Téléconsultation psy, c’est pour moi ?

Entamer une thérapie sans se déplacer, c’est possible et même de plus en plus courant. Et ça n’a rien d’un traitement au rabais !

Avec Yann Leroux, psychologue, psychothérapeute et psychanalyste

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Téléphoner ou écrire à son psy, ça se faisait déjà quand on ne pouvait pas se déplacer, qu’on souffrait d’anxiété sociale ou qu’on voulait continuer avec le même thérapeute après un déménagement. Mais le Covid a donné un gros coup d’accélérateur aux thérapies en ligne. Visioconférences et téléconsultations sont entrées dans nos mœurs et plus de trois psychologues sur quatre (85,6 %) les pratiquent, contre 38 % en 2017. Parmi les outils qu’ils utilisent le plus : Skype et les appels vidéo via WhatsApp. Mais pas forcément besoin d’allumer sa caméra ! On peut aussi échanger par téléphone, voire par mails ou par SMS. Le procédé peut paraître un peu froid ou artificiel, il permet pourtant un vrai suivi.

Un accès aux soins facilité pour tous

Les déserts médicaux, ça existe également chez les psys. Les thérapies à distance lèvent en partie l’isolement géographique, quand l’accès à un professionnel demande de longs déplacements qui peuvent décourager. Elles offrent aussi un éventail de choix plus large, pour trouver par exemple un professionnel spécialisé dans notre problématique (couple, phobies…), dans l’approche qu’on souhaite expérimenter (thérapie cognitive et comportementale, EMDR, etc.) ou entamer un suivi avec quelqu’un qu’on nous a recommandé même s’il ne consulte pas à côté de chez nous. Sans parler de celles qui jonglent avec des agendas surchargés et trouveront peut-être enfin un créneau pour se lancer.

Des outils technologiques qui mettent en confiance

Même sans souffrir de phobie sociale, s’exprimer face à un psy peut-être intimidant. De ce point de vue là, l’écrit a de gros avantages . « Quand on est seul face à son clavier pour rédiger un mail ou un SMS, on s’exprime plus librement, sans peur de lire sur le visage du thérapeute des réactions négatives, du jugement… », observe Yann Leroux, psychologue, psychothérapeute et psychanalyste. Les premières thérapies par écrit ont d’ailleurs été créées dans les années 1980 à l’initiative de patients souffrant de troubles anxieux. Consulter depuis chez soi peut en outre permettre de dépasser la peur du qu’en-dira-t-on : on n’a pas forcément envie que tout le monde sache qu’on a poussé la porte d’un psy, surtout quand on vit dans des petites villes où « tout se sait ».

La distance libère la parole

Confier un secret ou un traumatisme dont on n’a jamais osé parler à personne, comme un abus sexuel par exemple, s’avère parfois plus facile par écran interposé, et encore davantage par téléphone ou par écrit, d’autant qu’on est chez soi, dans un lieu rassurant. On prend aussi moins de gants pour formuler ce qu’on a vraiment sur le cœur, par exemple des griefs à l’encontre de notre mère ou de notre conjoint. « La relation de confiance avec le psychothérapeute se crée plus rapidement qu’en face-à-face. Le démarrage de la thérapie s’en trouve facilité« , affirme Yann Leroux, qui n’observe de son côté aucune différence dans l’écoute ou l’empathie apportée aux patients à distance.

Une efficacité démontrée

Au téléphone ou en visio, le psy mène la séance de la même façon et elle dure aussi longtemps qu’en cabinet (30 à 50 minutes en moyenne). Et même s’il ne nous voit pas « en vrai », les émojis, le cadrage ou l’environnement qu’on choisit sont autant d’éléments qui lui permettent de mieux cerner notre état émotionnel. Résultat, toutes les études ayant comparé les thérapies en ligne à celles en cabinet sont rassurantes : c’est au moins aussi efficace pour surmonter une phobie, de l’anxiété ou la dépression. La e-thérapie est désormais reconnue et validée par les instances de professionnels, même si peu de psys y sont spécifiquement formés.

Confidentialité, peut mieux faire !

Les échanges écrits et les appels laissent des traces, qu’il faut penser à effacer si on ne souhaite pas que notre entourage soit au courant. Il peut aussi être plus compliqué pour le thérapeute de déceler des signes d’alerte (suicide, violences…), voire d’intervenir en cas de besoin, « même si, en face-à-face aussi, des choses nous échappent« , admet le psychologue. Et si c’est pratique, caler sa séance de psy en visio entre deux réunions ou juste avant le dîner n’est pas toujours une bonne idée. « Le temps passé sur le trajet avant et après la séance permet aussi de réfléchir à ce qu’on a envie de dire, d’analyser ce qui a émergé et de le digérer car ça peut être éprouvant « , rappelle Yann Leroux.

Merci à Yann Leroux, psychologue, psychothérapeute et psychanalyste, spécialiste des outils numériques.

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