Sécheresse oculaire : les conseils d’un ophtalmo pour la soulager

Nous sommes nombreux à nous plaindre de sécheresser oculaire. Comment soulager ce désagrément efficacement ? On fait le point avec le Dr Serge Doan, ophtalmologue à l’hôpital Bichat-Claude-Bernard et à la Fondation Adolphe-de-Rothschild, à Paris.

Œil qui pique, voire qui tire, paupières qui démangent, qui brûlent, sensation de grain de sable, gêne lorsque l’on ouvre les yeux au réveil… autant de symptômes qui attestent de la présence d’une sécheresse oculaire. On peut également avoir l’impression de voir moins bien, un peu flou. Parado­xalement, on se met à larmoyer exagéré­ment au contact de la lumière du soleil, du vent, du froid – les yeux deviennent très sensibles ! Et porter des lentilles devient très inconfortable. « Le phéno­mène des yeux secs peut provenir d’un défaut de quantité des larmes mais aussi d’un défaut de leur qualité. On retrouve souvent un excès de viscosité dans l’huile synthétisée par les glandes sébacées situées dans les paupières, appelées glandes de Meibomius. Résultat, cette huile se mêle difficilement aux larmes et ne peut alors pas empêcher leur évapo­ration »,explique le Dr Doan, spécialiste de la sécheresse oculaire.

A savoir : le manque de production et le problème de composition peuvent être associés. Pour établir le diagnostic ainsi que son origine, certains ophtalmo­logues disposent d’appareils spécifi­ques. La sécheresse oculaire n’a rien de grave, mais il ne faut pas la laisser s’instal­ler, au risque d’irriter la cornée et de pro­voquer des infec­tions oculaires.

Attention aux écrans !

Jusqu’à présent, le phénomène touchait plus particulièrement les seniors : plus on avance en âge, moins on produit de larmes. Le bouleversement hormonal de la ménopause peut également avoir un impact sur les sécrétions lacrymales. Désormais, le problème concerne aussi les plus jeunes. Rien de très étonnant à cela, puisque l’apparition de la sécheresse oculaire est favorisée par l’usage des écrans. Lorsque l’on fixe son atten- tion sur un ordinateur ou une tablette, on cligne moins des yeux. Or c’est la paupière qui, à chaque fois qu’elle s’abaisse, étale les larmes sur toute la surface de l’œil. Donc, moins on cligne des yeux, moins le film lacrymal est renouvelé et plus les larmes s’évaporent. A cela s’ajoute la lumière bleue émise par les écrans qui pénètre plus profondément dans l’œil et vient accentuer la sensation de sécheresse.

Autres causes possibles : des dermatoses (rosacée, dermatite atopique) et des maladies auto-immunes inflammatoires chroniques (syndrome de Gougerot-Sjögren, polyarthrite rhumatoïde). Certains médicaments risquent également d’assécher les yeux : traitements oraux de l’acné, antidépresseurs, anticonvulsivants, anti- histaminiques… Enfin, la climatisation, le vent, les allergènes et la pollution n’arrangent rien.

Des larmes en flacon

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En première intention, on peut se procurer en pharmacie des solutions ophtalmiques faisant office de larmes artificielles. Certaines sont mélangées à des composants huileux ou à de l’acide hyaluronique (hyaluronate de sodium) qui présente l’avantage d’être un excellent lubrifiant. « Plus le liquide est visqueux, plus l’effet dure longtemps. » Parmi les nombreux produits existants, « il est important d’utiliser des collyres en unidoses ou sans conservateurs afin de ne pas risquer d’abîmer la surface de l’œil. Ensuite, on peut en mettre aussi souvent que l’on en ressent le besoin, car il n’y a aucun risque de toxicité ». Les personnes qui travaillent sur écran s’efforceront également de lever les yeux régulièrement pour regarder au loin et de cligner des paupières à plusieurs reprises de façon à renouveler le film lacrymal.

Et si l’on porte des lentilles ? En principe, la plupart des collyres humidifiants et lubrifiants sont  compatibles. « Mais j’ai remarqué que ceux qui contiennent de l’acide hyaluronique encrassaient mes lentilles rigides et brouillaient ma vue », témoigne Marie, 56 ans. Il existe aussi, pour remplacer les larmes, des produits en gel, type Gel-Larmes ou Vismel Gel, particulièrement apaisants, à appliquer le soir avant de se coucher et en com- plément du collyre durant la journée.

Des massages stimulants

Les substituts de larmes ne suffisent pas toujours, car ils n’agissent pas sur l’excès d’évaporation. « La meilleure solution consiste alors à poser un masque chauffant (au micro-ondes) et réutilisable sur ses paupières pendant quelques minutes une fois par jour, puis de les masser pour stimuler les glandes de Meibomius et faciliter la dispersion de l’huile, conseille le Dr Doan. C’est très efficace et cela procure un réel bien-être. » Ces masques (Meibopatch, Thera Pearl…) s’achètent en officine. Quant aux compléments alimentaires à base d’acides gras oméga, « ils peuvent être utiles en complément des larmes artificielles, en cure d’un mois, à renouveler trois ou quatre fois par an. Ils diminuent l’inflammation en améliorant la qualité de l’huile : moins épaisse, elle forme un film plus homogène ». A chacun de choisir le type de traitement et de produit qui lui convient le mieux. « Il n’existe pas de solution adaptée à tous les patients. »

Des séances en cabinet

Si l’on ne perçoit pas de réelle amélioration au bout de quelques mois, il est préférable de consulter (voir encadré à propos des spécialistes). Lorsque les larmes s’avèrent de mauvaise qualité, un drainage complet des glandes de Meibomius peut être effectué au cabinet. Un appareil thermique (Lipi- Flow) permet de chauffer l’intérieur des paupières et de les masser pour stimuler l’excrétion d’huile. « En une trentaine de minutes et sans douleur, on peut être soulagé pour six à douze mois. »

Autre technique : l’IPL (intense pulse light, lumière intense pulsée) qui traite le pourtour de l’œil avec des flashs de lumière blanche de haute intensité. « On ne connaît pas le mécanisme d’action précisément, mais 70 % des patients ressentent un véritable soulagement avec trois ou quatre séances à quinze jours d’intervalle, puis une séance d’entretien tous les quatre à six mois. » Le hic ? Ces techniques sont onéreuses et non prises en charge par la Sécurité sociale. Comptez 1 000 € la séance de LipiFlow et 150 € pour l’IPL. Si le problème vient d’un manque de larmes, l’ophtalmologue met en place de minuscules bouchons dans l’angle interne de l’œil afin d’obstruer le canal d’évacuation des sécrétions lacrymales. Ces bouchons méatiques, remboursables, peuvent être permanents ou résorbables en cas de sécheresse transitoire.

Dans les cas les plus sévères 

Des lentilles de contact conçues pour la sécheresse oculaire (lentilles sclérales) peuvent être prescrites, de même qu’un collyre préparé à partir du sang du patient (sérum autologue) ou encore de la pilocarpine en comprimés.

Où sont les spécialistes ?

Si, dans certaines régions, il est difficile de consulter un ophtalmo, les spécialistes de la sécheresse oculaire, équipés avec des appareils pour analyser les larmes, comme LacryDiag ou LipiView, sont encore plus rares. Et ils ne sont répertoriés nulle part. Renseignez-vous auprès des services hospitaliers ou des grands cabinets privés d’ophtalmologie.

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