Quelle place pour la mode masculine plus-size ?

Qui a dit que les femmes hétéros fantasmaient sur les hommes musclés ? Selon une étude récente publiée par le site de rencontres Dating.com, la très grande majorité des célibataires (75%) serait attirée par des mâles bedonnants, dont le physique tout en rondeur se place aux antipodes des corps d’Apollon érigés jusqu’à présent en modèle dominant.

« Les films et les émissions de télévision ont tendance à promouvoir les corps de Barbie et Ken. Ces derniers pensent alors qu’ils doivent leur ressembler pour séduire. Or, ce n’est pas ainsi que cela fonctionne en réalité”, a déclaré Maria Sullivan dans un communiqué.

Mais l’industrie audiovisuelle n’est pas la seule responsable de cette stigmatisation du corps masculin qu’on parle du dad bod, la silhouette à mi-chemin entre la brioche et les tablettes de chocolat, ou gros, étant largement ignorée par d’autres industries, comme celles du luxe et du prêt-à-porter.

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Selon une étude réalisée par Vogue Business, moins de 10% des 77 marques ayant présenté une collection homme pour la saison automne-hiver 2022 ont fait défiler un mannequin homme plus-size.

Et parmi celles qui ont eu l’audace de choisir un ou plusieurs modèles aux courbes voluptueuses, on trouve exclusivement de jeunes marques indépendantes comme Casablanca, Études ou encore Doublet, loin des grandes maisons de couture ou des marques mainstream.

Et la dernière saison n’a pas manqué à la règle, seuls quelques rares créateurs comme Louis-Gabriel Nouchi ayant fait appel à un casting inclusif, avec des mannequins aux physiques similaires à ceux du commun des mortels.

Sur les podiums : où sont les mannequins plus-size ?

Pourtant, il est devenu aujourd’hui commun pour les grands noms du Triangle d’or de mettre des mannequins plus size féminines comme Paloma Essler, Ashley Graham, Barbie Ferreira sur le devant du catwalk ou à la tête de leurs affiches de campagne.

Le résultat d’une mouvance body positive au combat long et fastidieux qui n’a pourtant pas su transformer l’essai du côté masculin de l’échiquier mode, ce dernier continuant d’invisibiliser voire de stigmatiser certains corps aux proportions pourtant représentatives de celles de la (grande) majorité d’hommes.

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D’ailleurs côté agence de mannequins, seul IMG Models revendique haut et fort avoir ouvert une division plus size masculine dès 2016. “Les marques réfléchissent trop à la manière dont les consommateurs vont réagir : ils hésitent, ils se demandent si l’opinion publique va adhérer ? Si les gens vont venir en magasin ? » commente Ivan Bart, président d’IMG Models, dans l’article de Vogue Business, pointant également le manque de diversité au sein même de tailles développées par les marques de vêtements.

« Pour les défilés, on fait généralement un exemplaire de chaque look et cela dans une seule taille dite « standard » confirment les fondateurs de la marque plus-size friendly KidSuper.

Le fruit d’un manque de demande et/ou de rentabilité ? Même pas ! Selon une étude du cabinet américain Coresight Research relayé par le site Fashionista, le marché de la mode masculine plus size serait estimé à plus de 21 milliards de dollars aux Etats-Unis et bénéficierait d’une croissance exponentielle. Alors pourquoi semble-t-il si compliqué d’en profiter ?

Patriarcat, corps et complexes genrés

En réalité, la reproduction des stéréotypes corporels de masculinité au sein de l’industrie de la mode prendrait paradoxalement ses racines dans la moindre pression que subissent les hommes quant à leur apparence physique.

C’est du moins la thèse que défend le sociologue Thibaut de Saint Pol dans Le corps désirable. Hommes et femmes face à leur poids, la corpulence étant selon lui un objet social comme les autres.

En effet, selon le chercheur français, les injonctions exercées par le patriarcat touchant de manière plus oppressantes les femmes, la gent masculine n’a pas eu à se libérer des diktats physiques de façon aussi urgente que leurs paires féminines, d’autant que les injonctions dont ils font l’objet sont traditionnellement moins sources de souffrance et de complexe que ceux dont souffrent les femmes.

Ce qui n’empêche pas la société d’ériger des standards de beauté masculins – sur la taille et les muscles par exemple – dont l’industrie de la mode se fait l’insistant reflet en dépit de ses effets toxiques.

« Je me suis toujours senti comme le petit gros de service, exclu », raconte le mannequin plus-size Zach Miko dans une interview à The New York Times.

« Je trouve ça vraiment cool que des jeunes voient dans un magazine ou un site internet un homme qui leur ressemble plutôt qu’un Apollon. C’est très important pour l’estime de soi »,détaille-t-il.

Le mannequin homme plus-size, une révolution latente

Et il n’est pas le seul à partager cet avis. Lorsqu’en 2020, Rihanna fait le pari de caster le mannequin plus size Steven Green pour le lancement de la gamme masculine de sa marque Savage x Fenty, la réponse de la-dite opinion publique se révèle alors sans appel : la collection est sold-out en 12 heures. « Okay Rihanna ! », commente même une fan, dont le tweet sera repris plus de 35 000 fois.

Depuis, le top américain au ventre rond a travaillé avec des équipementiers comme Nike, Adidas et Lululemon.

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Côté luxe, certaines maisons comme Hugo Boss et Polo Ralph Lauren proposent désormais aux Etats-Unis des lignes Big & Tall pour leur clientèle à la physionomie non-longiligne tandis que Tommy Hilfiger faisait défiler en 2021 le mannequin James Corbin, le même que l’on avait pu repérer l’année précédente pour un shooting Valentino en collaboration avec le magazine italien The Greatest.

Quant à Zack Miko, il prenait la pose juste avant la pandémie pour Dolce & Gabbana avec le Lac de Côme en toile de fond. « Même dans mes rêves les plus fous je n’y aurais pas songé », commentait-il dans un post Instagram début 2020.

Espérons que les géants du luxe continuent à faire des miracles pour tous ces men next door qui, encore aujourd’hui, ne s’imaginent pas admirer un jour leur reflet sur papier glacé.

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