Le Palais Galliera rouvre avec la classique et révolutionnaire Chanel

  • Après deux ans de travaux, le Palais Galliera à Paris rouvre ses portes.
  • Le musée de la Mode de la Ville de Paris consacre sa première exposition à Gabrielle Chanel, du 1er octobre 2020 au 14 mars 2021.
  • Véritable classique de la haute couture française, le style Chanel a longtemps révolutionné la mode.

Quoi de mieux que Chanel pour la réouverture du musée de la Mode de la Ville de Paris ? Après deux ans de travaux (financés en grande partie par la maison Chanel), le
Palais Galliera s’apprête à rouvrir ses portes avec une exposition consacrée à la créatrice française. Du 1er octobre 2020 au 14 mars 2021, Gabrielle Chanel, Manifeste de mode, présentera plus de 350 pièces sur une surface de près de 1500 m², dont les étonnantes nouvelles galeries en rez-de-jardin.

Une exposition où les robes du soir, les fameux tailleurs et le célèbre sac 2.55 sont présentés dans de véritables écrins, sublimant le chic légendaire de Gabi. Une élégance certaine, un classique de la mode. Et un peu plan plan, non ? Alors oui, les lignes sont épurées, le tombé est parfait, le jeu de matière est éblouissant… Mais on ne va pas se mentir, de nos yeux du XXIe siècle qui ont depuis connu Alexander McQueen ou Iris Van Herpen, Chanel a un petit côté vieille France, très « Bernadette Chirac » (elle comprendra). Et pourtant ça n’a pas toujours été le cas. Car pendant plusieurs décennies, Coco a représenté une révolution notable dans le vestiaire féminin.

Les fameux tailleurs Chanel.

« La chanélisation de la mode »

C’est d’ailleurs le parti pris de cette exposition, dont le titre Manifeste de mode fait référence à deux périodes particulières de la créatrice. La première s’ancre dans les années 1910, au début de la carrière de Gabrielle Chanel où très tôt elle s’attache à libérer le corps féminin, alors que le corset ceint encore le buste des femmes. La créatrice imagine notamment des coupes plus souples et des matières plus fluides pour permettre à la femme de se mouvoir et de respirer (à l’évidence une plutôt bonne idée). Des vêtements pratiques, mais chics, qui s’inspirent des tenues de sport et du vestiaire masculin. « Elle arrive avec cette conception radicalement différente de l’élégance féminine, portée par des notions de confort, de liberté de mouvement, de naturel, très nouveau pour l’époque », explique à 20 Minutes la co-commissaire d’exposition Véronique Belloir.

Autre temps fort de sa carrière, l’année 1954 quand Gabrielle Chanel, 71 ans, fait son retour dans la mode, après dix ans d’absence. Et quoi de mieux que de marquer le coup avec ce qui deviendra sa pièce iconique : le tailleur. Toujours dans une idée de confort et de liberté, elle crée un ensemble deux pièces (qui n’est pas sans rappeler le costume masculin), simple, dépouillé, dans le respect de l’anatomie féminine. La veste ne souligne pas la poitrine, et la jupe n’entrave pas la démarche. Une allure inédite qui suscite une réelle perplexité. « Ce n’est pas du tout accepté, on ne comprend pas très bien ce qu’elle souhaite mettre en place avec ce fameux tailleur, qui est une synthèse de tout ce qu’elle a mis en place pendant la première partie de sa carrière », précise Véronique Belloir. Le succès suivra toutefois, et c’est ainsi qu’en 1957, le quotidien américain Women’s Wear Daily décrète : « Nous devons à la grande Gabrielle Chanel la chanélisation de la mode, et ce deux fois en un siècle ».

Une avant-garde classique

Comme le souligne l’exposition du Palais Galliera ponctuée d’extraits d’articles de presse, les contemporains de Chanel prennent très vite conscience du vent de fraîcheur qu’elle apporte. En 1912, alors qu’elle n’est encore que modiste, le Women’s Wear Women mentionne pour la première fois dans ses pages les chapeaux de la jeune créatrice. Quatre ans plus tard, c’est le mensuel Les Elégances parisiennes qui publie trois tenues de Chanel en jersey, un tissu très peu employé dans la haute couture de l’époque. « Dès le début, la presse associe à son travail des notions comme la jeunesse, la fluidité, la simplicité, la désinvolture, le tout souvent accompagné de superlatifs », note la co-commisaire d’exposition.

A contre-courant de son époque, Coco n’est pas pour autant une farfelue, une créatrice extravagante et haute en couleurs. Elle se distingue au contraire par son goût de la mesure et du détail. Quelques sequins par-ci, quelques plumes par là, et peu ou pas de broderies. Quant à la couleur, si un rouge vif éveille parfois une robe du soir, elle lui préfère le noir, le blanc ou le beige, qu’elle décline à l’infini. Chanel bouge les lignes certes, mais sans excès. « C’est dans le détail qu’elle excelle, et laisse éclater sa fantaisie, son imagination, prudemment retenues quand il s’agit du fond, car Gabrielle Chanel a le goût trop classique pour se rien permettre qui dérange la pureté de son contour », estime la princesse Marthe Bibesco dans l’édition française de Vogue en 1927.

Chanel l’intemporelle

Au-delà du fait d’avoir bouleversé les codes de son époque, Chanel a réussi à imposer ses propres conceptions de l’allure et de l’élégance, et à inscrire son style dans la durée. « Elle ne s’est jamais inscrite dans des mouvements ou des tendances. Tout au long de sa carrière elle a conservé ses mêmes principes contre vents et marées, elle n’a jamais dévié et c’est très fort, une vision radicalement différente, hors du temps de la mode », précise Véronique Belloir. Une ligne de conduite qui l’a mené jusqu’au rêve de nombreux créateurs : devenir « intemporelle ».

Car son style un peu « madame », et son célèbre tailleur, fruit d’expérimentations du début du XXe siècle, a toujours belle place sur les podiums et inspirent encore et toujours les héritiers de Chanel. Un chic et une simplicité qui séduisent autant Kirsten Stewart, égérie de la griffe, que Bernadette Chirac qui fut un temps au premier rang des défilés.

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