"Au nom du Rap" : Elena Copsidas invite 17 rappeurs à faire de la poésie

Écrire sans musique. Tel est le défi qu’Elena Copsidas a lancé à dix-sept rappeurs dans Au nom du Rap, un recueil qui rassemble ces poèmes. Parmi eux, Akhenaton, Jok’air, Remy, Georgio ou encore Kacem Wapalek. Comme les poètes, ils savent manier la langue. Les mots, ils les maîtrisent, les explorent, les découpent, les créent parfois.

Mais écrire un texte dépourvu de musicalité n’est pas chose aisée pour ces artistes qui utilisent la production musicale comme toile de fond de leurs morceaux. Et bien, l’éditrice en herbe prouve le contraire dans “ce petit objet d’art” à mettre entre les mains des amoureux des mots, qu’ils soient plus Baudelaire que Jok’air ou plus Damso qu’Hugo.

Franceinfo Culture : Comment vous est venue l’idée de ce recueil ? 

Elena Copsidas : De base, j’écoute beaucoup de rap pour le texte. Je suis fascinée par des artistes comme Oxmo Puccino ou Gaël Faye, des rappeurs qui se concentrent beaucoup sur l’écriture. Et j’adore ça ! Et puis à côté de ça, j’aime beaucoup la littérature. Alors pendant l’été 2019, j’ai eu une sorte de déclic. Je me suis demandée : « pourquoi ne pas créer un livre de poésie écrit par des rappeurs ?« . Ce livre était aussi pour moi une façon d’aborder le sujet de la poésie dans le rap sans en faire un objet savant qui intellectualise cette musique.

Vous pensez que rap rime avec poésie ?

C’était la grosse question pendant tout le projet. Et c’est amusant que vous me posiez cette question parce qu’à la base, le projet était intitulé Rap est Poésie. Et avec du recul, je me suis dit que je ne pouvais pas l’affirmer parce que c’est un sujet qui est l’objet de nombreux débats. Je trouvais plus intéressant de poser la question plutôt que de l’imposer et de l’affirmer. Après avoir lu ce recueil, le lecteur pourra se positionner sur la question.

Quel est le but de cette oeuvre ?

Je trouve qu’il y a une fracture entre la culture qui se veut élitiste et le rap qui est très populaire en ce moment. Et c’est dommage parce qu’il y a énormément de choses qui rallient les deux. Ce livre, c’était une façon de créer une passerelle. Je voyais vraiment ce projet comme un pont qui permettrait à des personnes de découvrir ce qu’il y a de l’autre côté. Un jeune qui n’aime pas forcément lire, qui ne s’est jamais réellement intéressé à la littérature, peut découvrir la poésie à travers des artistes qu’il connaît déjà. Et dans l’autre sens, des personnes qui ne connaissent pas du tout le rap découvrent la plume de rappeurs sans tous ces à priori de violence et d’agressivité que l’on rattache à cette musique. Je pense à ma grand-mère qui a adoré le livre par exemple.

Comment avez-vous choisi les rappeurs ?

À la base, j’avais une très grosse liste de noms. Certains n’ont pas participé à l’exercice parce qu’ils n’étaient pas intéressés ou tout simplement pas disponibles. Mais il y en a pas mal qui étaient partants. Comme Akhenaton ou Rémy, des artistes que j’admire. Pour moi ce qui était important, c’était de valoriser la plume de l’artiste et non sa notoriété. C’est pour cela qu’il y a des noms connus qui se mélangent à des rappeurs un peu moins connus du grand public. Et ce qui est amusant, c’est que les amateurs de rap vont connaître une bonne partie des noms qui ont participé au projet. Alors que des personnes qui n’en écoutent pas forcément beaucoup vont découvrir de nouveaux artistes.

Vous parlez d’exercice…

Effectivement parce que pour eux, c’était une autre façon d’écrire. Contrairement au rap, il n’y a pas de musique. Pour donner un point de départ à leur réflexion, je leur ai proposé de choisir entre quatre thèmes : bleu, brut, mur et muse. Et ce qui est surprenant, c’est que chacun a eu des idées différentes. Je parle souvent de l’exemple du mot “Bleu”. Certains ont parlé de la mer, d’autres de la police ou encore de la nuit. Je trouvais ça intéressant de voir comment ils ont joué avec ces quatre mêmes mots.

C’était aussi un exercice pour les illustrateurs.

Aussi. Dès que je recevais un texte de rappeur, soit je l’envoyais à tous les illustrateurs qui, en fonction de leur inspiration, décidaient ou non de travailler sur le poème soit je décidais de mon côté d’associer un poème à un illustrateur parce que j’estimais qu’il y avait une certaine cohérence. C’était assez spontané. Il est arrivé qu’un illustrateur demande de travailler sur un poème en particulier. C’était le cas de Sofian Who Knocks, particulièrement fan de Lino.

Au nom du Rap, disponible sur le site du livre, aux éditions Buondi Studio, 19 euros. 

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