#MeTooGay, un hashtag pour dénoncer les violences sexuelles chez les homosexuels

Le weekend précédent, c’est le hashtag #MeTooInceste qui a fait exploser le nombre de témoignages autour de l’inceste, dans la lignée de La familia grande, récit où Camille Kouchner accuse le constitutionnaliste Olivier Duhamel d’avoir violé son frère jumeau, lorsqu’ils étaient adolescents. Une enquête préliminaire a été ouverte par le parquet de Paris.

Ce weekend, c’est le hashtag #MeTooGay qui a émergé à son tour sur Twitter. Cette fois, des milliers d’hommes gays, principalement, ont confié les viols et agressions sexuelles qu’ils ont pu subir. Là aussi, l’ampleur de la prise de parole est inédite, et aide à lever un tabou. Mais aussi, à voir les violences sexuelles comme le résultat, et un outil de domination, d’une société patriarcale.

Des accusations envers un élu PCF de la Mairie de Paris

Tout a commencé par un tweet de Guillaume, 20 ans, jeudi dernier. Ce jeune militant affirme avoir été violé à l’âge de 18 ans par l’élu PCF de la Mairie de Paris Maxime Cochard, et son compagnon. Guillaume dénonce “une emprise, un ascendant moral” : “J’étais perdu, seul, en rupture familiale. Je n’avais pas de point de chute à Paris. Je découvrais mon homosexualité. Je n’étais qu’un simple militant. Je les admirais.”

Le Parti communiste a demandé à Maxime Cochard et son conjoint de quitter leurs fonctions au sein du PCF. Une décision saluée par David Belliard, élu EELV et adjoint à la Maire de Paris : “La libération de la parole est un acte de grand courage, et elle est si nécessaire. La violence est aussi courante et banalisée chez les gays, où la domination patriarcale est omniprésente autant que niée”, a-t-il déclaré sur Twitter.

De leur côté, les deux accusés nient, et affirment que les rapports étaient consentis.

#MeTooGay, des milliers de témoignages

Le tweet de Guillaume a en tout cas encouragé d’autres hommes à témoigner, et finalement, des milliers tout au long du weekend. 

Nombre de ces témoignages posent à nouveau la question du consentement. Certains disent que leur première fois était un viol. De nombreux hommes racontent avoir été forcés à avoir eu des rapports non-protégés, et donc, dangereux sans prise de la PrEP, même en ayant exprimé leur désaccord, comme Jérémie : “La capote a craqué, je lui ai demandé d’arrêter et il n’a pas voulu, j’ai réussi à m’échapper de son appart, sous ses insultes. J’ai couru aux urgences pour un traitement post exposition [au VIH, ndr]”. 

D’autres dénoncent aussi des viols conjugaux, comme Thibault : “J’avais entre 21 et 23 ans, on était en couple et selon lui ‘Ce n’est pas normal de ne pas faire l’amour tous les soirs’ à force de chantage et de menaces, il avait ce qu’il voulait presque à chaque fois malgré que je ne sois pas d’accord.”

Des témoignages font état de plusieurs viols, comme Jacques : “J’ai connu 4 viols : le premier à 8 ans, le second à 16, le troisième à 18 ans et demi pour me punir d’être gay, le dernier à 21. On le vit avec résilience comme si c’était un accident parmi d’autres. Or, ça n’en est jamais un, même si vos proches disent l’inverse.”

J’ai connu 4 viols : le premier à 8 ans, le second à 16, le troisième à 18 ans et demi pour me punir d’être gay, le dernier à 21.

Les violences dénoncées se sont parfois déroulées lorsque les victimes étaient mineures. C’est par exemple le cas du journaliste scientifique Nicolas Martin (France Culture) : #metoogay J’avais 11 ans, et un corps d’enfant. Il en avait 16 et demi et un corps d’adulte. Ça a commencé par du chantage. Puis par des pénétrations forcées, de l’humiliation, et du dégoût à mesure que mon corps devenait pubère. Ça a duré six ans.”

Une salve de témoignages saluée par le gouvernement : “Les violences sexistes et sexuelles sont un fléau que nous devons combattre collectivement. Les victimes doivent être crues, écoutées et accompagnées”, a déclaré sur Twitter Elisabeth Moreno, ministre déléguée à l’Égalité femmes-hommes et à la lutte contre les Discriminations.

Peur d’alimenter l’homophobie

Pourquoi #MeTooGay n’a-t-il émergé que maintenant, plus de trois ans après la vague #MeToo qui a suivi l’affaire Weinstein ?

Avant tout, parce qu’il est difficile de dénoncer des violences commises au sein de son propre groupe social. Mais aussi, par peur qu’un lien soit fait entre homosexualité et violences sexuelles, et donc, d’alimenter l’homophobie rampante, ravivée ces dernières années par les opposants au Mariage pour Tous et à l’adoption par les couples de même genre.

Interrogée par 20 Minutes, Flora Bolter, codirectrice de l’Observatoire LGBT+ à la Fondation Jean Jaurès, évoque ainsi “une peur de trahir son propre camp, ou que l’accusation d’un individu soit prise pour une généralité et jette l’opprobre sur toute la communauté.”

En septembre dernier, le journaliste indépendant Matthieu Foucher avait réfléchi à la possibilité d’un #MeTooGay pour le magazine en ligne Vice, avec l’article “À la recherche du MeToo gay”.

En s’appuyant sur son vécu, des témoignages, études et paroles d’experts, Matthieu Foucher concluait : “La crainte de la pathologisation, le renvoi récurrent au rôle de prédateur ainsi que l’amalgame persistant entre homosexualité masculine et pédophilie, en plus d’être cruellement violents pour les nombreux gays victimes d’abus, […] empêche en partie de prendre la parole.”

La communauté gay, traversée de violences patriarcales

“Dans l’imaginaire de certains dans la communauté gay, à partir du moment où il y a un début de drague, c’est comme si ça justifiait tout ce qui se passe après”, a de son côté reconnu David Malazoué, président de SOS Homophobie, interrogé par l’AFP, citée par Le Figaro.

Le journaliste Nicolas Martin plaide pour que ces violences mises en lumière par #MeTooGay, tout comme celles dénoncées par #MeTooInceste, #MeToo ou #balancetonporc, soient vues pour ce qu’elles sont : le résultat d’une société hétéro-patriarcale, où la possession du corps de l’autre est un moyen de domination.

Ce qui est important dans la libération de ces paroles, c’est qu’après #MeToo, #MeTooInceste, et maintenant #MeTooGay, on ne puisse plus dire que le viol est le fait isolé de quelques pervers sur quelques victimes malheureuses.

Sur Twitter encore, il défend : “Ce qui est important dans la libération de ces paroles, c’est qu’après #MeToo, #MeTooInceste, et maintenant #MeTooGay, on ne puisse plus dire que le viol est le fait isolé de quelques pervers sur quelques victimes malheureuses. C’est un système d’appropriation et de destruction de nos corps, un système qui a été toléré, tu, évincé de la sphère publique, parfois même avec complaisance. C’est ce système que nous devons mettre à terre, en prenant la parole, et en retournant la violence que nous avons subie contre ceux qui nous l’ont fait subir. #Metoogay” 

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