Le "Rungis piano-piano festival" : une première édition dès ce soir, pour faire découvrir les plus grands duos de pianos

Deux pianos à queue tête-bêche, deux musiciens face à face, huit mains rivalisant d’énergie et une explosion de notes au programme. La scène est spectaculaire, mais encore si rare. Pour des raisons de logistique et de coût, les concerts de duos de pianos ne sont pas légion. Une injustice que veulent réparer la pianiste russe Ludmila Berlinskaïa et le Français Arthur Ancelle, son partenaire en duo (et à la ville), qui labourent le terrain depuis de longues années.

Un festival maintenu malgré tout

Ils ont réussi à monter le premier festival de piano consacré aux duos – et aux quatre mains – qui se tient à Rungis, en banlieue parisienne (Val-de-Marne), du 1er au 3 octobre. Certes la pandémie a réduit la voilure espérée (pour des questions de jauge) et empêché la venue des cadors du duo de l’étranger. Mais l’essentiel reste sa tenue. 

Au programme de ce premier “Rungis piano-piano festival”, deux concerts importants, le duo Ludmila Berlinskaïa-Arthur Ancelle en musique classique et le duo Baptiste Trotignon-Thomas Enhco en jazz, ainsi qu’un “off” composé d’une série d’événements gratuits : concerts en duo et formation, récitals jeunes talents, concerts participatifs à quatre mains, ateliers en famille, etc. L’idée, selon Arthur Ancelle : “partager le plaisir du jeu et de l’écoute entre professionnels et amateurs”, et faire découvrir la richesse de ce patrimoine.

Un répertoire longtemps confidentiel

“Car c’est un grand répertoire”, lance enthousiaste Ludmila Berlinskaïa, “Mozart, Rachmaninov, Saint-Saëns, Poulenc… ont donné de très belles pages aux deux pianos, comme le font les compositeurs d’aujourd’hui, mais il faut faire connaître ces œuvres”, poursuit-elle, aussitôt rejointe par Arthur Ancelle.

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Si les duos de pianos sont restés confidentiels dans l’histoire, il y a des raisons d’argent et d’espace, explique le musicien, mais aussi de répertoire. “On a beaucoup écrit pour deux pianos (ou deux clavecins) avant le 19e siècle, on a beaucoup composé après”. Ce n’est pas le cas en revanche dans cette période-clé du 19e siècle : “dans la musique populaire, la figure du héros romantique et solitaire cadre mal avec la présence de deux pianos”, précise Arthur Ancelle. Enfin, quelle que soit la période, ce répertoire a manqué d’un nombre suffisant de figures célèbres parmi les interprètes qui le portent. Il n’y a pas eu beaucoup de sœurs Labèque…

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Le travail mené par le duo Berliskaïa-Ancelle est déjà considérable. En concert ce 1er octobre, il fera l’ouverture avec l’Orchestre national d’Ile-de-France (ONDIF) dirigé par Lucie Leguay avec “les deux concertos les plus connus du répertoire pour deux pianos et orchestre”, dit Arthur Ancelle, celui de Mozart et celui de Poulenc. “Ce sont des oeuvres symboles, parce qu’ils parlent aux gens qui les reconnaissent. A terme, l’objectif avec l’ONDIF est de faire redécouvrir plus largement cette musique, nous-mêmes avons répertorié presque mille concertos pour deux pianos et orchestre”.

Deux grands noms du jazz rompus au duo

Mais le festival de Rungis ne se limite pas qu’au classique. “Le but est qu’il y ait un jour du baroque, de la musique de film, du rock”, ajoute Arthur Ancelle. Pour l’heure, le jazz est à l’honneur avec deux grands noms de la scène française déjà rompus au duo.

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Mais l’exercice du duo est périlleux. “Jouer du piano tout seul c’est déjà jouer avec des paramètres musicaux très différents que sont l’harmonie, le rythme, la mélodie, la polyphonie, etc. Jouer avec un autre pianiste, vous multipliez tout ça par deux”, explique-t-il. “Il y a tellement de possibilités, de notes et de puissance que ça pourrait être aussi une cacophonie”

“Battle of pianos”

La solution est dans l’écoute, mais pas n’importe comment. “A deux pianos, la première qualité c’est écouter d’abord l’autre avant de s’écouter soi”, affirme cette fois Baptiste Trotignon, de dix-huit ans l’aîné de son complice. “Parce que si on s’écoute soi, on va vouloir jouer plus fort, on a l’impression d’être ouvert et là ça devient de la bouillie”. Le pianiste qui a des heures de vol en duo avec – excusez du peu – Brad Meldau, Tigran Amassian ou Alexandre Tharaud, connaît l’effet sonore d’un duo réussi : “l’idée c’est que les pianos accumulés sonnent comme un énorme piano orgiaque”, dit-il.

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“Quand il y a effectivement l’écoute rythmique maximale et qu’on se retrouve à parler le même langage, je pense que ça génère quelque chose de jouissif que le public ressent sur scène, il y a un côté spectaculaire aussi, avec lequel il faut manœuvrer. Un côté battle of pianos”, conclut Trotignon, rejoint par Thomas Enhco qui s’en amuse : “dans le duo il y a complémentarité entre les pianistes et en même temps une émulation qui mène au duel, on est comme des escrimeurs”. Au programme du concert du 3 octobre il y aura quelques pièces de Thomas Enhco (sans doute You’re just a ghost, Owl & Tiger) et de Baptiste Trotignon (sans doute Moods, La Danza), des standards du jazz, et “énormément d’improvisation”, conclut Trotignon, “on est des jazzmen quand-même !”.

“Rungis piano-piano festival”, du 1er au 3 octobre.  

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