Tandis que le capteur de glucose devient tendance sur les réseaux sociaux des milliers de diabétiques n’y ont pas accès

  • Le capteur de glucose : un dispositif médical présenté comme un outil bien-être
  • Une utilisation “gadget” qui dessert les diabétiques
  • Un appareil vital déjà détourné par l’industrie du sport
  • Peu disponibles et trop chers : les malades peinent à disposer de capteurs

C’est “une tendance inquiétante qui écœure au plus haut point les diabétiques”, commence l’internaute @coco_and_podie dans une vidéo Instagram, postée le 10 juillet 2022. 

La cause de cet écœurement ? La réappropriation, par certain.es influenceur.ses au contenu estampillé “bien-être”, d’un appareil médical destiné au traitement du diabète : le capteur de glucose.

Ce dispositif sous-cutané permettant de contrôler son taux de sucre en temps réel (à l’aide d’une application qui propose une courbe de suivi) est destiné aux personnes dont le pancréas ne produit pas assez d’insuline. Il remplace le système de piqûres au doigt, plus contraignant. 

Mais apparaissent désormais sur les réseaux sociaux des influenceur.ses arborant ce capteur. Généralement présenté comme un objet de confort (notamment dans une démarche de perte de poids), cette utilisation non-médicale inquiète et met en colère

“C’est inutile, dangereux, ça crée des risques de pénuries et ça contribue à banaliser une maladie dont les conséquences peuvent être dramatiques”, alerte Jean François Thébaut, vice-président de la Fédération française des diabétiques (FFD) interrogé par BFM TV

Le capteur de glucose : un dispositif médical présenté comme un outil bien-être

Ce qui semble motiver cet élan de réappropriation sont les données vulgarisées documentant les bienfaits physiques et psychiques d’apprendre à apprivoiser son pic de glycémie.

Dans son ouvrage Glucose Revolution, la biochimiste Jessie Inchauspé explique s’être équipée d’un capteur, dans le cadre de recherches qui lui ont permis de comprendre que “plus le pic est élevé et plus cela va créer des inflammations, une prise de poids, des fringales et qu’il faut  donc aplatir les courbes pour se sentir mieux physiquement et mentalement”, comme elle l’expliquait à Marie Claire en juillet 2022. 

Sauf que nombreux.ses sont celles et ceux (qui ne sont ni chercheurs ni malades) qui ont interprété le capteur comme un outil de confort. 

“Oui, les variations de glycémies sont présentes chez les personnes dont le pancréas fonctionne, mais à faible mesure et ne nécessitent pas une surveillance continue”, argue @coco_and_podie dans son post Instagram. 

Une utilisation “gadget” qui dessert les diabétiques 

Ainsi dénué de son utilité médicale, le capteur de glucose apparaît aux yeux de centaines de milliers d’abonnés comme un énième gadget nutrition. 

Pourtant, Santé Publique France le rappelle : plus de 3,5 millions de Français.es souffrent de diabète.

Il est outrageant de voir l’interprétation ridicule de résultats parfaits d’une personne ‘normale’.

“C’est minimiser la réalité d’une maladie encore trop mal comprise : il est outrageant de voir l’interprétation ridicule de résultats parfaits d’une personne ‘normale’ qui oscille entre 0,70g et 180g. Un diabétique oscille entre 0,30 à 4,00 (si ce n’est plus)”, poursuit @coco_and_podie.

« On semble oublier que quand on est diabétique, on peut en mourir. Avant l’arrivée des capteurs, certains parents se levaient plusieurs fois la nuit pour vérifier la glycémie de leur enfant”, appuie Jean François Thébaut, au micro de BFM TV

“Le pire du pire, c’est d’être associée à cette vague : ‘ah toi aussi tu fais attention à ton alimentation ?’, ben non moi j’ai un diabète et je ne porte pas un dispositif pseudo confort mais un outil vital et médical”, témoigne @malika_met sur Twitter. 

Un appareil vital déjà détourné par l’industrie du sport

Ce n’est pas la première fois que les capteurs de glucose sont détournés de leur usage médical et que cette ouverture hors prescription fait débat.

Début 2021, le laboratoire américain Abbott – le premier à avoir commercialisé le dispositif – a ainsi lancé une “version pour les sportifs”, afin de « booster leurs performances ». 

“Le célèbre FreeStyle Libre d’Abbott s’appelle désormais le Libre Sense et n’a pas de visée médicale mais sportive. Il reprend le même condensé de technologie embarqué dans une pastille blanche de la taille d’une grosse pièce de deux euros et que l’on doit fixer à l’arrière du bras via un applicateur fourni”, décrivait La Voix du Nord à sa sortie. 

Le problème, c’est que les laboratoires viennent nourrir une brèche en commercialisant ce capteur sous d’autres noms.

« Il existe beaucoup de publications sur les indices glycémiques, il n’est pas nécessaire d’utiliser un capteur pour le vérifier soi-même. Et ce qui est bon pour un diabétique ne l’est pas forcément pour quelqu’un qui n’est pas malade« , martèle le vice-président de la FFD, toujours auprès du média national.

Peu disponibles et trop chers : les malades peinent à disposer de capteurs

Si de nombreux.ses malades s’insurgent face à ce détournement d’une partie de leur traitement, c’est aussi parce que les capteurs de glucose ne sont pas accessibles à tous les patient.es

« Ils sont trop chers dans certains pays, en rupture de stock fréquemment et des conditions strictes empêchent certains diabétiques d’y accéder. Le problème, c’est que le laboratoire vient nourrir cette brèche en commercialisant ce capteur sous d’autres noms », dénonce celle qui partage son quotidien avec un diabète de type 1, dans sa vidéo.

Alors que la jeune femme évoque le « stress de ne pas trouver son traitement » (un capteur n’est viable que 15 jours, ndlr), le président de l’Union de syndicats de pharmaciens d’officine Pierre-Olivier Variot acquiesce à BFM TV : « On n’en a pas autant qu’on veut ». 

Sur les réseaux sociaux, plusieurs influenceur.ses se sont défendu.es de contribuer à ces pénuries. « Elle dit se fournir sur un site dédié aux sportifs de haut niveau et ne puise donc pas dans le stock des pharmacies », rapporte @malika_met après avoir visionné les stories explicatives (et éphémères) d’une influenceuse.

Pour les malades, il s’agit aussi de contraindre les géants pharmaceutiques à ne plus autoriser la vente hors-prescription. « Rationaliser les efforts industriels et les conditions d’accès pour servir la santé publique est primordial », pointe @coco_and_podie.

Selon les chiffres avancés par le représentant de la FFD, « seulement 325 000 personnes utiliseraient un capteur de glycémie sur les 500 000 éligibles« .

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