Tout n’est pas noir ou blanc dans les mangas

  • Le manga devient inclusif, à la faveur des lois pour une meilleure intégration des personnes handicapées dans la société japonaise.
  • Depuis 2000, plusieurs albums s’attaquent au handicap. Les plus connus restent « Perfect World », « A Silent Voice » ou encore « Real ».
  • Cependant, le genre n’aborde le sujet qu’en second plan. La plupart des personnages handicapés sont encore trop souvent des personnages secondaires.

Depuis le début des années 2000, plusieurs mangas font la part belle au
handicap : « Je pense que c’est lié aux réformes législatives pour une meilleure intégration des personnes en situation de handicap dans la société japonaise. La culture pop suit l‘évolution des lois », constate Anne-Lise Mithout, spécialiste des questions de handicap au
Japon et maîtresse de conférences à l’Université Paris-Diderot. Ces dernières années, des efforts ont aussi été réalisés en matière d’inclusion, notamment avec la scolarisation d’enfants handicapés dans des classes ordinaires. La présence de personnages principaux handicapés dans les mangas est de ce fait « assez récente ».

Des « Chevaliers du Zodiaque » à « Real »

Parmi les mangas qui ont marqué le genre, le plus connu reste sûrement « Perfect World ». Lancé en 2016 par les éditions Akata, son succès a été tel qu’un film a vu le jour en 2018. L’histoire est celle d’une jeune femme qui retrouve son amour de jeunesse désormais contraint de se déplacer en fauteuil roulant. Un autre manga s’illustre dans le domaine : A Silent Voice qui traite du harcèlement scolaire d’une jeune fille sourde. On note aussi 
 Real, Limited Lovers ou Nos yeux fermés.

Dans d’autres livres, on retrouve « des personnages qui perdent la vue comme Mammouth dans City Hunter, Shiryu dans Les Chevaliers du Zodiaque ou le héros principal de Jusqu’à ce que la mort nous sépare », énumère Arnaud Lapote, le créateur de
Geneworld.net, un site dédié aux génériques de dessins animés, et de
Manga Center, une librairie en ligne.

L’héritage bouddhiste

Malgré tout, « il n’y a pas beaucoup de mangas qui traitent du handicap comme sujet principal. La plupart des personnages en situation de handicap dans les mangas sont soit des personnages secondaires, soit des personnages permettant de mettre en avant une romance ou une capacité physique exceptionnelle », observe-t-il. Un constat partagé par Anne-Lise Mithout : « Dans A Silent Voice par exemple, on parle du handicap, mais la jeune fille sourde apparaît comme doublement passif du fait de son sexe et de son handicap pour valoriser un héros masculin. »

Pour comprendre la relation qu’entretient la culture manga avec le handicap, il faut se pencher sur son pays d’origine : le Japon. « Les personnes handicapées sont mises à l’écart dans la société nipponne. Dans la religion bouddhiste, le handicap est la rétribution d’une mauvaise action faite dans une vie antérieure. Aujourd’hui, si la croyance est moins présente, cette idée n’a pas complètement disparu », analyse la sociologue. Selon elle, le handicap mental reste encore stigmatisé puisque « les personnes qui en sont victimes sont parfois vues comme porteuse d’un mauvais gène qu’il ne faut pas diffuser dans le reste de la société ».

Mais les mentalités évoluent. Pour le fondateur de Manga Center, « si les enfants, ados et même les adultes sont habitués à rencontrer des personnes handicapées dans leurs mangas préférés, ils s’habituent aussi à voir la même chose dans le monde réel. Le manga apporte donc, d’une certaine manière, sa pierre à l’édifice. »

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