"Les Femmes et la Légion d'honneur", un doc passionnant sur 200 ans de combat pour la parité dans l'ordre

En vidéo. – Dévoilé à l’occasion du 14 juillet, le documentaire Les Femmes et la Légion d’honneur, raconte comment l’institution créée en 1802, s’est lentement transformée pour s’ouvrir aux femmes.

Elles sont militaire, magistrate, aide-soignante, athlète, agricultrice, professeur, artiste, chef d’entreprise, ou encore ancienne membre de la résistance et partagent le même privilège : celui d’avoir été décorées de la Légion d’honneur. Depuis sa création en 1802, par Napoléon Bonaparte, 900.000 médailles de la Légion d’honneur ont été décernées, dont seulement 26.300 à des femmes, soit 2,92%. Longtemps tenues à l’écart de la prestigieuse distinction, elles ont dû batailler durant plus de deux cents ans avant de se voir ouvrir en grand les portes de la vénérable institution. Réalisé par Éric Deroo, le documentaire Les Femmes et la Légion d’Honneur (1) retrace ce long combat pour la parité, au travers de commentaires d’historien(ne)s, mais aussi de témoignages de femmes ayant reçues la précieuse croix.

“Plus elles sont invisibles, plus elles sont vertueuses”

Créée le 19 mai 1802, dans le but de récompenser l’élite républicaine et de ressouder la nation meurtrie par la Révolution, la Légion d’honneur est, dès son origine, une récompense universelle à tous et toutes. Mais à l’image de la société française de l’époque, le général Napoléon accorde peu de mérite aux femmes en dehors du cadre familial. D’ailleurs, le code qu’il va instituer deux ans plus tard exclut les femmes des droits politiques. Discrétion et pudeur sont les qualités qui définissent l’honneur des femmes. «Plus elles sont invisibles, plus elles sont vertueuses», commente Michèle Perrot, historienne et commandeur de l’ordre de la Légion d’honneur. Le 15 août 1851, Marie-Angélique Duchemin entre dans l’histoire de l’Ordre de la Légion d’honneur, en devenant la première récipiendaire de la médaille. Fille et veuve de militaires, engagée dans l’armée de la Révolution, elle sera blessée au combat et soignée aux Invalides, comme les autres soldats.

Durant le Second Empire (1852-1870), seules 7 femmes seront décorées, dont Rosa Bonheur. Artiste peintre et femme indépendante, elle reçoit la distinction des mains de l’impératrice Eugénie, qui tient à «montrer que le génie n’a pas de sexe». Mais si la Mère Patrie reconnaît les mérites de quelques-unes, ces distinctions restent l’exception et une façon «de dire que toutes les autres doivent rester à leur place», précise dans le documentaire Florence Rochefort, historienne au CNRS. À l’instar de la place des femmes dans la société, la conquête de la Légion d’honneur se fera très lentement.

1920, le début de la glorification

Avec le début du XXe siècle, un vent nouveau souffle sur la société française qui voit émerger les mouvements féministes, dont les suffragettes, qui réclament l’égalité civile et politique et veulent être reconnues comme des citoyennes à part entière. À la veille de la Première Guerre mondiale, l’ordre de Légion d’honneur ne compte que 102 femmes. Parmi elles, on trouve les premières exploratrices et aviatrices et des femmes de lettres, telle que la comédienne Sarah Bernhardt, dont la nomination déchaîne les passions. De 1914 à 1918, la République honore principalement ceux qui se sont distingués sur le champ de bataille, mais aussi des civils tels que les infirmières engagées dans l’effort de guerre. Dans les années 1920, la France entre dans une période de glorification de l’engagement féminin pour la nation et remet les insignes de la Légion d’honneur à des cultivatrices, des ouvrières ou des femmes philanthropes.

Les Résistantes récompensées

Entre les deux guerres, 1000 femmes seront récompensées, et l’on note parmi elles, l’émergence de cheffes d’entreprise, des scientifiques, de femmes médecins, de journalistes ou des mères de familles nombreuses. Durant la Seconde Guerre mondiale, dans la France occupée, des Françaises vont se distinguer par leur bravoure en participant activement à la Résistance. C’est le cas de Marthe Offnung et d’Odile de Vasselot qui témoignent dans le film. Fille de militaire, élevée avec le sens de la patrie, cette dernière intègre la Résistance à l’insu de ses parents. Risquant plusieurs fois sa vie, elle a été décorée de la Croix de guerre, de la médaille de la Résistance et a été nommée chevalier de la Légion d’honneur à titre militaire. La Belgique, la Grande-Bretagne et les États-Unis lui ont aussi remis leurs plus hautes distinctions.

Christine Lagarde, ancienne présidente du FMI et Ministre des Finances.

1944, l’obtention du droit de vote

Le 21 avril 1944, le Général de Gaulle octroie par ordonnance, le droit de vote aux Françaises. Mais dans la France de l’après-guerre, de nombreux domaines restent encore fermés aux femmes. Pour faire bouger les choses, elles vont devoir entrer en politique. En 1963, le président de Gaulle réforme les odres nationaux et crée l’ordre du Mérite afin de promouvoir la place des femmes dans les promotions de médaillés. Durant les années 1970, sous le mandat de Valéry Giscard d’Estaing les choses s’accélèrent. Les femmes gagnent la bataille de l’avortement et font leur entrée dans la sphère politique. En 1997, Geneviève de Gaulle Anthonioz, ancienne résistante déportée et présidente d’ATD Quart-Monde France durant trente-quatre ans, est la première femme à être élevée à la dignité de grand-croix.

En janvier 2008, sous la présidence de Nicolas Sarkozy, la parité est imposée à toutes les promotions de la Légion d’honneur. Comme les hommes, le mérite et le rôle des femmes dans la société française sont enfin reconnus à leur juste valeur. «Mais il n’est pas encore naturel aux femmes, de recevoir la Légion d’honneur, ça reste quand même quelque chose d’un petit peu exceptionnel. C’est une frontière qui a mis du temps à se franchir», conclut l’historienne Michèle Perrot. Longtemps resté un bastion masculin, l’ordre national de la Légion d’honneur est devenu au fil du temps un ordre vivant et le miroir d’une société française en perpétuel évolution. Une histoire passionnante que le film nous invite à redécouvrir.

(1) À voir sur Histoire TV le 14 juillet à 20h50 puis en replay durant 60 jours.

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