Violaine d'Astorg, Christie's Paris : "J'ai dû redoubler de travail pour me faire une place"

Quand Christie’s Paris lui confie la tête du département bijoux, elle n’a pas 30 ans. Deux ans plus tard, les ventes s’envolent.

Madame Figaro. – Une heure de réveil ?
Violaine d’Astorg. –
7 heures. J’aime avoir le sentiment d’une première journée avant le travail.

Le pitch de votre poste ?
Dénicher les plus beaux bijoux anciens et les pierres précieuses les plus rares pour construire de belles ventes aux enchères. Il faut aussi gagner la confiance des clients, pour qu’ils nous confient leurs bijoux. C’est un challenge quotidien.

Des résultats ?
En 2019, le chiffre d’affaires du département parisien a doublé pour atteindre 5,915 millions d’euros. Même s’il reste modeste par rapport au succès des ventes de Genève et New York, il affiche deux records. Un diamant rose de 6,34 carats vendu 646.000 euros et un bracelet Cartier en corail parti à 442.000 euros. Ces chiffres récompensent une brillante équipe, qui est comme une famille, et je ne dis pas cela pour faire joli.

Vos défis pour demain ?
Être à la hauteur du leadership mondial du département bijoux de Christie’s depuis vingt-six ans. Cela signifie intensifier le passage des ventes cataloguées aux ventes on line. La crise a naturellement accéléré ce processus, ce qui a permis à la maison d’enregistrer 40 % de nouveaux acheteurs.

S’il faut remonter à l’origine ?
Une enfance dans le Vexin. Un père céréalier et une mère qui, après avoir élevé quatre filles, s’est lancée dans l’événementiel. Ils m’ont transmis des valeurs de famille et de travail, un socle solide pour entreprendre et oser. Pendant mes études de droit et d’histoire de l’art pour devenir commissaire-priseur, mon grand-père m’a demandé d’expertiser une broche de famille. Cela a été le déclic. Je me suis formée au diamant à Anvers, puis ai passé mon diplôme de gemmologue à Paris. Pour la pratique, j’ai décortiqué à la loupe des milliers de bijoux. Dans cette discipline, on n’arrête jamais d’apprendre.

Un moment décisif ?
En 2011, à 23 ans, lorsque Jean-Pierre Osenat (commissaire-priseur, figure du marché de l’art, NDLR) m’a confié la direction de son département bijoux. Il faisait alors 300.000 euros de CA. Quand je suis partie, nous étions à 2 millions. J’ai eu beaucoup de chance. J’ai parcouru la France entière pour trouver les plus belles pièces.

Des obstacles sur la route ?
Peut-être ma jeunesse. J’ai dû redoubler de travail et de rigueur pour me faire une place. Au final, elle m’a ouvert des portes et laissé une certitude : ne jamais se reposer sur ses acquis. Mais quand on est passionnée par son travail, ce qui est une chance énorme, rien n’est souffrance.

Un accélérateur de parcours ?
Un mail de Christie’s me demandant de venir passer des entretiens, et cette rencontre avec François Curiel. Je me suis dit que j’avais très envie de travailler pour ce grand monsieur. Je ne mesurais pas encore à ce moment-là l’étendue de son expérience et de sa vision.

Une addiction digitale ?
Je passe ma vie sur Internet à regarder toutes les ventes de bijoux.

Un moment off ?
Marcher dans la forêt avec mon mari.

Vente en ligne le 26 novembre sur christies.com

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