Pourquoi la série gay culte « Queer as Folk » mérite d’être (re) découverte

  • Les dix épisodes des deux saisons de Queer as Folk sont désormais visibles gratuitement sur le site Arte.tv
  • Créée en 1999 par Russell T. Davies, cette série a marqué l’histoire de la représentation des gays sur le petit écran en choisissant, des personnages homos comme héros.
  • La série, qui a fait décoller la carrière de Russell T. Davies – il a relancé Doctor Who en 2005 –, a eu droit à un remake américain. Un reboot est en préparation.

Queer as Folk vient de rejoindre « Love, etc. », la collection de séries originales (House of Cards, Hatufim, Bron…) disponibles, gratuitement, sur
Arte.tv. L’occasion de (re) découvrir cette fiction britannique qui, en à peine dix épisodes, a marqué un tournant dans l’histoire des séries télé. Explications.

Il faut remonter à un temps que les moins de 20 ans ne peuvent pas connaître. Lorsque Queer As Folk arrive à l’antenne en 1999, c’est la première fois qu’une bande d’amis gays est au premier plan d’une série et que le scénario se concentre sur ce qu’ils vivent. Jusque-là, les rares personnages homos qui avaient droit de cité à la télévision étaient condamnés à la souffrance ou à la caricature, sommés de faire pitié ou d’amuser la galerie. Dans la grande majorité des cas, leur vie sexuelle était inexistante. Une série donnant une représentation réaliste du quotidien de jeunes homos, c’était du jamais vu.

Et c’était ce que voulait donner à voir Russell T. Davies, le créateur de la série, 36 ans à l’époque. « Les personnages gays commençaient à apparaître dans les années 1990, comme Tony et Simon dans [le soap] EastEnders. Mais je n’aimais pas ces personnages. Je suis ravi qu’ils aient existé, mais [me sentir représenté à l’écran], c’est vraiment en partie pourquoi j’ai écrit Queer as Folk », confiait-il en début d’année au magazine Attitude.

Identification

Le public homo pouvait désormais s’identifier particulièrement à Nathan (Charlie Hunnam, future star de Son of Anarchy), 15 ans, s’aventurant, un brin intimidé, dans Canal Street, le quartier gay de Manchester. Ou à Stuart (Aidan Gillen, le Petyr Baelish de Game of Thrones), séducteur arrogant de 29 ans. A moins qu’il se reconnaisse dans le plus discret Vince, qui n’a pas fait son coming-out au travail et doit donner le change. Romey et Lisa, un couple de lesbiennes, sont quant à elles (hélas) cantonnés à des rôles secondaires.

Que les moins de 20 ans n’aillent pas imaginer que la parade arc-en-ciel a bouleversé les ondes hertziennes françaises : si, outre-Manche, la série était diffusée après 22h30 sur Channel 4, en France, elle l’était sur Canal+, en crypté. C’est essentiellement grâce à ses éditions vidéos et à la résonance de son remake américain – dont on reparlera un peu plus loin – quelques années plus tard, qu’elle a atteint un statut culte. D’où l’intérêt de la (re) découvrir.

Un « oubli » volontaire

En deux saisons de dix épisodes au total (huit pour la première, deux pour la seconde), Queer as Folk parle avec humour et sans pruderie d’amour, de sexe, d’amitié, mais aussi d’homophobie, de discriminations et d’homoparentalité. En revanche, le sujet du VIH n’y est pas abordé. Volontairement. « La presse gay était furieuse parce qu’on ne montrait pas de préservatifs, d’avertissements ou autre messages à l’écran. A ce moment, en 1999, je refusais de laisser nos vies être définies par la maladie. Alors je l’ai exclue délibérément. L’omission du sida était une prise de position en soi, et c’était la chose à faire », expliquait Russell T. Davies au
Guardian en janvier. Il aura attendu vingt ans pour se sentir à l’aise d’aborder de face les « années sida » avec
It’s a Sin, l’une des meilleures mini-séries de l’année – disponible sur myCanal.

Entre-temps, le scénariste a livré d’autres jalons de la représentation LGBT à l’écran, que les thématiques liées à l’orientation sexuelle occupent le premier plan (Cucumber, Banana et Tofu en 2015) ou qu’elles apparaissent en sous-intrigues (la bisexualité de Jack Harkness, le héros de Torchwood ; les couples gays de la dystopie Years and Years…). Le succès outre-Manche de Queer as Folk a aussi permis à Russell T. Davies de relancer, en 2005, la cultissime série Doctor Who, dont il a lâché les rênes en 2009. On peut d’ailleurs s’amuser de voir dans Queer as Folk le personnage de Vince fan du héros extraterrestre pouvant changer d’apparence et voyager dans le temps.

Queer as Folk traverse à sa manière les décennies en se transformant. Elle a eu droit à un remake américain qui a délocalisé l’action à Pittsburgh et a considérablement développé le matériau original dont elle s’est progressivement éloignée. Le show compte 83 épisodes répartis sur 5 saisons entre 2000 et 2005. Un reboot est en projet pour la chaîne américaine Peacock. Huit épisodes ont été commandés et Russell T. Davies officiera en tant que producteur délégué. A Têtu, ce dernier a confié qu’il faudrait « un casting plus inclusif » et « incorporer le vécu trans ». L’importance de la représentation, toujours.

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