Roman Gavras en immersion dans les émeutes d'« Athena »

  • Une cité de la banlieue parisienne s’embrase après la mort d’un jeune garçon aux mains de la police.
  • Romain Gavras plonge le spectateur au cœur des échauffourées pour une expérience immersive coécrite avec Ladj Ly, le réalisateur des « Misérables ».
  • Il n’aurait pas pu financer « Athena » sans la participation de Netflix qui lui a laissé une liberté totale pour réaliser cette œuvre brillante et immersive.

C’est un véritable choc qui attend le public d’Athena de Romain Gavras, disponible sur Netflix ce vendredi. L’embrasement d’une cité fictive après la mort d’un gamin supposément tué par la police propose une expérience immersive à base de plans-séquences bluffants. Une heure trente d’affrontements sans avoir le temps de reprendre son souffle. Ladj Ly, réalisateur multirécompensé des Misérables et ami de Romain Gavras depuis l’adolescence, a cosigné le scénario de cette tragédie sur fond de rivalités fratricides.

« Nous avons écrit cette histoire sans réfléchir à sa faisabilité, explique Romain Gavras à 20 Minutes. Les choses se sont compliquées au moment où il a fallu tourner. » Le réalisateur et son équipe ont dû cornaquer jusqu’à six cents figurants. Deux mois de répétitions ont été nécessaires pour parvenir à un dispositif époustouflant donnant l’impression d’être au cœur d’échauffourées de plus en plus brutales entre les habitants de la cité et les forces de l’ordre. Unité de temps (une journée) et unité de lieu (la cité) faisaient partie des contraintes que le cinéaste s’est imposées pour respecter les codes d’une tragédie grecque à laquelle le titre du film fait référence. 

Le sang, le feu et les larmes

« C’est un tableau très sombre d’un futur qu’on ne souhaiterait pas voir arriver, avec le côté jubilatoire du début de la révolte puis le revirement inévitable qui bascule dans le sang, le feu et les larmes », insiste Romain Gavras. Athena n’incite jamais à la violence tant les destinées des personnages sont peu enviables dans un contexte de surenchère permanente. Romain Gavras se défend fermement d’avoir voulu donner des leçons. « Si le message avait été trop simple, je me serais contenté d’un hashtag plutôt que de réaliser un film, martèle le cinéaste. Je cherche à agripper le spectateur pour lui faire vivre des sensations et des émotions dont j’estime qu’elles ne donnent pas envie de prendre les armes. »

Ce film impressionnant, montré à la Mostra de Venise, n’aurait pas pu voir le jour sans Netflix. « Ils m’ont financé en me laissant une liberté totale notamment dans le choix d’acteurs inconnus du grand public, affirme Romain Gavras. J’estime que Netflix a le mérite de secouer la production mondiale. » C’est clairement le cas avec Athena, film puissant dont l’engrenage diabolique offre un spectacle aussi prenant que déchirant. Du grand cinéma, tout simplement.

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