Un tableau estimé à 150.000 euros, vendu 2 millions.. Que s'est-il passé ?

  • Un tableau d’Alexandre-François Desportes estimé à 150.000 euros a été vendu plus de 2 millions d’euros par la maison de vente Briscadieu à Bordeaux.
  • Des collectionneurs privés ont bataillé plusieurs minutes pour empocher cette nature morte considérée comme le chef-d’œuvre du peintre français du XVIIIe siècle.
  • Lors de cette vente aux enchères historique, une série de tableaux représentant des empereurs Incas est également partie pour près d’un million.

La maison de vente Briscadieu a vécu un nouveau moment historique ce week-end. Ils s’enchaînent depuis quelques années. Elle a établi un nouveau record de vente pour un tableau de
Alexandre-François Desportes. Mais c’est surtout la différence entre le prix de départ et celui de la vente qui rend cette enchère exceptionnelle.

La nature morte du peintre français du XVIIIe siècle estimé à 150.000 euros a finalement été adjugée… deux millions d’euros (1.650.000 pour l’œuvre, plus les frais de la vente) après une bataille acharnée entre plusieurs collectionneurs privés. Antoine Briscadieu, le commissaire-priseur, revient pour 20 Minutes sur ce moment « extraordinaire ».

Êtes-vous remis de vos émotions ?

Oui, oui mais c’est vrai que je m’aperçois qu’il y a un écho très fort de cette vente, à juste titre car le prix est important. On s’attendait à un gros prix car il y avait un fort intérêt pour ce tableau dès le début d’année puisque la vente devait avoir lieu en mars avant le confinement. Au fur et à mesure des mois, l’intérêt devait grandissant de la part des acheteurs. Je suis très heureux du résultat.

La nature morte de François Desportes.

Mais vous attendiez-vous à un tel prix ?

Etant donné l’engouement et l’avis des spécialistes, on s’est aperçu assez tôt que c’était le chef-d’œuvre de l’artiste, Alexandre-François Desportes. On s’attendait à battre le record du peintre qui était de 300.000 euros pour un tableau unique mais c’est vrai qu’on l’a pulvérisé ! Franchement, je pensais peut-être atteindre le million d’euros mais là c’est deux millions. C’est extraordinaire. Les vendeurs sont aux anges.

Comment expliquez-vous son prix de départ (150.000 euros) ?

Déjà, il y avait les références des tableaux de ce peintre donc je ne voulais pas mettre le prix trop haut. Et puis, pour avoir maximum d’enchérisseurs au départ, il ne faut pas mettre le prix trop haut. On avait une base d’une dizaine d’acheteurs au début et c’est très bien. C’est important pour créer une émulation.

C’est une vente exceptionnelle pour vous ?

Oui, bien sûr ! Mais ça participe à un mouvement plus large qui se déroule en province. Avant pour atteindre des grosses sommes, les ventes se passaient souvent à Paris, Londres ou New York. Aujourd’hui, on s’aperçoit que depuis l’apparition de plateforme Internet performante avec un gros réseau d’experts, on arrive à faire de grosses ventes en province. Pourquoi ? Car il y a souvent une proximité entre la découverte de l’objet et le lieu de vente, les acheteurs y accordent de l’importance et ça peut aussi rassurer sur l’authenticité de l’objet. Enfin, il ne faut pas oublier que les tableaux anciens sont une valeur sûre.

Comment s’est déroulée la vente ?

Avant tout, on a respecté les règles sanitaires. La salle n’était pas pleine comme d’habitude. Il y avait pas mal de personnes au téléphone. Plus de 600 personnes ont regardé la vente à distance. Les enchères sont allées très vite, il y avait une base d’enchérisseurs entre 250.000 à 800.000 euros et à partir de là, les grands collectionneurs privés se sont disputé l’enchère. Ils sont montés de 50.000 en 50.000 pour atteindre les deux millions ! C’était une belle bataille d’enchères qui a duré plusieurs minutes, essentiellement avec des Européens au téléphone. Et c’est l’un des favoris qui a remporté la mise.

Les vendeurs devaient être ravis…

Evidemment ! Cette famille du grand Sud Ouest n’avait pas conscience de son prix. Le tableau était d’ailleurs accroché dans la maison. Les propriétaires n’étaient pas du tout conscients de sa vraie valeur. Ils ont été très surpris et très heureux. On les avait un peu prévenus mais on ne pensait vraiment pas que ça allait atteindre ces hauteurs-là.

Et vous, de votre côté, vous avez eu un autre record ce jour-là ?

Oui, c’était une heureuse surprise. On nous avait confié onze tableaux représentant des empereurs Incas, ces toiles ne sont pas artistiquement fantastiques mais elles ont une grande valeur historique. Il n’y avait pas de précédent donc on n’est pas parti haut… A 6.000 euros et finalement on est monté jusqu’à un million d’euros ! Cela s’est joué notamment entre acheteurs d’outre-Atlantique. Ça fait donc deux enchères millionnaires en une après-midi. C’est important pour le marché de l’art en France.

La nature morte de François Desportes.

Vous devez être très content ?

C’est beaucoup d’émotions car il y a de l’enjeu ! Il fallait être à la hauteur, qu’il n’y ait pas de couacs. La pression de l’événement est importante. On vend quand même un chef-d’œuvre de la peinture française au bout du compte. C’est une forme de consécration pour nous et notre travail ces dernières années.

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