Un spectacle propose une relecture critique du « Dom Juan » de Molière

  • Dans une création présentée à Lille, au Théâtre du Nord, le metteur en scène David Bobée propose une relecture « critique » du Dom Juan de Molière.
  • Cette figure de la littérature française, présentée comme séducteur, est devenue selon lui « problématique », car symbole d’une « masculinité violente » révolue.
  • Le spectacle, qui part en tournée nationale, sera sûrement l’une des œuvres majeures de l’année théâtrale.

Un cimetière de statues. Parmi elles, sur scène, se joue le destin de Dom Juan, écrit par Molière, au XVIIe siècle. Un texte du répertoire, comme on dit, adapté par David Bobée, dont c’est la première création en tant que directeur du Théâtre du Nord, à Lille. Dom Juan, c’est cet aristocrate qui ne respecte rien, ni les conventions, ni ses proches et s’offre du bon temps. Enfin, pour lui. Quoique. Jusqu’à ce que la foudre divine l’envoie aux enfers.

Dom Juan, c’est une carrière historique de séducteur à la française qui s’effondre totalement dans cette relecture critique. Comme une statue qu’on déboulonne. Vous voyez l’image. Car c’est bien cette actualité qui a inspiré David Bobée pour monter (ou plutôt démonter) son Dom Juan, présenté au théâtre du Nord, avant de partir en tournée nationale (voir encadré).

Violence, racisme, sexisme

« Refuser de célébrer les figures problématiques de l’Histoire est dans l’air du temps, y compris dans le monde de la culture, où des actrices et acteurs assurent ne plus vouloir jouer des rôles classiques teintés de racisme ou qui dégradent les femmes », explique David Bobée.

Ce spectacle, c’est donc Molière qu’on assassine ? Pas du tout. Pour le metteur en scène, « ce filtre politique de l’actualité doit rendre créatif ». Et le récit de l’auteur classique, soigneusement conservé, mais habilement coupé et contextualisé différemment, donne cette fois à voir « qui est réellement Dom Juan, c’est-à-dire un prédateur, avec la violence, le racisme, le sexisme qui l’accompagnent et qui veut détruire le système qui l’entoure », note le metteur en scène. Du brutal en quelque sorte !

Le metteur en scène, David Bobée.

Peu de doute que cette adaptation moderne, jalonnée d’intelligents glissements de sens, sera l’une des œuvres majeures de l’année théâtrale, avec son lot de scènes marquantes : une statue devenant, par un jeu de lumière, l’ombre de deux fauves, par exemple.

« J’ai découvert une langue fantastique »

« Jusqu’à présent, j’esquivais Molière, déboulonnant ainsi moi-même la statue que représente cet auteur dans la littérature française, glisse David Bobée. Et puis je l’ai relu et j’ai découvert une langue fantastique et un humour beaucoup plus fin que je ne l’imaginais. »

En résumé, ce Dom Juan est donc l’histoire d’un sale type, « incarnation d’une masculinité violente et toxique en voie de disparition, de fossilisation » qui se joue avec une sensualité brûlante où transpire, au choix, la tragédie grecque ou celle de Shakespeare. Les féministes et les romantiques apprécieront.

En tournée dans toute la France

Les 2 et 3 février, au Tandem à Arras ; les 8 et 9 février, à l’Equinoxe à Châteauroux ; du 15 au 17 février, aux Points Communs, à Cergy-Pontoise ; les 2 et 3 mars, aux Scènes du Golfe à Vannes ; les 9 et 10 mars, au théâtre des Salins à Martigues ; les 16 et 17 mars, au Carré-Colonnes à Saint-Médard en Jalles ; les 23 et 24 mars, à L’Avant-Seine à Colombes ; du 30 mars au 2 avril, à La Villette à Paris ; les 6 et 7 avril, au Phénix à Valenciennes ; les 14 et 15 avril, au Carré à Sainte-Maxime ; les 19 au 21 avril, à la Maison des arts à Créteil ; du 25 au 28 avril, à La Comédie à Clermont-Ferrand ; Les 4 et 5 mai, à La Filature à Mulhouse ; les 7 et 8 juin, à La Coursive à la Rochelle.

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