Pourquoi mode et tatouage ne font pas bon ménage ?

  • Le Tattoo Planetarium, rendez-vous mondial du tatouage, ouvre ses portes ce vendredi jusqu’à dimanche à La Grande Halle de la Villette à Paris.
  • 550 tatoueurs issus de 50 pays seront présents pour présenter leur travail et échanger.
  • A cette occasion, le fondateur de cette convention, le légendaire Tin-tin et Maud Dardeau, artiste-tatoueuse prometteuse ont expliqué à 20 Minutes pourquoi tendances, mode et tatouages ne font pas bon ménage.

Pas moins de 550 tatoueurs du monde entier réunis durant trois jours à Paris, la grand-messe du tatouage renaît de ses cendres ! Annulé en 2020 et 2021 à cause de la crise sanitaire, le Mondial du tatouage, crée en 2013, a hélas fait faillite. « Le confinement a provoqué la fermeture de nombreuses boutiques, ce fut très dur pour beaucoup de tatoueurs », raconte l’un de ses fondateurs, le Français Tin-tin. Bonne nouvelle, il lance ce vendredi un nouveau salon international du tatouage, intitulé « Tattoo Planetarium ».

La Grande Halle de la Villette à Paris, accueille la 1ʳᵉ édition de cette convention jusqu’à dimanche où les artistes vont tatouer, présenter leur travail et échanger. « J’espère faire plaisir aux gens qui vont y venir. Nombreux sont ceux qui pensaient que cela ne reviendrait jamais. C’est un événement très attendu sur la planète entière. On a plus de 50 pays représentés », se réjouit Tin-tin.

Tatouages minimalistes aux lignes fines, effets holographiques ou métalliques, handpoke tattoo, motifs éclairs ou encore mix de beaux-arts et culture pop, quelles sont les grandes tendances en matière de tatouage en 2022 ? « Tendances et tatouages sont en opposition si l’on veut un tatouage réussi ! », alerte d’emblée Maud Dardeau, « artiste-tatoueuse bordelaise fantastique », qui fait des tatoos « dans le style des illustrations de Gustave Doré », selon Tin-tin. Alors, pourquoi mode et tatouage ne font pas bon ménage ?

« Il y a plusieurs styles différents dans le tatouage. La tendance ramène à la mode, qui ne fonctionne pas avec le tatouage en règle générale. Tous les courants qui ont une mode finissent par passer, le problème, c’est que le tatouage, lui va rester », explique Maud Dardeau.

« Ce qui est à la mode ne dure pas dans le temps »

Choisir son tatouage en fonction de ce qui est en vogue risque fort de vous mener à la case has been. « Dans les années 1980, après Le Grand Bleu, tout le monde se faisait tatouer des dauphins. C’est assez rare aujourd’hui. Dans les années 1990, le bracelet tribal. Tous les trucs qu’on a un peu trop vus, fatalement, ça ne se fait plus du tout peu de temps après », renchérit Tin-tin. Actuellement, « il y a peut-être un peu trop de montres à gousset et de boussoles et de vanités. Ce sont peut-être ceux qui vont vite passer dans les prochaines années », poursuit l’expert.

« Une partie des gens se tatoue par tendance, je dirai que c’est une erreur, tout autant qu’un placement tendance », alerte encore Maud Dardeau. « Ce qui est à la mode ne dure pas dans le temps. On voit de petites choses, très jolies en photo. Mais la peau vieillit, si le tatouage est trop petit et trop fin, dans le temps, il finira par s’estomper ou baver. La priorité pour un tatoueur est d’exécuter un travail qui ne soit pas fait juste fait pour la belle photo sur Internet, le but, c’est que le tatouage puisse vieillir avec la personne et l’accompagner tout au long de sa vie »,.

« Chaque artiste créé sa propre tendance »

Même son de cloche pour le fondateur de Tattoo Planetarium : « La grande tendance, c’est qu’il n’y a plus de tendance. Chaque artiste créé sa propre tendance. » Avec l’explosion du tatouage, « plus qu’une mode, un vrai phénomène de société », selon Tin-tin, il y a de plus en plus d’artistes-tatoueurs.

« Il y a vingt ou trente ans, il y avait dix ou vingt fois moins de tatoueurs. Aujourd’hui, toute une vague de personnes arrive avec de nouveaux mouvements, de nouvelles créations. À l’époque du tatouage à l’ancienne, on était plutôt dans un style old school, aujourd’hui, certains tatoueurs sortent d’école d’art, sensibilisés à la peinture, l’architecture, le design, etc. Plein de choses qui vont interagir avec le tatouage », souligne Maud Dardeau.

Si le monde du tatouage connaît des évolutions techniques, « avant le tatoueur était un peu mécanicien, maintenant, les nouvelles machines rotatives tournent toutes seules, il suffit de les brancher », selon Tin-tin, « il y a surtout une grosse évolution artistique. Quand j’ai commencé le tatouage il y a quarante ans, les tatoueurs venaient plus souvent de la rue que du milieu artistique. Actuellement, on a vraiment des artistes à part entière. »

« Eviter que les gens se retrouvent avec la même chose »

Non à l’uniformité donc « En ce moment, il y a beaucoup de tatoueurs qui utilisent des machines qui font des lignes très fines explique Tin-tin. Ces tatouages ont tendance à beaucoup s’effacer, c’est un style qu’on essaie de ne pas trop prôner parce qu’on essaye d’éviter que tous les tatoueurs et tatoueuses fassent la même chose et que les gens se retrouvent avec la même chose sur les bras »

« Quand un client vient nous voir sans avoir d’idées précises sur ce qu’il veut. On a plutôt tendance à les freiner et à leur dire de regarder et de se renseigner sur les artistes tatoueurs pour trouver la personne qui va coller le plus à un vrai style artistique. Cela évitera de se retrouver avec un tatouage dont on aura envie de se débarrasser dix ans plus tard », recommande l’artiste-tatoueuse.

« Un placement tendance est une erreur »

Quelles zones du corps se faire tatouer ? « Il y a encore dix ou quinze ans, les gens se tatouaient dans des zones discrètes et couvertes par les vêtements. Aujourd’hui, on voit des tatouages sur le visage, les joues, le cou, les mains ou encore les poignets. Avant, ces zones étaient tatouées quand il n’y avait plus de place ailleurs », remarque Tin-tin.

Même constat dans la boutique de Maud Dardeau :  « On va avoir des jeunes qui arrivent et vont demander d’office un tatouage dans le cou ou sur la main, quelque chose de très visible, sans se rendre compte que cela peut encore poser un problème dans la vie de tous les jours. Un tatoueur aura tendance à axer sur des parties moins visibles du corps, surtout pour les premières pièces ». Et d’ajouter : « Surtout que quand on est jeune, on a des choix parfois qui ne sont pas encore tout à fait fixés et que les goûts peuvent changer. »

Alors, plutôt que de céder aux sirènes de la mode et copier ce qu’on l’on a vu sur Instagram, pour réussir votre tatouage, filez au salon Tattoo planetarium ce wek-end et trouver l’artiste-tatoueur qui vous concoctera une création « sur-mesure ».

Parmi les jeunes talents français, Tin-tin recommande notamment d’aller jeter un coup d’œil aux créations d’Abdel Pedro et Emma Rouquette. « Ils ont été apprentis chez moi et sont tombé amoureux dans ma boutique. Ils viennent d’ouvrir la leur à Mulhouse. Ils ont une chouette histoire et ce sont des artistes incroyables », raconte Tin-tin. Et d’évoquer en vrac la Bretonne Amanda Banana, Maud Dardeau, Michael Taguet « dont le style réaliste n’a rien à envier aux Américains », ShOoBY ou encore Golem. « La fine fleur du tatouage français et mondial, tout le monde est là », se félicite Tin-tin.

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