Qu’est-ce qui fait qu’une pierre devient « précieuse » ?

L’histoire de la formation des minéraux se compte en millions d’années. Celle des bijoux et ornements, plutôt en millions d’euros. C’est à un voyage au cœur de l’art et de la science que nous invite, le temps d’une remarquable exposition, le Muséum National d’Histoire Naturelle en partenariat avec la maison de haute joaillerie parisienne Van Cleef & Arpels. Intitulée Pierres précieuses, tout simplement, l’exposition était originellement prévue pour le mois d’avril. Le confinement a repoussé son ouverture de plusieurs mois. Comme quoi, comme pour les diamants, éternels bien sûr, tout est question de temps avec les pierres précieuses…

Clip Trèfles, 1964-1966

« L’exposition fait la part belle à des minéraux moins connus que le diamant, le saphir, ou l’or, comme le topaze par exemple », explique François Farges, commissaire de l’exposition. Formée dans les massifs montagneux il y a environ six cents millions d’années, cette gemme fait partie des trente-trois qui sont présentées dans l’exposition, regroupées sous sept catégories de conditions favorables à leur émergence : la pression, la température, l’oxygène, la tectonique des plaques…

Emergence de la gemmologie

Vient ensuite le temps du travail des hommes. L’exposition propose une traversée de l’histoire de la minéralogie, de la gemmologie et et des savoir-faire permettant à une pierre de passer de l’état brut à celui de pierre dite « précieuse ». Quelques cinq cents minéraux et gemmes  issus de la collection du Muséum, ainsi que deux cents pièces de la collection patrimoniale de Van Cleef & Arpels, nous invitent à comprendre l’évolution de ces créations. Aux objets rituels et symboliques de la préhistoire répondent les bijoux et objets décoratifs réalisés de nos jours.

Collerette de Sa Majesté la reine Nazli d'Egypte, 1939

Dans sa dernière et brève partie, « Paris, lieu de savoirs », l’exposition montre comment de tels objets d’apparat ayant fait de la capitale française le pôle européen du marché des gemmes sont, au début du XIXe siècle, devenus des objets d’études scientifiques grâce à l’appui de René-Just Haüy, fondateur de la minéralogie moderne et gemmologue précurseur.

La beauté par la science

Attention, ici nous ne sommes ni dans une boutique de luxe ni dans un musée de beaux-arts, mais dans un lieu dédié à la science. Le parcours de l’exposition adopte donc une approche scientifique, et plus spécifiquement géoscientifique, pour mettre en lumière l’histoire des cultures et l’évolution esthétique du travail sur les pierres précieuses. « La beauté de l’histoire naturelle, tant celle de ses objets que celle des phénomènes à l’œuvre dans la nature, est une source inépuisable d’émerveillement, s’enthousiasme Bruno David, président du Muséum. Cette émotion permet d’aborder la connaissance autrement et de fixer dans notre mémoire les faits que nous montre la science. »

Grande table des Orsini, XVIIesiècle

Pour assurer le spectacle et sublimer les multiples variations de couleurs des pierres par des jeux de lumières et de transparence, le Muséum a fait appel au designer Patrick Jouin et à l’architecte Sanjit Manku. Il fallait bien ce casting, ne serait-ce que pour la toute première présentation en France du collier de platine et de diamants dessiné en 1939 par Van Cleef & Arpels pour la reine Nazli d’Egypte. Peut-être le clou de l’exposition.

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