Les accusations de viol se multiplient contre Gérald Marie, ancien patron de l'agence Elite et ex-mari de Linda Evangelista

Jeudi 2 et vendredi 3 septembre, deux femmes ont témoigné auprès de la Bridage des mineurs contre Gérald Marie. Avec elles, elles sont au moins une quinzaine à accuser l’ancien directeur Europe de l’agence de mannequins Elite, de “viols”, d'”agression sexuelle” ou de ‘harcellement”.

«Pendant 20 ans, ça m’a hantée. Ca m’a hantée». Vendredi 3 septembre, après avoir livré son témoignage auprès des enquêteurs de la Brigade des mineurs, Lisa Brinkworth a raconté son long et douloureux silence dans le studio de l’AFP. Ancienne journaliste pour la BBC, elle a contribué au déclenchement d’une enquête pour viols visant Gérald Marie, l’ancien patron Europe d’Elite, le 28 septembre 2020. Depuis, les témoignages se multiplient dans l’espoit de pouvoir contourner la probable prescription des faits.

Jeudi 2 septembre, l’ancien mannequin Ebba Karlsson a elle aussi témoigné à Paris. La suédoise aujourd’hui âgée de 51 ans dit avoir subi une pénétration lors d’un casting avec Gérald Marie au début des années 1990. «Il a baissé les stores, m’a montré les books de mannequins célèbres et m’a dit : “À ton avis, qu’ont-elles fait pour en arriver là ?” Avant même que je réponde, il passait la main sous ma jupe et m’a pénétrée avec ses doigts», avait-elle raconté au Parisien lors de l’ouverture de l’enquête. Un récit corroboré par son petit ami de l’époque. «Cela m’a pris des années pour guérir (…) et pour me sentir à nouveau en sécurité dans mon corps de femme», a-t-elle confié à l’AFP le jour de son audition à la Brigade des mineurs. «Nous avons besoin de plus de femmes qui sortent du bois et aient le cran, le courage de prendre la parole (…). Nous sommes puissantes désormais», a-t-elle ajouté.

“Si tu veux travailler, il faut me baiser”

Gérald Marie en compagnie d’un jeune mannequin. (En 2003.)

De Paris à Milan, Gérald Marie a longtemps été l’un des agents de mannequins les plus influents de la planète mode. Celui qui a popularisé le concours Elite Model Look à la fin des années 1980. Lui aussi qui a lancé la carrière de Naomi Campbell. À 70 ans, il est toujours en activité dans l’agence parisienne Oui Management à 70 ans.

À la fin des années 1970, Gérald Marie se forge un nom en devenant l’un des agents de mannequins les plus redoutables. Il est réputé aussi bien pour négocier les contrats des modèles que pour, dit-on à l’époque, les inviter dans son lit. «Il aimait coucher avec les filles. Sa philosophie, c’était ”Si tu veux travailler, il faut me baiser”», lâchait le photographe Jacques Silberstein dans le magazine Model en 2011. Quelque temps plus tard, il rejoint – quand même – Elite comme partenaire et prend la tête des affaires européennes, malgré les premières réticences de John Casablancas, le fondateur de l’agence. Dans son bureau comme dans sa vie amoureuse, les mannequins défilent. «Certaines sont majeures, d’autres pas», écrit 20 Minutes. En 1987, il finit par épouser la Canadienne Linda Evangelista, l’une des supermodels phares des années 1990.

C’est à cette époque que sont datés deux des signalements qui visent Gérald Marie. L’Américaine Jill Dodd l’accuse de l’avoir violée, chez lui. En effet, comme les agents Claude Haddad et Jean-Luc Brunel, il arrive souvent à Gérald Marie d’héberger les mannequins les plus prometteurs à leur arrivée à Paris. Même témoignage du côté de Carré Otis, ex-épouse de Mickey Rourke, qui assure avoir été violée par le Français dans son appartement. Elle avait 17 ans, lui 35.

Un documentaire en 1999

En 1999 déjà, un documentaire diffusé sur la BBC avait terni l’image de Gérald Marie. Caméras cachées à l’appui, deux journalistes avaient infiltré le milieu de la mode pour y dénoncer les pressions sexuelles exercées sur les mannequins. On pouvait y voir Gérald Marie proposer l’équivalent de 600 euros à la journaliste Lisa Brinkworth – qui s’était fait passer pour un mannequin – afin de coucher avec elle.

Lors du tournage, elle-même affirme avoir été victime d’agression sexuelle par l’ancien cadre d’Elite. «À un moment, il est venu s’asseoir à califourchon sur moi. Il avait une érection, il se frottait contre mon bas-ventre. Je répétais non, non, mais je n’arrivais pas à le repousser», avait détaillé Lisa Brinkworth dans les colonnes du Parisien.

L’effet Me Too

À l’initiative de la plainte déposée par Lisa Brinkworth, une quinzaine de femmes ont pris la parole publiquement ou se signalées auprès des enquêteurs de la Brigade des mineurs. Toutes accusent Gerald Marie de «viol», d’«agression sexuelle» ou de «harcèlement». La semaine prochaine, au moins cinq autres ex-mannequins doivent également témoigner, et il est prévu que d’autres le fasse en visioconférence.

«Il y a 20 ans, les femmes travaillaient encore et étaient effrayées à l’idée de perdre leurs boulots. Cette fois Me Too a aidé, elles étaient bien plus disposées à parler de ce qui leur est arrivé», a expliqué Lisa Brinworth à l’AFP. Selon l’une des sources de l’AFP, une quinzaine d’autres femmes formulent les mêmes accusations mais ont «encore peur» de prendre la parole. Selon ces mêmes sources, toutes ces accusations reposent pour l’instant sur des faits qui seraient prescrits aux yeux de la justice française, rendant peu probable un éventuel procès. Me Anne-Claire Lejeune, l’avocate de Lisa Brinkworth, pense toutefois que la justice française pourrait remettre en cause la prescription de ces faits en raison du silence que s’est imposé sa cliente par le passé. Toutes ces femmes ont reçu, fin 2020, le soutien de Linda Evangelista, superstar d’Elite dans les années 1990, et surtout ex-épouse de Gérald Marie.

Sollicitée par l’AFP, Me Céline Bekerman, l’avocate de Gérald Marie qui n’a pas encore été interrogé sur ces faits, a indiqué : «Mon client dément avec consternation ces allégations mensongères et diffamatoires. Il réserve ses éventuelles déclarations aux autorités compétentes».

Cet article, initialement publié le 28 septembre 2020, a fait l’objet d’une mise à jour.

Source: Lire L’Article Complet