"Le monde entier a été touché" par l’incendie de Notre-Dame de Paris, constate le documentariste Jules Naudet

Ce qui est incroyable dans ce documentaire, c’est qu’on revit effectivement cette espèce d’émotion, ce silence et le crépitement du feu. On vit quasiment en direct ce qui s’est passé, les décisions prises au fur et à mesure, l’arrivée du président de la République.

Voir les décisions prises aussi bien par les hommes et les femmes au cœur du feu que les décisions difficiles, notamment celle du Général Gallet, commandant des Sapeurs-pompiers de Paris, qui formule un constat avec le président en disant : “Voilà, on pense que nous avons encore une demi-heure avant qu’elle ne s’écroule et la seule façon de la sauver, c’est d’envoyer une espèce de commando d’une vingtaine de pompiers à l’intérieur du beffroi pour éteindre le feu qui se propage et si on ne l’arrête pas, la tour nord va s’écrouler, la tour sud aussi ensuite, c’est le château de cartes”.

D’ailleurs il y a une phrase saisissante du Général Gallet : “On peut avoir trente cercueils aux Invalides si ça ne fonctionne pas” et Emmanuel Macron lui dit : “Allez-y !” C’est un moment très fort.

Oui parce qu’en plus ce sont des moments qu’on ne voit pas généralement. Et on voit cette tension, cette espèce de silence lourd et fort. Et cette décision prise qui est la bonne, mais on ne sait jamais.

La nature du pompier fait que, à tout prix, ils veulent aller au cœur même de la bête parce que c’est ça, c’est un combat un peu mythique de ce dragon contre ces chevaliers, d’une certaine façon.

à franceinfo

Votre parcours est incroyable. Vous avez grandi à Paris. C’est de là que vous vient cette envie de raconter cette belle histoire de Notre-Dame de Paris ?

Né à Paris. J’ai quitté Paris pour New York adolescent, mais ce sont 16 ans de week-ends avec les parents nous baladant dans Paris et on terminait très souvent sur le parvis de Notre-Dame ou à l’intérieur. Oui, c’était personnel. Je me souviens du jour où c’est arrivé, j’étais à New York avec mon frère. Le 15 avril 2019, je me trouve chez moi devant ma télévision et je reçois un SMS d’un ami qui me dit : “Allume la télé, regarde ce qui se passe”. Et là, toutes les chaînes américaines sont en direct et je commence petit à petit à réaliser. Mais c’est beaucoup plus que les Parisiens ou les Français qui sont touchés, c’est le monde entier. Et là, ce symbole, c’est un peu comme les pyramides, la statue de la Liberté. Tout ça, c’est en train, devant nous, de s’embraser, disparaître et c’est une espèce de gouffre qui s’ouvre sous nos pieds, vertigineux. Si cela disparaît, alors plus rien n’est tangible.

Pourquoi la réalisation ?

On le doit à nos parents totalement cinéphiles et surtout notre père, rédacteur en chef du journal Photo. Il connaissait beaucoup de personnages extraordinaires, des photographes, correspondants de guerre qui venaient à la maison et nous racontaient des histoires incroyables. Et donc, forcément, avec mon frère, on buvait leurs paroles pendant les déjeuners et ils nous parlaient de l’importance de capturer l’histoire. Pour eux, c’était dans une image, nous, on l’a fait à travers la vidéo. Mais ça vient de là.

Et la vie va faire que vous allez effectivement capturer l’image et capturer l’histoire. Vous allez être l’auteur d’une des deux vidéos où l’on voit ce vol 11 d’American Airlines s’encastrer dans l’une des deux tours du World Trade Center. Comment vous vous retrouvez là ?

En fait, c’est notre premier documentaire et pendant un an, on a voulu en faire un sur les pompiers de New York. On obtient l’autorisation de filmer toute la période d’entraînement d’une jeune recrue. On le filme jusqu’au 11 septembre, où je suis dans la rue filmant le chef des pompiers.

Là, j’entends ce bruit un peu assourdissant, je lève les yeux, ma caméra est toujours allumée et je vois un avion qui disparaît derrière un immeuble. Je tourne par réflexe. Je vois cet avion qui s’encastre dans la tour.

à franceinfo

Avec les pompiers, je me précipite dans leur voiture et j’arrive dans la tour avec eux où je vais filmer jusqu’à ce que la tour sud s’écroule et nous tient prisonnier à l’intérieur de la tour Nord. Ensuite, on arrive à sortir, accompagnés par des pompiers qui me sauvent.

On peut se dire parfois que le monde est horrible, les gens sont horribles. Et non, les gens sont beaux, ils sont remplis d’amour les uns pour les autres. Et on a  toujours ce refus du cynisme, de la déprime et surtout le refus du sensationnalisme et de ce genre d’images gratuites qui n’ont pas leur place. 

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