidéo hexagonal est en plein essor. Peut-être même connaît-il un véritable âge d’or. Il y a un Ubisoft, bien sûr, dont bon nombre de hits sont fabriqués en France. Mais pas seulement. Depuis quelques années, on ne compte plus les studios indépendants français dont les productions s’exportent au-delà des frontières. Des titres pour la plupart audacieux, étonnants ou courageux, qui se distinguent sur le marché mondial. A Plague Tale : Requiem, conçu par Asobo Studio, à Bordeaux, un jeu d’infiltration dans un Moyen-Âge en proie à la peste. Ou Stray, développé par le studio montpelliérain Blue Twelve, où l’on incarne un chat plus vrai que nature dans un monde cyberpunk. Certains studios frappent tellement juste qu’ils sont même rachetés par des mastodontes du secteur. D’autres effectuent des levées de fonds à peine croyables.

Une « incroyable effervescence »

« Les Etats-Unis sont très en avance, en matière de jeux vidéo indépendants, mais en France, ça a véritable explosé », confie Augustin De Vita, producteur chez Nadeo, le studio parisien qui a développé Trackmania, une série de jeux de course à l’aura mondiale. En 2009, la petite entreprise a même été rachetée par Ubisoft. C’est d’ailleurs, note Augustin De Vita, dans le sillage de ce géant vidéoludique que l’écosystème français a grandi, depuis vingt ans. « Ubisoft a formé des talents, certains sont partis, et ont créé leurs propres studios, explique-t-il. C’est ce qui fait qu’à Montpellier, Paris, Bordeaux ou Lyon, il y a aujourd’hui une incroyable effervescence dans le jeu vidéo. »

Si tant de petits studios se créent, et parviennent, parfois, à imposer leurs créations aux quatre coins du monde, c’est parce que les outils ont évolué, poursuit Augustin De Vita. Les plates-formes de développement Unity ou Unreal ont simplifié le travail de celles et ceux qui ont des idées, et qui veulent les concrétiser « très facilement, et très rapidement. Et puis il y a les stores [les boutiques en ligne], qui permettent de mettre en avant nos jeux. » Bien plus aisément qu’il y a 30 ans, où la seule façon de commercialiser un jeu vidéo, c’était le format physique, en cartouches ou en CD. Encore faut-il, toutefois, se faire une petite place, au milieu des milliers de titres qui débarquent tous les ans sur Steam.

Trackmania, développé par le studio français Nadéo, racheté par Ubisoft.

Un « excellent écosystème »

Pour Laurent Lemoine, le directeur de la production d’Amplitude Studios, « la French Touch » dans le jeu vidéo, ce n’est pas d’aujourd’hui. « Moi, je suis un vieux, se marre-t-il, je me souviens de Delphine Software ou d’Adeline Software, des studios français, qui rayonnaient déjà [dans les années 1990] sur la scène internationale. » Aujourd’hui, si la création française cartonne, c’est grâce, notamment, note Laurent Lemoine, « à notre excellent écosystème. Les écoles préparent très bien les étudiants à ce secteur. On est aussi aidé par les différents gouvernements qui se sont succédé, avec le crédit d’impôt, notamment, qui a été renouvelé. Le CNC [Centre national du cinéma et de l’image animée], aussi, permet de mettre à l’étrier à plein de nouvelles structures. Nous, pour Endless Space, on a reçu une subvention du CNC, et ça nous a permis de faire un jeu qui soit de meilleure qualité encore, et de nous faire remarquer au niveau international. »

Et quand des joueurs se connectent, à l’autre bout du monde, pour jouer à la série Endless, c’est toujours une formidable fierté pour les talents d’Amplitude Studios. « Lorsque l’on regarde les chiffres, et que l’on voit que beaucoup jouent en Australie, à Singapour, tous les retours que l’on a du Japon, de la Corée, on se dit « Mais comment nous, un studio français, on a réussi à les toucher ? » », s’étonne Laurent Lemoine.

« Les Français jouent beaucoup »

Pour Amplitude Studios, Sega y est pour quelque chose. La légende japonaise du jeu vidéo a racheté l’entreprise française, en 2016. Et « ça nous a permis d’être beaucoup plus ambitieux dans nos jeux vidéo, ça nous a énormément aidés », note Laurent Lemoine, qui était chef de projet, à l’époque, quand Sega a tapé à la porte du studio. « Se retrouver à discuter avec des gens qui ont bercé notre adolescence, waouh ! », sourit-il.

Chez Game Source Studio, à Cergy, ce n’est que le début de l’aventure. Leur premier jeu, Mahokenshi, sortira en janvier. Un éditeur du Pays-Bas, Iceberg Interactive, est sur les rangs pour l’éditer. « Et ça, ça nous permettra d’avoir déjà une visibilité internationale », et d’avoir l’oreille des constructeurs de consoles « qui choisissent de mettre en avant, ou pas, les jeux », se réjouit Océane Quimpert, productrice associée du studio. « Ce qui fait notre force, en France, c’est qu’on a un public qui est vraiment friand de jeux vidéo, rajoute-t-elle. Les Français jouent beaucoup. » Dans son dernier baromètre, en 2021, le Syndicat national du jeu vidéo en France (SNJV) comptabilisait 700 studios de jeux en France, 200 de plus que deux ans plus tôt. En moyenne, en 2020, 36,5 % du chiffre d’affaires de ces entreprises avaient été réalisés au niveau international.

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