Personne lunatique : qu'est-ce que ça veut dire ?

Le mot “lunatique” n’appartient pas au vocabulaire médical : il peut faire référence aux troubles bipolaires. Zoom avec un spécialiste.

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Qu’est-ce que ça signifie, être lunatique ?

De façon tout à fait littérale, ” être lunatique “, cela signifie ” être soumis à l’influence de la lune “. ” Pendant très longtemps, on a cru que la lune avait une influence sur la santé et l’état d’esprit des Hommes : on croyait notamment que les phases de la lune faisaient évoluer l’humeur de façon cyclique ” explique le Pr. Pierre-Michel Llorca, professeur de psychiatrie.

Oui, mais voilà : ” plusieurs études ont montré que la lune n’a aucun impact sur les fluctuations de l’humeur ! ” affirme le Pr. Llorca.

En anglais, le terme ” lunatic ” renvoie à l’idée de folie. On y retrouve la notion d’imprévisibilité qui est commune à la plupart des troubles psychiatriques, analyse le spécialiste. La théorie de l’esprit nous permet généralement d’anticiper les réactions d’autrui et les réponses d’autrui à un stimulus donné ; la maladie psychiatrique place justement la personne dans un mode de réaction qui n’est pas anticipable, et c’est souvent ce qui est inquiétant.

Personne lunatique : on pense aux troubles bipolaires

À savoir. Le mot ” lunatique ” n’est pas employé en langage médical, il s’agit d’un mot issu du langage courant. ” Il peut parfois être employé par le grand public pour désigner les troubles bipolaires ” remarque le Pr. Llorca.

Troubles bipolaires : qu’est-ce que c’est ? Les troubles bipolaires atteignent environ 1 % à 2 % de la population – autant d’hommes que de femmes.

La maladie apparaît généralement au début de la vie adulte, entre 15 ans et 25 ans (et majoritairement entre 15 ans et 19 ans). Il existe des facteurs (notamment génétiques) prédisposant au développement de troubles bipolaires : chez les personnes prédisposées, le stress, la consommation d’alcool / de drogues / de tabac, le manque de sommeil ou encore la prise de certains médicaments (corticoïdes, traitement de la maladie de Parkinson, anti-inflammatoires, antidépresseurs, interféron…) peuvent favoriser l’apparition de la maladie.

Symptômes. Les troubles bipolaires (on parlait autrefois de ” psychose maniaco-dépressive “) se caractérisent par l’alternance de deux phases : des épisodes maniaques ou hypomaniaques, et des épisodes dépressifs.

  • Lors des épisodes maniaques (ou hypomaniaques), les patients sont hyper-actifs, euphoriques et exaltés : ils font des projets, ils ont énormément de nouvelles idées, ils ont un sentiment de grandeur, ils sont très motivés, ils sont joyeux, ils font des grosses dépenses…
  • Lors des épisodes dépressifs, les patients éprouvent une grande tristesse, ils paraissent démotivés, ils perdent tout désir d’activité, ils se replient sur eux-mêmes, ils peuvent avoir des idées suicidaires… Le risque de décès par suicide est d’ailleurs assez élevé puisqu’il concerne 15 % à 20 % des patients.

À noter : entre ces épisodes, l’humeur peut redevenir normale (ou quasiment normale) : ce sont les intervalles de rémission.

Et aussi… Les troubles bipolaires ont été classés parmi les 10 pathologies les plus invalidantes par l’Organisation mondiale de la santé (OMS).

Diagnostic. Le diagnostic des troubles bipolaires est difficile car les premiers symptômes sont souvent ceux des épisodes dépressifs (on observe de la tristesse, un manque de motivation, de la fatigue, des idées noires…) : les patients ont des difficultés à reconnaître les épisodes hypomaniaques ou maniaques, ce qui est pourtant indispensable pour distinguer le trouble bipolaire de la dépression. En moyenne, les patients qui souffrent de troubles bipolaires sont en errance médicale pendant 5 à 10 ans.

Traitements. Mise en place par le médecin psychiatre, la prise en charge des troubles bipolaires passe par la prescription de médicaments thymorégulateurs (il permettent de stabiliser l’humeur) et par une psychothérapie. Certains patients sont traités à l’aide de lithium : toutefois, le lithium n’est pleinement efficace que chez un tiers des patients traités, et 10 % à 20 % des patients ne montrent aucune réponse. En cas d’urgence (si le patient est dans un épisode maniaque, par exemple, ou s’il présente un risque élevé de suicide), une hospitalisation pourra être envisagée.

Merci au Pr. Pierre-Michel Llorca, professeur de psychiatrie, chef de service au CHU de Clermont-Ferrand et directeur des soins pour la Fondation FondaMental.

Sources :

  • Inserm
  • Assurance Maladie
  • Haute Autorité de Santé (HAS)

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